Brésil - A la mémoire de Marielle Franco et Anderson Gomes

Rio de Janeiro : l’intervention militaire et la criminalisation des mouvements sociaux
vendredi 6 avril 2018

L’assassinat de Marielle Franco et Anderson Pedro Gomes, le 14 mars, symbolise le degré de criminalisation qui s’intensifie au Brésil contre tous ceux qui luttent contre les inégalités sociales, l’extermination des Noirs et des minorités LGBT et ceux qui luttent pour les droits civils, travaillistes et l’accès aux services publiques.

Militante de longue date auprès des populations les plus démunies, Marielle Franco, une des membres clés du PSOL1, a été violemment assassinée dans le centre-ville de Rio de Janeiro (RJ). Anderson Pedro Gomes, son chauffeur, a également été tué dans l’attaque. L’enquête de la police a identifié 9 coups de feu dans la vitre arrière de la voiture, montrant que les meurtriers avaient visé Marielle Franco.

Mère, lesbienne, noire et issue de la favela de Mare, Marielle a été la 5e candidate qui a eu le plus de voix au conseil de RJ. En tant que conseillère, elle a joué un rôle primordial dans la lutte contre les violences policières dont sont victimes les habitants des favelas.

Intervention militaire : Une fausse solution aux problèmes sociaux

La famine, le chômage, les dégradations de services publics - des enseignant.es et des fonctionnaires de santé qui ne reçoivent pas leur salaire depuis des mois - sont des exemples d’un état en faillite, où les violences urbaines sont en hausse et représentent une préoccupation émergente des cariocas.

Pour y répondre, le gouvernement Temer a décrété une intervention fédérale dans quatre états, dont celui de Rio de Janeiro au motif de répondre aux questions relatives à la sécurité publique. Il a nommé un général de l’armée en charge de la sécurité et a ordonné l’intervention militaire dans les favelas et les communautés, employant les mêmes stratégies que les troupes brésiliennes en Haïti.

En réalité, l’intervention militaire n’a pas solutionné les problèmes sociaux de la population, en termes d’accès aux droits basiques de citoyenneté, mais au contraire, les habitants et habitantes de l’état ont vu leur situation se détériorer, les humiliations, menaces de mort étant le quotidien de ces habitants.

Marielle Franco était une leader de l’opposition à cette intervention. Trois semaines auparavant, elle avait été nommée à la tête de la commission mise en place par le conseil municipal pour superviser l’intervention de l’armée.

Trois jours avant son assassinat, Marielle Franco avait dénoncé les actions arbitraires et abusives de la police militaire dans la favela Acari, où des résident.es ont été assassinés et tués par le 41e bataillon de la police militaire, connu sous le nom de « bataillon de la mort ».

La corruption, la violence et le racisme de la police militaire de Rio et ses liens avec les groupes d’extermination sont évidents. Il ne fait aucun doute que le meurtre de Marielle est lié à son engagement contre cette situation, au fait qu’elle soit un symbole de la lutte pour les droits des minorités, contre le racisme et la violence policière et militaire.

Au cours des dernières années, principalement après le coup d’Etat parlementaire qui a porté Michel Temer au pouvoir, le Brésil a vu une augmentation significative de la répression étatique et extra-institutionnelle contre les mouvements sociaux. Cette répression et la criminalisation des mouvements et de leurs dirigeant.es est en train de prendre un nouveau tournant avec l’application de nouvelles mesures institutionnelles de répression, introduites par le Parti des travailleurs (PT) lorsqu’il était au gouvernement, principalement pendant la Coupe du monde et les Jeux olympiques.

Des militant.es et des leaders sont systématiquement menacés, attaqués et tués. Deux jours avant l’assassinat de Marielle, un dirigeant du peuple amazonien, Paulo Sérgio Almeida Nascimento, a été tué de quatre balles à Barcarena (État de Para). Paolo menait une lutte contre la compagnie minière norvégienne, Hydro, qui voulait construire un bassin dans cette région, ce qui aurait un impact dramatique sur l’environnement et la vie de la population locale.

Après sa mort, ils cherchent à détruire sa réputation.

Des manifestations de soutien à Marielle Franco et Anderson Gomes ont eu lieu partout dans le monde. Cette tragédie a éveillée la fureur des populations et représente un défi pour les nouvelles élections de 2018. La bourgeoisie colonialiste et fasciste se sentant menacée, organise, sur les « réseaux sociaux », une campagne diffamatoire envers l’engagement militant de Marielle, afin de tenter de justifier ce crime.

Les vies des noir.es comptent !

Pour cette bourgeoisie colonialiste et fasciste, les noir.es et plus généralement les pauvres ne comptent pas dans la société, leur avis est clair : plus ils et elles meurent, moins il y a de problèmes, surtout s’il s’agit de ceux et celles qui osent à faire entendre leur voix face aux inégalités.

Ils peuvent arracher des fleurs, mais ils ne finiront pas avec le printemps

Les syndicalistes, les mouvements et les organisations sociales mènent une lutte acharnée, à la fois, contre les attaques faites aux travailleurs et travailleuses concernant leurs conditions de travail, et pour la mémoire de Marielle et sa lutte. Quand la vie d’une noire issue de la favela aura de l’importance au Brésil, cela sera le premier pas pour que toutes les vies aient de l’importance.

Résistance !

À la suite de la crise et des contre-réformes qui attaquent les conditions de vie de la classe ouvrière et de tous les pauvres, la résistance s’est organisée à tous les niveaux. Il est fondamental d’unifier ces luttes pour construire des stratégies qui mènent à la victoire contre la montée du fascisme dans le pays, ainsi que pour défendre nos vies, nos droits et cheminer vers la construction d’une société où nous sommes humainement différent, mais socialement égaux.

Marielle Franco et Paolo Sergio présentes !!

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