Boats4People

samedi 8 septembre 2012


Pour une méditerranée libre, solidaire et sans morts en mer

En juillet dernier, un collectif d’associations (dont le réseau Migreurop et la Fédération Internationale des Droits Humains et, pour la France, le GISTI, la Cimade et la FASTI), qui s’était constitué en coordination internationale pour faire respecter les droits des migrants en mer, a affrété un bateau de l’Italie vers la Tunisie. Parti de Cecina, l’équipage de l’Oloferne, composé de militants, de parlementaires, de journalistes et d’artistes, a ensuite rallié Palerme (Sicile) avant de traverser la Méditerranée en direction de Tunis et Monastir, puis de repartir symboliquement vers Lampedusa, où « échouent » nombre de « harragas », ces embarcations d’infortune utilisées par les migrants.

Objectifs de l’opération :
- dénoncer les violations des droits des boat-people par les États européens, qui en vertu des accords migratoires Frontex (agence de contrôle des frontières) laissent dériver sans assistance les harragas (parfois jusqu’à ce que mort s’en suive pour les migrants), ou les interceptent et les refoulent vers des pays de la rive sud, ou encore les arrêtent sur les côtes italiennes pour les emprisonner dans des camps ;
- dénoncer aussi la complicité des états africains (Lybie, Tunisie, Maroc) qui collaborent à Frontex en arrêtant les migrants en transit sur leurs territoires, et en les refoulant vers des camps d’internement comme celui de Choucha à la frontière tuniso-libyenne (3000 prisonniers sub-sahariens, confinés sous des tentes du HCR) ;
- sensibiliser les citoyens européens et africains à la tragédie qui se noue en Méditerranée (1500 morts enregistrés par le HCR en 2011) et au sort réservé à des milliers de migrants privés de la liberté de circuler au Maghreb et en Europe ;
- exiger qu’il soit mis fin aux accords de réadmission signés par certains États du Sud avec l’Europe, cause de tant de violations des droits humains, et que l’Union européenne cesse ses pratiques de contrôle violent aux frontières maritimes : l’assistance inconditionnelle et le secours en mer sont une obligation des conventions maritimes internationales.

Dans le petit port de Ksibet el Madiouni, au sud de Monastir, d’où sont partis tant de ces harragas pendant la révolution tunisienne (mars-avril 2011), puis pendant la guerre en Lybie, l’émotion est à son comble ce 13 juillet au soir : bien sûr, on attend l’Oloferne de Boats4People, ce petit bateau qui vient de faire la traversée dans « l’autre sens », mais surtout, il y a ces mères, ces sœurs de migrants disparus qui ne peuvent retenir leurs larmes devant cette mer où leurs fils, leurs frères se sont embarqués… pour ne plus jamais donner signe de vie. Il y a ces réfugiés de Choucha, Tchadiens, Erythréens, Somaliens, des hommes et des femmes tout juste autorisés à sortir du camp pour venir témoigner, qui n’ont jamais pu arriver à destination de l’Europe, stoppés « en chemin » par la machine répressive de la police des frontières.

Déroulée à même le sol, la longue liste des migrants morts en mer dont les corps ont été retrouvés : depuis 1993, ils sont plus de 16 000, hommes, femmes et enfants, à avoir péri pendant la traversée… Non identifiés pour la plupart, à côté de leur « no name » figurent pour chacun-es d’eux la date de leur « recensement », leur sexe et âge, leur pays ou continent d’origine, et la cause de leur mort. Certains sont « died from thirst and hunger », morts de soif et de faim.


Combien de milliers d’autres, « disparus en mer », n’ont jamais été retrouvés… ?

Migrants « réfugiés » de Choucha, familles de disparus tunisiens, et militants défenseurs des droits des migrants venus du monde entier, par centaines nous nous étions auparavant rencontrés à la journée de travail sur les migrations, organisée à Monastir par Boats4People en marge des réunions préparatoires au Forum Social Mondial (FSM), qui se tiendra en mars 2013 en Tunisie.

L’occasion de présenter par exemple le travail d’enquête qu’a menée la FIDH en Libye en juin 2012 sur les camps de rétention des migrants sub-sahariens : entre 1.5 et 2.5 millions d’Africains noirs y sont détenus dans d’épouvantables conditions par des milices armées, qui les accusent d’avoir travaillé pour Kadhafi, de trafiquer la drogue et de propager les épidémies. Privés de toute protection juridique, ces migrants font l’objet, en échange de leur libération, de chantage financier par les réseaux mafieux, et servent de main d’œuvre à bas coût à des entrepreneurs sans scrupules.

D’écouter aussi les témoignages de victimes de la traque aux migrants et de ceux qui luttent pour les aider et faire valoir leurs droits.

Quelques jours plus tard, l’Oloferne a repris la mer pour rallier Lampedusa, la petite île italienne qui se trouve au large de la Tunisie et de la Libye. Au fur et à mesure qu’il approchait de cette terre ultra-surveillée, son équipage a enregistré 2 survols d’avions-patrouilleurs à très basse altitude et repéré plusieurs bateaux de grande taille qui ne se sont pas identifiés (c’est pourtant obligatoire). Enfin, l’Oloferne a été approché par les garde-côtes italiens… Ainsi se confirme que toutes les embarcations qui voguent ou dérivent en Méditerranée sont bien repérées, et que si tant de migrants meurent ou disparaissent en mer, ce n’est peut-être pas tout à fait dû à la fatalité…

Une plainte a été déposée en avril dernier auprès du Procureur du TGI de Paris par 4 ressortissants éthiopiens ayant embarqué le 27 mars 2011, à Tripoli (Libye), avec 70 autres personnes : leur bateau de type Zodiac a été survolé par un patrouilleur français le même jour, puis les garde-côtes italiens ont relayé par 2 fois leur appel de détresse, sans qu’aucun navire ne vienne à leur secours. Le Zodiac a ensuite dérivé durant 15 jours, pendant lesquels 63 personnes sont mortes de soif et de faim, avant de s’échouer dans le port libyen de Zliten. Les rares survivants ont témoigné avoir croisé plusieurs bateaux de pêche et même un navire militaire chargé d’hélicoptères à qui ils ont demandé assistance.

En mars 2011, de nombreux navires de guerre français croisaient au large de la Libye et n’ont pas pu ne pas les capter dans leurs radars…

Sud éducation Franche-Comté et Sud éducation Créteil, Commission international