Bal tragique à Charlie Hebdo

Sud éducation Charente Maritime
jeudi 19 mars 2015

Nous sommes toutes et toutes profondément affecté-es par l’horreur qui frappe Charlie Hebdo. Passés les moments de stupeur et de révolte, nous commençons à nous poser des questions.

Qu’est-ce que cela dit de notre société ?

Beaucoup mettent en avant l’affrontement de la liberté et des forces opposées. Le danger que l’on peut craindre c’est de voir se cristalliser une guerre entre les bons (les civilisations occidentales associées aux valeurs de liberté) et les méchants (les autres, les vilains qui nous empêchent d’être heureuses et heureux).
Une autre vision possible des événements serait de percevoir que les drames se multiplient lorsque des êtres humains se laissent submerger par des sentiments de haine. C’est bien la volonté de construire une dynamique de la haine qui a produit l’assassinat de tant de personnes. Les réactions qui amèneraient à développer ces sentiments seraient une victoire pour ceux qui préconisent de telles actions terroristes.
Si nous voulons vraiment réagir sans haine à cette violence inacceptable, c’est justement dans la prise de conscience de la nécessité de développer les liens et les sentiments qui unissent et rassemblent.
Cette vision entraîne beaucoup de questions mais aussi beaucoup de réponses.

Qu’est-ce qui explique que nos sociétés soient submergées par la haine ?

On peut s’attarder sur notre univers proche : l’Éducation nationale. Depuis longtemps il s’agissait clairement d’un projet humaniste. L’éducation devait développer les capacités du petit d’homme à comprendre le monde, se comprendre et comprendre les autres. La pratique de l’Art pour enrichir la perception du monde ; des langues pour pouvoir rencontrer les cultures du monde ; du français pour nommer, dire, lire et raconter ; des sciences pour comprendre le monde, ne plus subir les superstitions et être libre, l’histoire pour s’enrichir des expériences passées des hommes.
Clairement et explicitement, ce projet devait développer nos capacités à vivre ensemble et à nous sentir appartenir à une communauté humaine solidaire.
Pourtant le projet de l’école a changé. Il est devenu utilitariste. L’école n’est plus humaniste mais doit former les futurs travailleuses et travailleurs (les futur-es compétitrices-eurs prêt-es à se battre et à se vendre pour les rares emplois qui demeurent, devrions-nous dire ?).
C’est un des aspects de la suprématie absolue du libéralisme qui s’est construit comme une idéologie dominante. D’abord une construction « économiciste » d’un monde constitué « d’homo œconomicus », c’est-à-dire d’atomes indépendants uniquement soucieux de leur propre intérêt égoïste. C’est faux bien sûr, aucune société ne peut tenir sans développer les coopérations et les solidarités.

Nous défendons un autre projet

Mais cette vision convenait à la domination de quelques uns et à l’exploitation de la multitude. La communication et le conditionnement ont fini par nous persuader que nous étions des individus isolés en compétition avec les autres. Or les individus isolés n’ont plus de liens et oublient la solidarité. La compétition faussée où les gagnant-es sont déjà connu-es, produit des inégalités, des frustrations et nourrit les haines. Nous préférons la coopération, le partage et la solidarité. Contre l’école utilitariste du libéralisme, nous voulons un projet humaniste qui aide les hommes à se comprendre et à prendre du plaisir à vivre ensemble.

Il semblerait que l’égoïsme et la domination de quelques un-es ne puissent se prolonger qu’en laissant se développer la haine et la fragmentation de la société.
Depuis toujours, nous défendons un autre projet et si la multitude constituée des dominé-es de ce monde se rassemble sur les mêmes valeurs de partage, de coopération et de solidarité alors comme le dit un autre journal satirique (Fakir) : « A la fin c’est nous qu’on va gagner ». Mais précisons bien ce que ce « nous » englobe : l’ensemble de la communauté humaine.