Avenir de l’école primaire... toutes et tous précaires ?

jeudi 8 mars 2018

L’année scolaire a de nouveau été marquée par cette politique d’austérité et les contre-réformes qui sapent les garanties collectives, ne cessent d’alourdir la charge de travail des personnels, augmentent les pressions hiérarchiques et généralisent la concurrence et les inégalités. La précarité s’intensifie de manière inquiétante. On fait illusion d’une gestion comptable des ressources humaines alors qu’il s’agit d’un projet politique cohérent ultra libéral savamment orchestré par les gouvernements successifs.

Manque de remplaçant-es versus embauche contractuel-les

Dans le premier degré, tous les ans, c’est la même rengaine, il n’y pas assez de remplaçant-es. De plus la mise en place du dispositif « CP à 12 élèves » dans les écoles REP+, mesure phare et médiatisée du nouveau quinquennat mais opérée à moyens constants, a amputé le nombre de remplaçant-es « brigades » redéployé-es sur des postes en école. Cela a nettement aggravé la situation dans la plupart des départements.
Par exemple, pour faire face au manque de personnels, la direction académique du 13 a décidé de recruter 50 contractuel-les enseignant-es. Sur le site de la DSDEN 13, on peut trouver des offres d’emploi, dignes d’une agence d’intérim ! Voilà comment le ministère donne la priorité au premier degré ! Recrutant des personnels précaires, peu ou pas formé-es, sous-rémunéré-es, avec des durées de contrats scandaleusement courtes (15 jours pour certaines), alors que 58 personnes sont encore sur liste complémentaire, attendant de devenir fonctionnaires.
C’est une première dans les Bouches-du-Rhône mais, dans d’autres territoires, le recours aux contractuel-les n’est plus une exception. Il fait partie intégrante du mode de gestion des ressources humaines. Dans les Hauts-de-Seine, le recrutement de contractuel-les dans le premier degré est exponentiel. On est passé de 80, l’année dernière, à 160 cette année. En Seine-Saint-Denis, malgré la mise en place du concours exceptionnel depuis plusieurs années, la pénurie de postes ne faiblit pas et on compte environ 500 enseignant-es contractuel-les chaque année. De même, à Mayotte, plus de 50% des enseignant-es n’est pas titulaire. On dénombre encore 464 enseignant-es précaires en 2017 !

Dans ce contexte, comment croire que la poursuite du dispositif « CP à 12 » et son extension aux classes de CE1 en REP+/et ou REP ne va pas confirmer cette tendance ? Les premières annonces pour la rentrée 2018 mobilisent déjà les personnels dans plusieurs départements. La population scolaire augmente, le nombre de postes au CRPE [1] diminue de 10% en 2018 et la mise en place des dédoublements de classes est en cours. Il est donc tout simplement impossible de ne pas pérenniser les embauches d’enseignant-es précaires. Le « redéploiement » des moyens, si cher aux gestionnaires des DSDEN ne suffira pas !

Suppressions des CUI-CAE versus arrivée des services civiques

Depuis de nombreuses années et malgré notre dénonciation permanente du statut, les personnels en CUI-CAE [2] ont su se rendre indispensables pour des missions d’AESH, AVS, AADE [3] Et pourtant, plus de 20 000 personnes ont subi un gigantesque plan de licenciement cette année !
Qu’à cela ne tienne, le ministère se diversifie dans la précarisation ! Ainsi, il annonce le recrutement massif de personnels, sous un statut encore plus indigne, les « services civiques ». Ils ne dépendent pas du Code du Travail et perçoivent, non pas un salaire, mais une « indemnité » inférieure à 600 euros par mois. Alors que la mission du service civique doit s’inscrire dans le cadre de l’intérêt général et alimenter un projet personnel, les services civiques sont amené-es à effectuer sur le terrain des missions relevant d’emplois statutaires. Le recours massif aux personnels en service civique, tout comme aux stagiaires en entreprises, permet à leurs employeurs (État et entreprises), non seulement de les rémunérer en dessous des seuils fixés par les conventions collectives mais aussi de disposer d’une main d’œuvre au gré des « missions ».
Pour Sud éducation les missions de service public doivent être effectuées par des personnels aux emplois statutaires.

Sud éducation revendique :
• Dans l’urgence, le maintien et le réemploi de toutes les personnes en contrats aidés ;
• un véritable plan de lutte contre la précarité dans la Fonction publique ;
• la transformation des contrats aidés en emplois statutaires ;
• le recrutement de fonctionnaires titulaires à hauteur des besoins dans l’Éducation nationale.

Jamais en marche, toujours en lutte contre la précarité !

Sud éducation Bouches-du-Rhône


[1Concours de recrutement de professeur-es des écoles

[2Le contrat d’accompagnement dans l’emploi (CUI-CAE) constitue la déclinaison, pour le secteur non marchand, du contrat unique d’insertion (CUI).

[3Accompagnant-e des élèves en situation de handicap, auxiliaire de vie scolaire, aide administrative de direction d’école