Auxiliariat

Résorption, piège à cons ?
 janvier 2001
mis à jour lundi 4 avril 2005

Au moment où se discutent encore les modalités d’application de la loi Sapin dite de résorption de la précarité dans la fonction publique (recensement des ayant-droit, règles de présentation à l’examen ou au concours, composition et fonctionnement des jurys...) il n’est pas inutile de tirer quelques leçons de la dernière série de concours réservés mise en place pour quatre sessions à compter du 17/12/96.

Ces plans de titularisation -Sapin comme les autres- commencent par définir précisément ceux qui en sont exclus, pour des raisons de nationalité, de diplômes ou d’ancienneté, au point de ne jamais concerner qu’une minorité des personnels en situation de précarité ; mais le cas des stagiaires ayant réussi un concours réservé et licenciés après une inspection négative est certes minoritaire mais hautement révélateur des pratiques de l’inspection. Avec quelques différences, leur situation présente assez de points communs pour qu’on puisse voir se dessiner comme une silhouette-type : il s’agit de collègues aguerris, ayant souvent des dizaines d’années d’ancienneté, de préférence en Anglais et en Lettres. Pour ces vieux MA, la réussite au concours devait tourner en farce sinistre : avec toutes leurs années d’expérience professionnelle, avec leurs compétences reconnues par le jury - CAPES, CAPET ou PLP2 réservé -, il leur restait à faire valider leur année de stage. Simple formalité ?

Non, pas tout à fait, puisqu’il s’agissait d’affronter un inspecteur tout puissant dont dépendrait la proposition (titularisation ou licenciement) faite par le "jury" académique. Il faut lui plaire assez pour lui faire oublier ses à priori anti-MA, sa suspicion devant tous ces concours qui ne sont peut-être pas vraiment tout à fait les bons... Il faut jouer le jeu, être bien poli, bien au courant des dernières modes IUFM, en faire semblant en tout cas, “oui not’mossieur, oui not’bon maître”. J’exagère ? A peine.

Les précaires, le public préféré de l’inspection

Bien sûr, les inspecteurs c’est comme tout, y en a des bons. Mais les enseignants titulaires (protégés donc) ont en mémoire suffisamment de séances pénibles, d’inspections-sanctions menées par des petits chefs incompétents, arrogants et imbus de leurs pouvoirs pour imaginer ce qui peut se passer quand l’un d’entre eux rencontre sa raison d’être : le précaire, l’auxiliaire à qui on peut tout expliquer, à qui surtout on peut faire toucher du doigt son incompétence structurelle, sa nullité. Le concours réservé, n’est-ce pas...

Tout le monde le sait, c’est cela la réalité de l’inspection : le pouvoir quasi sans limite de nuire, et le plaisir d’en abuser, ce qui n’est pas accessoire, pour maintenir une saine discipline républicaine...

Et des abus il y en a eu, à tel point que la Division du Personnel Enseignant, elle-même, a dû intervenir pour proposer des renouvellements de stages pour les collègues reçus au concours réservé 1999 et que l’inspecteur rejetait purement et simplement. Mais ceux du concours 1998, rejetés après une deuxième année de stage, se retrouvent dans une situation dramatique et absurde : ils étaient garantis de réemploi, ils ont réussi les concours et par la volonté d’un seul, ils se retrouvent licenciés, interdits d’enseignement à tout le moins puisque les rectorats, parfois, dans leur grande bonté vont jusqu’à proposer un poste d’auxiliaire en documentation, de surveillant, de CPE...

Compétence, mais compétence de qui ?

Et tout cela par la volonté d’un inspecteur, supposé seul apte à définir la compétence, le grand mot est lâché, des collègues. Parce que c’est au nom de la compétence, bien sûr, que nos collègues se voient interdits de titularisation : ils ont pu enseigner 10 ans, 15 ans, 20 ans, ils ne sont pas compétents. Pas assez en tout cas, c’est l’inspecteur qui l’a dit. Et quelle est sa compétence à lui ?

La réalité de l’inspection, c’est un pouvoir exorbitant sur l’emploi et le statut, c’est l’autoritarisme complet et imbécile, et que l’on retrouvera en fin de parcours du protocole Sapin, comme de tous ceux qui l’ont précédé, parce que les plans de résorption - ou de gestion - de la précarité, c’est l’exclusion du plus grand nombre et l’atomisation de tous devant le bon vouloir des petits chefs de tout poil.

La seule revendication possible, c’est la titularisation de tous les précaires, sans condition de diplôme ni de nationalité. A travail égal, salaire égal, statut égal.

Et suppression de l’inspection et de la hiérarchie infantilisantes, les économies ainsi réalisées pouvant servir au financement d’une réelle formation professionnelle pour tous.

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