8 mars, journée de lutte des femmes : dans l’Éducation aussi ! Et dans l’Éducation nationale ? Autant de sexisme qu’ailleurs !

Fédération Sud éducation
jeudi 8 janvier 2015

Le 8 mars est devenu, dans les médias, une journée lénifiante de "célébration de la femme". Non ! Le 8 mars est originellement une journée de lutte. Et de lutte des femmes.
Cette lutte est hélas toujours actuelle. Les inégalités sexistes souvent minimisées voire déniées, sont toujours bel et bien présentes et multiformes : inégalités professionnelles et domestiques, violences sexistes (verbales et physiques), stéréotypes de genre…

Écarts de salaires et de retraite

Dans l’EN, à ancienneté égale, le salaire des femmes progresse moins vite que celui des hommes, dont le taux de promotion est très supérieur à celui des femmes.
• L’indice moyen des hommes est supérieur à celui des femmes qui ne représente que 90% de l’indice moyen masculin. Cet écart s’accentue en fin de carrière (460 euros sur un salaire brut). En cause, les retards de notation du fait de congés maternité ou parental : dans le second degré, en cas de congé maternité, seule la moitié de la note administrative de l’année précédente est reconduite.
• Au moment de la retraite, les femmes subissent plus la décote et surtout bénéficient moins de la surcote (24% contre 33%).

Une hiérarchie largement masculine

On trouve seulement 24,1% de femmes chez les recteurs, et 27% chez les directeurs académiques.
• Dans le second degré, 22% seulement des chefs d’établissements sont des femmes (de même chez les adjoints) et 40% seulement des IA-IPR sont des femmes.
Pour leur notation administrative et pédagogique, les femmes sont donc soumises à des instances largement masculines.
• Dans le 1er degré, féminisé à plus de 80%, les IEN sont à 55% des femmes. A noter également, une ségrégation verticale au sein d’un même corps avec la "valorisation" de la fonction d’encadrement et de pouvoir que représente la fonction de directeur d’école (19% d’hommes PE mais 87,5% de directeurs, 81% de femmes PE mais 12,5 % de directrices).

Féminisation de la profession et stéréotypes de genre

• Le métier d’enseignant-e est très féminisé : on peut y voir une répercussion de la division sexuée du travail, et craindre aussi le risque d’entériner l’inégale répartition des tâches domestiques au motif que la souplesse d’emploi du temps dans le second degré est bien "pratique" pour associer vie professionnelle et familiale.
• Les emplois d’EVS et AVS sont quasi exclusivement féminins : illustration de la précarité en termes de contrat qui touche les femmes, mais aussi des stéréotypes de genre, les femmes étant assignées plus volontiers aux métiers du "care", relevant des soins à la personne ou de l’accompagnement social et éducatif.
• Plus on avance dans le système scolaire, moins il y a de femmes : intériorisation de l’idée que les femmes sont plus "adaptées" pour les plus petits, et que la "sphère des idées" (et de pouvoir) des universités est un cercle réservé aux hommes.

Emploi du temps : des "vœux" qui n’en sont pas

Les vœux d’emploi du temps et temps partiels des femmes, dans le 1er et 2d degré, sont bien souvent contraints par les obligations familiales auxquelles elles sont, pour une large part, astreintes, quand les demandes des hommes sont liées à des convenances personnelles (études, formation).

Harcèlement sexuel et propos sexistes

Comme sur tout lieu de travail, l’EN n’échappe pas aux problématiques de harcèlement sexuel, de sexisme à l’encontre de tous les personnels féminins (enseignantes, agentes), de la part des collègues ou de la hiérarchie, largement masculine.

Des agentes elles aussi concernées

• On constate une répartition du travail sexuée : aux hommes les postes de techniciens et de chefs cuisine, aux femmes les tâches dites polyvalentes (faire le ménage, servir les repas).
• Malgré une très forte féminisation, les agents-chefs nommés par la direction sont souvent des hommes.
• La double hiérarchie, Éducation nationale et collectivité locale, multiplie les échelles de pression et rend plus difficile la lutte contre le harcèlement sexuel notamment.
• La profession a une moyenne d’âge relativement élevée, ce qui rend les agentes d’autant plus sujettes aux troubles musculo-squelettiques, aux accidents du travail, liés à la pénibilité de leurs tâches.

Une éducation non-sexiste à construire

• Beaucoup reste à faire pour développer des pratiques pédagogiques qui déjouent les stéréotypes de genre dans lesquels on enferme les élèves, et que perpétuent parfois également les personnels. Et le plan d’action pour l’égalité filles/garçons annoncé par le ministère ne viendra pas résoudre ces lacunes : tant sur la formation que sur les outils pédagogiques proposés, il est d’une indigence rare.
• Les programmes (histoire-géo, SES) laissent peu de place aux femmes et aux études de genre qui questionnent stéréotypes et discriminations.
• À résultats égaux voire supérieurs pour les filles, les choix d’orientation en fonction des stéréotypes de genre persistent. Or c’est un enjeu essentiel pour ne pas perpétuer une division sexuée du travail.

C’est par leurs mobilisations que les femmes ont obtenu des droits ! Réagissons !
Pour débattre de ces questions et construire nos revendications : rassemblons-nous dans des AG de femmes de tous les personnels.
Pour faire entendre notre voix : mobilisons-nous le 8 mars.