CCF et PFMP du Bac Pro : du nouveau ?

Sud éducation Nord Pas de Calais
vendredi 21 mars 2014

Trois ans après « la rénovation de la voie professionnelle », on est loin de la revalorisation annoncée.

La généralisation des Contrôles en Cours de Formation (CCF) continue d’aggraver les conditions de travail des enseignant-es qui doivent préparer les sujets, organiser les épreuves, réserver les salles, corriger les copies de leurs propres élèves ou les interroger à l’oral. L’indemnité versée, inégale selon les établissements, n’est pas à la hauteur de la surcharge de travail. Les CCF remettent en question l’anonymat, l’équité des candidat-es et le caractère national des diplômes de la voie professionnelle. Ce type d’évaluation chronophage diminue d’autant le temps d’enseignement.

L’augmentation de la durée des Périodes de Formation en Milieu Professionnel (PFMP) dans le cursus du bac pro, pourtant déjà amputé d’un an, désorganise gravement le temps scolaire et valide le postulat idéologique du « moins d’école, plus d’entreprise » pour les jeunes issu-es des milieux populaires mis en avant par les gouvernements successifs.

Enfin, le fort taux de décrochage scolaire en 2nde (12%) et en 1ère (13%) jette le discrédit sur une réforme prétendant amener plus d’élèves d’une classe d’âge au niveau bac pro.
Il aura fallu attendre le mois de novembre 2013 pour qu’enfin le ministère mette en place une concertation avec les organisations syndicales limitée à la seule question des CCF, puisqu’il est déjà revenu sur sa promesse de réduction des PFMP de 4 semaines dans le cursus bac pro. Sous la pression de l’Intersyndicale Enseignement Professionnel (IEP), la DGESCO a finalement renoncé à son projet de remplacer une partie des CCF par des Contrôles en Cours d’Année (ce qui aurait renforcé les dérives de l’actuel CCF) et proposé le retour à une évaluation ponctuelle pour deux épreuves de Bac Pro, PSE (Prévention Santé et Environnement) et Eco-gestion (Industrielle), Eco-droit (Tertiaire). Cette avancée dans le mode d’évaluation reste toutefois en deçà des attentes formulées par l’IEP : une remise à plat de l’ensemble des modes d’évaluations de la voie professionnelle (CAP, BEP) et de l’épreuve orale de rattrapage qui doit être alignée sur celle du bac général.

Comment accueillir cette proposition du Ministère en groupe de travail ?

« Les professeurs exerçant dans la voie professionnelle bénéficieront d’une indemnité spécifique s’ils effectuent au moins 6 heures devant les classes de première et terminale professionnelles et les classes de terminale CAP. Cette nouvelle indemnité se substituera au dispositif indemnitaire relatif au CCF »

Sud éducation demande une revalorisation générale des salaires et non pas des primes ou indemnités individuelles non prises en compte dans le calcul des points de retraite. Par ailleurs, il s’agirait là d’un bel outil de division au sein des équipes pédagogiques.
La proposition initiale du Ministère de réduire les PFMP de 4 semaines en Bac pro (soit 18 au lieu de 22 semaines) allait également dans le bon sens. Cette décision faisait suite au constat par le corps d’inspection que « le défi constamment renouvelé de la recherche d’entreprises d’accueil s’exerce au détriment de la qualité de la formation en milieu professionnel ». Ne tenant pas compte de cet avis ni de celui de son ministère et des organisations syndicales durant les concertations, le Ministre de l’Éducation nationale a décidé de faire machine arrière sans la moindre explication. Pourtant, quelles garanties réelles de formation peut-on attendre des entreprises pour les 22 semaines de PFMP en bac pro ? Souvent occupé-e à accomplir des tâches répétitives éloignées du référentiel, de son cursus ou pire, exploité-e à des fins de rentabilité, le ou la stagiaire ne se voit réellement formé-e que de façon extrêmement aléatoire. Pourtant, le coefficient très élevé de la note attribuée aux stages en entreprise ainsi que la nécessité d’en valider la totalité pour accéder à l’examen final, en font un élément déterminant du cursus.

Sur toutes ces questions, Sud éducation ne se satisfait pas du simulacre de concertation internet proposé par le gouvernement. Nous demandons l’ouverture de réelles concertations avec l’ensemble des personnels de l’enseignement professionnel, sous forme d’un temps banalisé de concertation dans les LP et SEP, permettant une réelle expression et formulation de propositions sur les questions des CCF, des PFMP et de l’ensemble des problématiques de la voie professionnelle.

Sud éducation revendique :

- le rétablissement d’un diplôme validant un cursus de deux années complètes sanctionné par des épreuves pratiques et théoriques terminales permettant une réelle insertion professionnelle, en remplacement de l’actuel et très problématique Diplôme Intermédiaire dont les épreuves extrêmement chronophages s’étalent sur deux années sans reconnaissance professionnelle ;

- le retour à un parcours modulable en 4 ans pour les élèves de bac pro. La généralisation du bac pro trois ans avec un taux important de sorties en échec et l’hétérogénéité grandissante des publics accueillis sans moyen supplémentaire portent atteinte aux conditions d’apprentissage des lycéen-nes et détériorent gravement les conditions de travail des enseignant-es ;

- le rétablissement des passerelles vers les filières générales et technologiques.

Enfin, Sud éducation trouve extrêmement préoccupante l’accélération du développement de l’apprentissage. L’objectif annoncé par Hollande, lors de la Conférence sociale de juin 2013, de porter à 500 000 le nombre d’apprenti-es à l’horizon 2017 contre 448 000 aujourd’hui fait peser de lourdes menaces sur les filières sous statut scolaire. Très inquiétant également, le développement des Campus des Métiers destinés à accueillir différents statuts (apprenti-es, lycéen-nes, adultes en formation), avec la perspective de mixité des publics au sein des mêmes classes, qui va achever de détériorer les conditions de travail des enseignant-es et déstabiliser plus encore des publics déjà fragilisés socialement.

Il faut stopper cette logique de « rentabilité des formations » transformant l’Éducation nationale en prestataire de service du Medef. Il paraît donc urgent de reconsidérer les orientations récentes infligées à la voie professionnelle par l’attribution de moyens conséquents afin de mettre un terme à l’hémorragie de sorties d’élèves du système scolaire. Il est impératif de privilégier une formation généraliste sous statut scolaire, afin de faciliter l’accès à l’enseignement supérieur et les reconversions ultérieures.