Annonces sur les salaires et l’évaluation des enseignant-es

OPA sur les enseignant-es et normalisation managériale
samedi 3 septembre 2016

Personne n’est dupe

Après des annonces plus ou moins crédibles sur les routier-es, les intermittent-es, les dockers/euses, les cheminot-es, les contrôleurs/euses du ciel, les agent-es de la RATP… voici le tour des enseignant-es. Le pouvoir, déstabilisé par une mobilisation profonde contre son projet de loi Travail, a tenté de prévenir la généralisation des grèves par une succession de mesures catégorielles, dévoilées ou mises en scène au printemps dernier.

Comme par un heureux hasard, les augmentations de salaires des enseignant-es commenceront à prendre effet début 2017, quelques mois avant l’élection présidentielle et les législatives. Personne n’est dupe ! Le gouvernement tente ainsi une OPA sur les enseignant-es, espérant acheter la paix sociale et leurs voix pour les scrutins à venir. Il ne parviendra cependant pas à acheter l’oubli des contre-réformes qu’il a imposées au service public d’éducation : rythmes scolaires, réforme du collège, maintien des réformes des lycées généraux, technologiques et professionnels, poursuite de la casse des RASED et du service public d’orientation…

Impossible aussi pour les personnels d’oublier l’alourdissement de leur charge de travail, la casse des statuts et la dégradation des conditions de travail de tous les personnels, accentuée encore dans l’Éducation prioritaire.

Tout cela dans le cadre d’une loi d’orientation dite « de refondation » qui accélère le démantèlement du service public national de l’éducation et l’adaptation de l’école aux besoins du capitalisme contemporain.

La dégradation et l’alourdissement des missions et des conditions de travail ne se monnaient pas. Loin de nous inciter à stopper nos mobilisations, ces gestes gouvernementaux doivent nous indiquer une chose : plus que jamais c’est le moment de lutter.

Toujours davantage d’inégalités

Personne ne va refuser des augmentations de salaire, après tant d’années de blocage et de baisse du niveau de vie [1]. Pour autant, les annonces ministérielles vont, dans leur distribution, à l’inverse des revendications égalitaires de Sud éducation.

L’augmentation des salaires ne vise que les enseignant-es, laissant ainsi de côté tous les autres personnels de l’éducation et en particulier les agent-es, les personnels administratifs, les précaires de la vie scolaire et administrative, les AESH, bref toutes celles et ceux qui ont déjà les plus bas salaires.

Entre enseignant-es même, l’évolution des carrières « au mérite » est maintenue et renforcée. La mise en place d’une « classe exceptionnelle » vient élargir encore l’écart de rémunération entre un-e débutant-e et un-e enseignant-e prétendument « méritant-e » en fin de carrière. Si aujourd’hui, pour l’ensemble des enseignant-es, l’écart entre l’échelon le plus faible et le plus élevé est de 434 points, il sera en 2010 de 582 points, entre les débutant-es et les méritant-es. La classe exceptionnelle sera en effet réservée à celles et ceux qui occuperont des missions particulières et aux plus « méritant-es ».

On voit bien la logique managériale qui cherche à créer toujours plus de concurrence et de division entre les personnels : entre les directeurs/trices d’écoles et les adjoint-e-s, entre celles et ceux à qui les chef-fes d’établissement et les recteurs/trices attribueront des missions particulières en récompense de leur loyauté et les autres, etc.

Toujours la carotte, toujours le bâton

Le ministère veut officiellement supprimer le système actuel d’évaluation et de notation des enseignant-es : ce serait bon débarras ! Mais c’est une illusion, puisque les changements sont cosmétiques. La logique reste la même, sinon pire encore. « Je souhaite passer d’une gestion administrative à une gestion des ressources humaines » affirme Najat Vallau-Belkacem. Nous sommes bel et bien dans la poursuite de la normalisation managériale de la gestion de l’éducation nationale.

Le ministère veut remplacer les inspections actuelles par 4 rendez-vous d’inspection -après 7 ans, 13 ans, 20 ans, puis en fin de carrière. À chaque fois, l’évaluation pourra déboucher sur une accélération de carrière… ou pas. La date de l’accès à la hors classe et l’accès à la classe exceptionnelle dépendront ainsi de ces évaluations (la hors classe sera désormais pour tou-tes, certes, mais pas du tout au même moment. De fait, elle est remplacée par une nouvelle classe exceptionnelle, elle, réservée à certain-es… comme l’ancienne hors classe). Le ministère affirme vouloir maintenir une double évaluation des enseignant-es du 2nd degré par le chef d’établissement et par l’inspection.

Différentes inspections dans une carrière débouchant sur des évolutions différenciées des rémunérations (accès précoce ou tardif à la hors classe, accès ou non à la classe exceptionnelle), cela ressemble pour l’essentiel à s’y méprendre à ce qui existe aujourd’hui, exceptés les flous de la nouvelle gestion managériale.

Les revendications de Sud éducation

À l’inverse des choix ministériels, nous revendiquons l’augmentation générale des salaires et la réduction des écarts de rémunération pour aller vers un salaire unique. Sud éducation revendique immédiatement une augmentation, inversement proportionnelle aux salaires, pour réduire l’éventail des rémunérations entre les différentes catégories de personnels, avec un salaire minimum porté immédiatement à 1700 euros net et l’indexation des salaires sur l’inflation pour garantir le maintien du niveau de vie des personnels en activité et à la retraite.

Nous combattons toute rémunération « au mérite ». Nous revendiquons :
• l’intégration aux salaires des indemnités générales (Isae, Isoe),
• la compensation des tâches ou missions supplémentaires et des conditions de travail difficiles par des réductions des services,
• la baisse du temps de travail pour l’ensemble des personnels.
Sud éducation est opposé à la notation, aux inspections, à l’évolution différenciée des carrières.

Contre les divisions et la mise en concurrence, Sud éducation revendique une évaluation purement formative, complètement déconnectée de la progression des carrières et des rémunérations, une évaluation qui favorise la coopération et le travail en équipe, et une véritable formation. Cela passe par une réforme profonde de la formation initiale des enseignant-es, mais aussi, par un droit réel à la formation continue choisie, sur temps de travail, pour tou-tes, et par une augmentation drastique des droits à congés formation.

Sud éducation appelle les personnels à ne pas se laisser endormir par ces annonces électoralistes. Elles doivent nourrir une conviction : c’est le moment d’amplifier les mobilisations pour obtenir satisfaction sur nos revendications.

Sud éducation Loire à partir de l’expression nationale de la fédération Sud éducation du 3 juin 2016

Pouvoir d’achat et qualité de vie

Le pouvoir d’achat d’un salaire net est la quantité de biens et de services qu’il permet d’acheter. Si un salaire net a augmenté de 10% alors que les prix ont monté de 20%, son pouvoir d’achat a baissé. Quand les salaires stagnent alors que l’inflation existe, même faible, le pouvoir d’achat diminue. La notion de pouvoir d’achat permet donc de tenir compte de l’inflation. Elle est cependant entachée de l’idéologie consumériste, et pas seulement dans son vocabulaire. Elle ne peut pas selon nous servir de base aux revendications d’un syndicalisme de transformation sociale.
Quand Sarkozy a « défiscalisé » (en fait supprimé toute cotisation sur) les heures supplémentaires, il l’a fait en invoquant l’augmentation du pouvoir d’achat que cette mesure permettait. Mais c’était au prix de l’affaiblissement de la protection sociale, dans une logique d’individualisation qui ne peut que desservir les salarié-es. Dans l’autre sens, gagner une santé 100% gratuite prise en charge pour tou-tes intégralement par la sécurité sociale, ce ne serait pas une régression, même à pouvoir d’achat constant ! S’il y a davantage de biens et de services qui deviennent gratuits, financés par la solidarité sociale, le pouvoir d’achat n’a pas besoin d’augmenter pour que notre niveau et notre qualité de vie s’améliorent.
Il n’est bien entendu pas question de renoncer aux revendications sur l’augmentation des salaires, bien au contraire, alors que les inégalités se creusent et que les profits et les dividendes explosent. Mais n’oublions pas que le salaire c’est une part individuelle et une part collective, socialisée, à travers les cotisations, et qu’une augmentation (ou une baisse) des cotisations patronales, c’est aussi une augmentation (ou une baisse) de nos salaires.
Nous ne voulons pas nécessairement acheter plus, nous voulons vivre mieux ! Augmentation des salaires (salaires nets et cotisations) ! Extension de la protection sociale, des services publics, de la gratuité !

Sud éducation Loire


[1cf. encadré « Pouvoir d’achat et qualité de vie »