Augmenter les salaires, revendication légitime de la fonction publique

vendredi 22 mars 2013

Dans un contexte difficile où défilent plans sociaux, délocalisations et hausse du chômage, la grève du 31 janvier voulait remettre les salaires au centre des revendications. Les grands patrons sans scrupules n’hésitent pas à faire payer la crise aux salariés en révisant leurs revenus largement à la hausse [1]. Reprendre la parole sur la question salariale quand Ayrault et Hollande, après dix années de régressions sociales, réaffirment le blocage des salaires, constituait donc une initiative légitime et nécessaire. Reste à interroger les revendications elles-mêmes car la question salariale force à considérer tout le processus d’où résulte salaire direct, indirect, retraite et déroulement de carrière.

Contre des augmentations en pourcentage

Pour un point d’indice bloqué à 4,63 € brut, le déblocage revendiqué par l’appel CGT, FO, Solidaires [2] paraissait de bon sens. Il est en fait très inégalitaire. En effet, avec un point à 5 €(augmentation improbable de 9,3%), le traitement le plus bas de catégorie C (indice 309) passerait de 1 430 € à 1 545 € bruts et le salaire d’un-e agrégé-e hors classe 5e échelon (indice 821) passerait de 3 801 € à  4 105 € bruts [3]. Celui qui a moins gagne 115 €, celui qui a plus gagne 304 €. L’écart de 2 371 €, entre les deux, glisserait à 2 560 €. Cette logique basée sur la notion de « pouvoir d’achat » permet aux uns d’acheter un peu plus et aux autres de dépenser beaucoup plus.


Sud Éducation n’a jamais partagé cette vision hiérarchique des revendications salariales donnant plus à ceux qui ont plus et moins à ceux qui ont moins.

Par pragmatisme, nous avons régulièrement opté pour des augmentations uniformes en point d’indice (une même somme pour tout-es). Sans régler toutes les contradictions inhérentes à la hiérarchie salariale, cela augmente relativement plus les bas salaires que les autres. Avec 300 € de plus, ces deux salaires évoluent dans un cas de 1 430 € à 1 730 € et dans l’autre de 3 801 € à 4 101 €, avec un éventail hiérarchique qui baisse de 2,7 à 2,4. Minoritaire dans le syndicalisme, cette revendication est souvent reprise par des collectifs du privé en lutte.

Les primes ça dégrade, les grades ça déprime

Vincent Peillon, pour faire accepter les « rythmes scolaires » aux professeur-es des écoles (P.E.) évoque une prime comme les ministres de Sarkozy l’avaient fait pour faire passer la pilule de l’évaluation ou de l’aide personnalisée, bonne méthode pour diviser les personnels. Les primes, assez négligeables dans l’Éducation nationale (moins de 5 % du revenu salarial), représentent jusqu’à 30 % du salaire dans certains corps pour les catégories les plus élevées (évidemment). Les politiques libérales tendent à les développer au détriment de la part salariale fixe.

Il faut donc systématiquement revendiquer l’intégration des primes existantes dans les salaires et refuser les nouvelles primes.

Ces primes, comme l’indemnité de suivi et d’orientation des élèves (ISOE), ne rentrent pas dans le calcul de la pension d’où une réduction accentuée du revenu au moment de la retraite.

Pour un même déroulement de carrière

Nos carrières sont divisées en échelons et nous passons rapidement les premiers, plus lentement les suivants mais nous ne les passons pas tout-es à la même vitesse…Pour les enseignant-es, « grand choix », « choix » et « ancienneté » sont les trois vitesses induites par la note d’un-e inspecteur-e qui ne nous voit travailler qu’une heure tous les trois ans, procédé si stupide qu’à la demande de leurs syndicats, il a été supprimé depuis 20 ans… pour les corps d’inspection ! Un-e enseignant-e peut atteindre le dernier des 11 échelons en 20 ans et son collègue le plus mal noté arriver au même niveau en 30 ans. Injuste, ce système pénalise davantage les femmes quand les fonctions les mieux rémunérées sont proportionnellement plus masculinisées.


Ce système inégalitaire doit disparaître. Nous revendiquons des carrières identiques pour tout-es avec avancement à la plus grande vitesse.

Les plus rapides accèdent à la hors-classe qui par définition ne concerne pas tout le monde et s’applique très différemment dans le premier ou le second degré [4]. Ce système inégalitaire et inique doit disparaître pour laisser place à des carrières identiques pour tout-es. Pour les enseignant-es, le processus de « revalorisation », engagé il y a plus de vingt ans, n’en finit pas de se terminer. Ajouté aux réformes des retraites, il produit des effets réels sur le niveau des pensions puisque 60 % des PE et 12% des certifié-es actuel-les ne sont pas au 11e échelon au moment de la retraite.


Il faut absolument construire des revendications qui permettent à tout-es de partir en retraite au moins sur la base du 11e échelon.

Contre la précarité

La grille la plus basse est un bon analyseur de cette politique salariale. Ainsi la catégorie C échelle 3 ne progresse que de 46 points d’indice, soit 213 € bruts mensuels, sur une carrière entière. Nombre d’agents qui reçoivent ces salaires trouvent cela guère motivant… monter un échelon pour seulement 4,63 € de plus par mois jusqu’au 7e échelon et ce pendant 13 ans (au choix) ou 18 ans (à l’ancienneté). 940 000 fonctionnaires ont actuellement un traitement égal au SMIC. En cela, l’État patron est directement responsable de l’austérité salariale dans le public comme dans le privé. Notre premier droit, en tant que salarié-e, devrait être celui de ne pas être réduit à la précarité ni à la discontinuité du salaire qui en résulte. Pour cette raison aussi, revendiquer la titularisation sans condition de tout-es les salarié-es précaires et l’arrêt de ces recrutements est indissociable de notre approche syndicale de la question salariale.

Sud éducation Puy-de-Dôme

Titularisation des Assistant-es de Vie Scolaire !

Sud éducation dénonce la précarité des emplois d’assistant-es de vie scolaire qui accompagnent les élèves handicapé-es.

Nous avons rencontré la personne chargée du groupe de travail interministériel pour la professionnalisation des personnels accompagnant de jeunes handicapé-es sur tout leur parcours de vie. Le groupe, qui rendra son rapport en avril, a pour objectif de sortir des contrats aidés, de recruter des personnes à temps plein en construisant un métier d’Accompagnant-e de Jeunes Handicapé-es. Il prévoit un référentiel d’activités et de compétences et une formation pour aboutir à un diplôme de niveau 4 ou 5 (assurée par l’éducation nationale ou par les Instituts Régionaux de Travailleurs Sociaux). Le recrutement serait fait par un service départemental associatif, un groupement d’intérêt public (GIP), ou un groupement d’employeurs (éducation nationale, collectivité territoriale et entreprise).

Sud éducation demande la titularisation de l’ensemble des personnels exerçant les fonctions d’AVS, qu’ils/elles soient employé-es en Contrat d’Assistant-e d’Éducation (AED) ou en Contrat Unique d’Insertion (CUI).

Comment pourraient-ils ou elles bénéficier d’une validation des acquis de l’expérience (VAE) nécessitant d’avoir travaillé 4200 heures alors qu’ils/elles travaillent 20h par semaine et que leur contrat ne peut plus être renouvelé ? La titularisation doit être faite sans conditions.

L’accompagnement des jeunes handicapé-es est un besoin permanent. Il nécessite la création d’emplois pérennes avec une vraie formation et un statut de fonctionnaire  !

Rythmes scolaires : quels sont les enjeux du débat ?

Il existe un consensus sur la nécessité de réformer la semaine d’école : peu de temps pour transmettre des programmes toujours plus lourds. Mais peut-on modifier les rythmes sans avoir une réforme simultanée des programmes ?

Réduction de la journée scolaire, pour qui ? Les enfants placés en garderie ne verront pas leur journée s’alléger, seulement leur semaine s’alourdir avec une demi-journée en plus.

Quels moyens pérennes seront attribués aux communes défavorisées ? Le temps périscolaire risque bien d’alourdir les inégalités entre les territoires.

Chaque école, commune, sera amenée à fixer son organisation : mais qui décidera ? L’équipe éducative ou la collectivité territoriale ? Les objectifs pédagogiques primeront-ils sur les contraintes organisationnelles ?

Le contrat éducatif local sera mis en place : quelle marge de manœuvre restera-t-il aux équipes enseignantes, contraintes de se soumettre aux directives des collectivités territoriales ?

Quid du temps de travail pour les remplaçant-es ou collègues sur postes partagés ? Les collègues seront-ils/elles amené-es à remplir des semaines dont l’horaire dépassera les 25 heures, pour tenir compte des différentes organisations mises en place dans les écoles où ils/elles interviennent ?

Qui va payer ? L’état est prêt dans un premier temps à contribuer pour aider les communes en difficulté ; les collectivités territoriales verront de toute façon leurs budgets s’alourdir de nouvelles charges.

Ou alors va-t-on embaucher du personnel non formé, ne coûtant rien aux collectivités ? Les personnes au chômage seraient alors embauchées pour quelques mois sous contrat précaire et rémunérées par le ministère de la solidarité. Les entreprises privées ne verront-elles pas dans ce dispositif une occasion d’investir le champ scolaire ? Ou les parents seront-ils amenés à financer des dispositifs extra-scolaires coûteux s’ils veulent qu’ils soient de qualité ?

Quels sont les avantages pour les enseignant-es et les élèves ? Temps réel de travail et de transport alourdi sans aucune compensation, désorganisation du temps scolaire, contraintes supplémentaires liées à la dépendance envers des acteurs extérieurs à l’école…

En répondant à ces questions, Sud éducation a fait le choix de refuser ce décret précipité et d’agir par la grève pour son abrogation.


[1En 2011, les rémunérations des pontes du CAC 40 augmentaient de 4%, à 4,2 millions d’euros en moyenne (Libération, 11 décembre 2012).

[2CFDT, UNSA, CFTC, CGC protestaient contre le blocage des salaires sous Sarkozy mais n’appelaient pas à la grève du 31 janvier.

[3D’autres salaires sont plus hauts : la catégorie A + court jusqu’à l’indice 1501 pour les professeur-es d’université, inspecteur-es généraux-ales, haut-es magistrat-es, diplomates.

[4Quand ils partent en retraite, à peine 22% des PE sont à la hors-classe, contre 78% des certifié-es.