Base Elèves : Alerte !

Un document proposé par SUD Education 14-61 pour alerter, informer...
samedi 21 janvier 2006
mis à jour dimanche 22 janvier 2006

« Base élèves » est un système de saisie et de gestion informatiques par internet de tous les élèves des écoles maternelles et élémentaires. En cours d’expérimentation dans plusieurs départements (21), il est appelé à être généralisé à la rentrée 2006. Cette « base élèves » prévoit que toutes les données (familiales, sociales, scolaires et identitaires) concernant les élèves soient transférées par les directeurs d’école à l’IEN, à l’IA, puis au Rectorat pour terminer dans un fichier national via Internet . Au-delà de l’échelon IEN, il n’y a plus de transmission de données personnelles, elles sont toutes anonymées, et les données ne sont plus que statistiques, sans être liées à une personne identifiable.

L’administration met en avant l’aide que ce système peut apporter aux directeurs d’écoles.

En quoi est-il donc une aide ? Les directeurs utilisent déjà un logiciel de gestion.

N’est-il pas, plus exactement et plus insidieusement, un outil réalisé par l’Administration pour l’Administration afin de gérer au plus près les effectifs (carte scolaire), pour mettre en œuvre la Loi Organique relatives aux Lois de Finances (LOLF), autrement dit pour répondre aux objectifs affichés par la LOLF du passage d’une « Culture de moyens à une culture des résultats ».

L’utilisation de cette « base élèves » pourrait s’avérer dangereuse et porter gravement atteinte aux libertés individuelles de chacun(e).

- La centralisation et le partage d’informations personnelles entre différentes institutions risquent de conduire à un fichage et à un contrôle généralisés de la population.

- Ces données sont entrées par internet : ce n’est pas sans poser des problèmes de sécurité.

- La divulgation et l’utilisation d’informations strictement privées peuvent s’avérer dangereuses dans une période où les gouvernants s’emploient à surveiller chaque jour davantage les populations marginalisées par la précarité, pour mieux les punir. La divulgation d’informations privées, si elle se révélait effectivement demandée, ne représente-t-elle pas pour nous un risque de dérive d’utilisations « extra-scolaires » de ces informations ?

- A qui la centralisation nationale de toutes ces données pourra-t-elle servir, à quelles administrations ? De quelles estimations peuvent-elles avoir besoin : statistiques sur les évaluations ? sur les enfants en difficulté ? sur l’immigration ?

- En quoi l’introduction d’une logique de fichage de type comptable, motivée par un besoin de statistiques toujours plus important, peut-il être satisfaire les besoins éducatifs, pédagogiques des jeunes ?

- Cela laisse-t-il encore la possibilité aux enseignants d’une approche humaine de chaque situation ?

Toutes ces mesures sont à rapprocher du rapport Benisti, commandé par le gouvernement. Ce rapport traite du risque des "comportements déviants" des enfants dès leur plus jeune âge, notamment en établissant un rapport entre ces comportements avec la langue maternelle ; en amalgamant « délinquance » et « familles issues de l’immigration » et en proposant une « culture du secret partagé ». Ce rapport a fortement inspiré la loi sur la délinquance de Sarkozy et les lois Perben II qui considèrent comme potentiellement délinquante et, de ce fait, devant être signalée à la police via le maire, toute « personne présentant des difficultés sociales, éducatives ou matérielles ».

Les personnels de l’Education nationale ne peuvent cautionner ces projets gouvernementaux qui confirment une société basée sur l’exclusion et la criminalisation de la misère : « Base élèves » est un « outil de gestion administrative » qui contribuera, si nos craintes sont avérées, à promouvoir un tel modèle de société.

Demandons à nos collègues directeurs d’informer les membres de son équipe pédagogique sur ce dispositif ; demandons-leur de rentrer a minima les données sur « base élèves ».

Informons les départements qui verront arriver « base élèves » en 2006 des risques de ce système de saisie et de gestion informatiques.


CONCRETEMENT :

LA NATIONALITE : En quoi la nationalité et l’année d’arrivée en France de l’enfant nous intéresse-t-il ? Pourtant, pour valider la fiche, la nationalité est obligatoire. Nous proposons de répondre systématiquement « française » . De même nous conseilons de ne pas renseigner le champ « langue et culture d’origine » dans le dossier scolarité. Il y a très rarement la possibilité de cours d’arabe ou de turc dans les écoles et si, exceptionnellement, cette offre est proposée, il suffit de faire une petite enquête papier comme au bon vieux temps.

AUTORITE PARENTALE
 : Seul le nom du responsable légal peut être important pas son lien de parenté avec l’enfant. C’est dans la partie « base -élèves mairie » que c’est demandé. Nous conseilons de ne pas renseigner le lien de parenté entre l’enfant et son responsable légal.

SCOLARITE : PARTICULARITES
 : Nous invitons à la plus grande prudence en ce domaine. Est-ce qu’une aide spécialisée à un moment de sa vie doit figurer au dossier de l’élève pour toute sa scolarité ?

Enfin n’oublions pas que les collègues directeurs ne sont pas obligés de valider pour envoyer les renseignements à l’IA et ne pas remettre en cause leur grève administrative...

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