Après « les jours heureux », le chômage heureux !

Vive la sécurité sociale !
mardi 21 mars 2017

Communiqué du syndicat Sud éducation Limousin du 1er janvier 2017 (Contact : sudeduclimousin@gmail.com )

Dans le système capitaliste actuel, la destruction des emplois est structurelle, puisque liée à leur automatisation et au remplacement des femmes et des hommes par des machines. Le chômage n’est donc pas une anomalie qu’il nous faudrait exterminer en visant le plein emploi, car il permet en outre aux capitalistes de disposer d’une armée de travailleur-euses de réserve, bien pratique pour mettre la pression, empêcher toute amélioration des conditions de travail et rendre indiscutable le travail en lui-même. Son extermination n’est pas notre lutte, d’autant plus que le Medef, aujourd’hui maître du « dialogue social » (sic), a tout intérêt à précariser l’ensemble des emplois, quitte à ce que soit instauré un revenu minimum de subsistance.
On peut dès lors aisément prédire l’école à deux vitesses que nous prévoient les capitalistes : enseignement public dégradé et massifié pour les emplois à faible niveau de qualification ; enseignement privé pour celles et ceux qui pourront se payer un très fort niveau de qualification. Cette polarisation des emplois entraîne une augmentation des inégalités sociales, notamment à l’école, qui est la preuve que nos systèmes d’enseignement sont parfaitement en adéquation avec les demandes du marché économique.

À l’heure où la France compte plus de 8 millions de chômeur-euses, la discontinuité du travail est devenue la règle. Les prochaines générations sont, dans l’état actuel des choses, condamnées à vivre des périodes de chômage récurrentes.
La précarité se développe jour après jour (90 % des contrats de travail signés en 2015 ont été des Contrats à Durée Déterminée), y compris dans la Fonction publique(on compte actuellement 22 % de précaires dans l’Éducation nationale...).

La loi « Travaille ! », promulguée de force à l’été 2016, vient parachever le tableau, en tant qu’elle est un recul sans précédent concernant la protection sociale des travailleuses et des travailleurs. On ne lutte pas contre le chômage, on le constate. Et chacun-e sait que le taux de chômage, dans les conditions actuelles, ne baissera plus. Or 6 chômeur-euses sur 10 sont aujourd’hui, en France, non indemnisé-es...

À l’évidence, ce problème n’est surmontable que par la restauration d’un système mutualiste à l’échelle nationale, par opposition au système d’assurance individuelle. La caisse de chômage est un bien commun que nous avons abandonné et qu’il nous faut reprendre en main, tout comme l’ensemble des protections offertes par la Sécurité sociale. Nos luttes sectorielles doivent absolument être intégrées dans cette lutte plus globale, au delà même de la convergence des luttes. On ne lutte pas contre le chômage : on le constate, et même on l’espère, pour peu qu’on puisse le vivre sereinement. La fonction de l’Unedic [1] n’est-elle pas d’assurer une protection sociale aux personnes qui sont ainsi en train de se libérer de l’emploi ?

Il est aujourd’hui essentiel d’instaurer le chômage heureux, car dans une société enfin débarrassée, en grande partie, de la peur du chômage, il est à parier que le grand patronat et ses nouvelles techniques de management en rabattront quant aux conditions de travail qu’ils nous imposent aujourd’hui.
Le cœur de la lutte syndicale est précisément de lutter contre l’idée que l’on doit être payé-e à la mesure (évalué-e) de ce que l’on fait (ce qui revient à se soumettre à l’employeur-euse) : il faut obtenir d’être payé-e pour ce que l’on est (des citoyen-nes).

La Sécurité sociale, et en particulier l’instauration du chômage heureux, est à n’en pas douter le projet émancipateur et révolutionnaire derrière lequel nous devons nous regrouper.
C’est à nous tout-es de protéger nos droits !

Le syndicat Sud éducation Limousin invite tous les personnels de l’Éducation nationale, notamment en situation de précarité, [2] ainsi que tout-es les chômeur-euses à se constituer collectivement derrière ce projet !

Sud éducation Limousin


[1La Coordination des Intermittents et des Précaires (CIP) travaille actuellement à un audit de la dette (probablement scandaleuse) de l’Unedic. Pour apporter votre soutien, contactez ciplimousin@gmail.com

[2L’adhésion à notre syndicat est fixée à 6€ par an pour les personnes percevant moins de 600€ par mois, voir grille indicative sur notre site http://solidaires87.org/sudeduclimousin/).