Appels d’offres : veille de l’opinion

jeudi 13 novembre 2008

Voulez-vous gagner de l’argent en surveillant vos petits camarades ? Répondez à l’appel d’offre du ministère de l’éducation nationale ( 100000 €/an soit 8333€/mois) et du ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche (120000 €/an soit 10000 €/mois).
C’est facile : voilà ce qu’il faut faire :

- Identifier les thèmes stratégiques

- Identifier et analyser les sources stratégiques ou structurant l’opinion

- Repérer les leaders d’opinion, les lanceurs d’alerte et analyser leur potentiel d’influence et leur capacité à se constituer en réseau

- Décrypter les sources des débats et leurs modes de propagation

- Repérer les informations signifiantes (en particulier les signaux faibles)

- Suivre les informations signifiantes dans le temps

- Relever des indicateurs quantitatifs (volume des contributions, nombre de commentaires, audience, etc.)

- Rapprocher ces informations et les interpréter

- Anticiper et évaluer les risques de contagion et de crise

- Alerter et préconiser en conséquence

Les informations signifiantes pertinentes sont celles qui préfigurent un débat, un « risque opinion » potentiel, une crise ou tout temps fort à venir dans lesquels les ministères se trouveraient impliqués.

Et comment faire ? Aller voir sur internet et veiller.

La veille sur Internet portera sur les sites de syndicats, de partis politiques, les portails thématiques ou régionaux, les sites militants d’associations, de mouvements revendicatifs ou alternatifs, de leaders d’opinion. La veille portera également sur les moteurs généralistes, les forums grand public et spécialisés, les blogs, les pages personnelles, les réseaux sociaux, ainsi que sur les appels et pétitions en ligne, et sur les autres formats de diffusion (vidéos, etc.)

Vous pouvez aussi lire la presse, mais il n’est pas conseillé de regarder TF 1.

Nos RG vont-ils se retrouver au chômage ? Et le dialogue social ? Faudra-t-il s’adresser aux veilleurs pour faire connaître nos revendications au ministre ?

Ces pratiques innovantes révèlent la conception terrifiante des relations entre les ministres Darcos et Pécresse, et leurs fonctionnaires. On ne travaille plus ensemble pour atteindre des objectifs de service public et évaluer les résultats. Les ministres font surveiller les opinions des personnels, les risques de propagation, de contagion, de crise. La pensée est un poison dangereux à surveiller de près, surtout quand elle passe par les enseignants et les chercheurs. L’appel d’offre sur la veille devrait logiquement être suivi par un appel d’offre à la répression de ceux qui ont une opinion et ne la cachent pas. On attend de voir quelle en sera la forme !

Difficile de trouver des termes pour qualifier cette ultime dérive gouvernementale.

Vichy, Big Brother, Ubu s’enchevêtrent sur le terrain du libéralisme sauvage subventionné par les contribuables.

La fédération Sud éducation condamne ces mesures inadmissibles de contrôle social et politique et les officines qui répondraient à cet appel d’offre. Elle appelle tous les militants et sympathisants à exprimer leur refus de ce projet inique.