Après le ministre, le ministère fait campagne… à droite toute !

Déclaration de la fédération SUD Éducation-Union syndicale Solidaires au Conseil Supérieur de l’Éducation du 11 avril 2012
jeudi 12 avril 2012

Après le ministre, le ministère fait campagne… à droite toute !
Comment comprendre autrement les derniers textes issus du ministère de l’Éducation nationale qui paraissent à moins d’un mois d’échéances électorales décisives ?

La circulaire de rentrée 2012 publiée au BO du 29 mars reprend la plupart des idées du ministère et du programme UMP.

En primaire, vous dressez un bilan flatteur en vous attribuant « l’amélioration du niveau de français des élèves de CE1 » attestée par des évaluations nationales dont la fiabilité est sujette à caution. Vous proposez essentiellement un programme d’aide pour les élèves de grande section composé uniquement d’exercices d’entraînement systématiques décontextualisés.
Imposer des apprentissages de plus en plus précoces en réduisant l’école maternelle à une préparation de l’école élémentaire, c’est nier son rôle spécifique qui tient compte des besoins psychologiques et physiologiques particuliers des enfants très jeunes qu’elle accueille pour les faire rentrer dans la sociabilité, la découverte du monde et de la langue. Cela risque de conduire à l’augmentation de l’échec pour les élèves les plus fragiles d’autant que vous continuez la liquidation des Rased dont l’action allait bien au delà d’une simple remédiation.
Cette démarche est contreproductive et ne correspond pas pour nous au rôle de l’école maternelle.

Au collège, l’orientation précoce est confirmée. Avec la généralisation d’une évaluation de fin de 5e portant sur le français et les maths, la circulaire annonce le rétablissement d’un palier en fin de 5e. Dans le même sens les 3e DP6 deviennent officiellement « des classes préparatoires aux formations professionnelles » et surtout de « nouvelles formes variées d’alternance proposées dès la classe de quatrième… »
La circulaire applique dans l’urgence la globalisation des horaires de langues annoncée par le ministre le 7 février. Le caractère expérimental ne trompe personne : l’absence de définition d’un volume horaire pour chaque langue vivante signe la fin des horaires officiels. Les collèges globalisés adapteront leur offre de langues aux postes existants. Ainsi grâce aux groupes de compétence conjugués à cette mesure, le ministère pourra récupérer des postes aux dépens de la formation en langues des élèves.

Au lycée, après les économies d’heures et de postes générées par la réforme, d’autres suppressions de moyens se profilent avec la mise en place des « réseaux de lycée » qui permettront de jouer sur la carte des formations pour économiser des postes.
Après avoir dynamité l’enseignement de l’histoire-géo dans le cycle terminal, vous ne résistez pas à introduire, à titre expérimental, un nouvel enseignement mixte SES/PFEG qui pourrait contourner les SES et leurs enseignant-es déjà bien malmené-es par la réforme du lycée. Alors que la remise en cause de la voie technologique se poursuit en lycée professionnel, la circulaire encourage l’alternance en terminale professionnelle selon les vœux du président-candidat. Pour finir comment oser écrire que « l’assouplissement de la carte scolaire contribue à l’égalité des chances » !

L’éducation prioritaire continue à être dévoyée. D’un côté, pour la majorité des établissements, une école du socle, qui est aussi frappée par les réductions de dotation pour 2012, de l’autre un écrémage républicain pour une minorité d’élèves méritant-es avec vos internats d’excellence. Partout un dynamitage des statuts des personnels avec les lettres de missions et la généralisation du recrutement local, maintenant hors mouvement national.

La destruction du service d’orientation de l’éducation se confirme. Les Cop sont relégués au suivi prioritaire des cas psychologiques alors que les suppressions des postes mettent les CIO en difficulté pour accueillir les élèves. Dans le même temps la procédure de labellisation qui est en marche dans le cadre d’un Service Public d’Orientation Tout au Long de la Vie (SPOTLV) correspond à une externalisation des missions d’aide à l’élaboration des projets et d’accompagnement des collégien-ne-s et des lycéen-ne-s.

Concernant la formation, la circulaire continue à faire l’apologie de la mastérisation dramatiquement contredite par l’effondrement des inscriptions aux concours depuis 2010 et par le vécu des stagiaires. Pour autant le nouveau projet d’arrêté fixant le cahier des charges qui est présenté à ce CSE relève aussi de cette fuite en avant.
L’annulation avec sursis, à la demande de plusieurs organisations dont SUD Éducation et la FCPE, d’une partie des arrêtés de 2010 sur la formation des maîtres-ses, n’a jamais été mise à profit à pour remettre à plat votre réforme. Pire, pour être en conformité avec l’arrêt du conseil d’État, vous présentez un nouveau cahier des charges qui aggrave encore la situation. Rien ne change dans le schéma global de la formation ; en effet, 2 ans de master sont toujours nécessaires pour passer le concours et les épreuves écrites, orales ainsi que la validation du M2 demeurent concentrées la même année.
La réforme reste donc socialement sélective avec une année supplémentaire à financer et la mission s’avère aussi impossible, vu la masse de travail en M2. Une fois cette course d’obstacle franchie, vous maintenez une formation d’un tiers de l’obligation de service en plus du temps plein des « stagiaires » pour le même salaire… sans compter le stress et le temps de préparation et de transport pour les divers stages.
Sans doute la coupe du « travailler plus » n’était pas suffisamment pleine, puisque vous prévoyez que des étudiant-es en formation assurent des stages en responsabilité et se substituent ainsi aux enseignant-es en violation des règles statutaires.
C’est le cas avec des stages portés à 40 jours au lieu de 2 fois 15 jours en responsabilité en M2, mais aussi avec les masters en alternance où les étudiant-es servent de moyen de remplacement à l’année avec une classe en responsabilité sur une année ou les deux !
L’ensemble se faisant bien sur sans réel cadrage national par des conventions locales entre rectorat et établissements du supérieur chargés de la formation !


Sur l’ensemble de ces questions, nous espérons que ces textes seront bientôt considérés comme le testament d’une politique socialement sélective pour les étudiant-es et les élèves, d’une politique d’introduction des règles de management du privé et de mise en concurrence de toutes et tous dans le service public.

Continuer dans cette voie aboutirait à un recul éducatif et social dramatique ; quel que soit le résultat des élections, nous la combattrons avec une détermination intacte.

St Denis le 10 avril 2012

Documents joints

Déclaration de la fédération SUD Éducation
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