Clément Méric : un combat pour la justice

Fédération Sud éducation
samedi 28 novembre 2015

Le 7 juin dernier, un collectif d’organisations appelait à une manifestation à l’occasion des deux ans de la mort de Clément Méric, jeune camarade assassiné par des militants d’extrême droite. Après l’échec de la manif anti-Fn de novembre 2014, il nous reste à reconstruire un mouvement antifasciste de masse. Le procès des assassins de Clément, comme les résultats électoraux du Fn en font une pressante nécessité.

Le 6 juin 2013, Clément Méric, militant antifasciste syndiqué à Solidaires, mourait sous les coups de militants du groupuscule solidariste 3e Voie. Sa mort suscitait une vague d’émotion jusqu’au sommet de l’État et près de 80 organisations se mobilisaient pour appeler à manifester notre colère et notre refus de l’extrême droite et de ses idées. Depuis, ce triste anniversaire est l’occasion d’une manifestation qui ne souhaite pas se réduire à commémorer une mort mais bien de poursuivre le combat antifasciste. Ce 7 juin, comme en 2014, ce sont quelques milliers de personnes qui ont défilé à l’appel d’organisations syndicales (Solidaires et Cnt), politiques, associatives et de collectifs antifa dont l’Action antifasciste Paris-Banlieue à laquelle appartenait Clément. C’est bien sûr trop peu. Ce constat, nous le faisions, déjà, après la manifestation de novembre 2014, à Lyon, contre le congrès du Fn. Même si on a surtout retenu l’attitude de la police qui avait attaqué la manifestation, l’empêchant d’aller à son terme, et celle de certains groupes qui ont imposé leur tactique à l’ensemble des manifestants, la mobilisation restait très légère pour une telle manifestation.

Dans la construction de ces initiatives, nous rencontrons plusieurs écueils : d’une part, la pertinence et l’intérêt de combattre l’extrême droite par des mobilisation de rue sont remis en cause par bien des camarades et des organisations. D’autre part, nous sommes confrontés à l’absence de cadre unitaire efficace, comme a pu l’être Ras l’Front. Les 80 organisations appelant à la manif du 23 juin 2013 auraient pu en constituer un socle solide mais, l’agitation médiatique retombée, la plupart ne donnent aujourd’hui plus signe de vie. La Conex (Coordination nationale contre l’Extrême droite) s’emploie aujourd’hui à remplir ce rôle et Solidaires, comme Sud éducation, participent à ces réunions. Mais, elle est en construction et pas encore en capacité de porter des initiatives d’ampleur. Tout cela se situe, de plu,s dans un contexte de morosité du mouvement social dans lequel les mobilisations peinent à faire le plein.

Malgré tout, il y a un véritable enjeu à se remobiliser. Plus de deux ans après la mort de Clément, nous approchons du procès dont la date n’est pas encore connue, l’instruction étant toujours en cours. Nous avons déjà pu observer plusieurs tendances : la tentative de dépolitiser l’affaire en la présentant comme une bagarre entre bandes ou celle de calomnier ouvertement les antifascistes. L’exemple de la « Vidéo Rtl », relayée par les médias jusqu’au Jt de France2, « prouvant » prétendument que Clément avait agressé Esteban Morillo et que ce dernier n’avait fait que se défendre, en est le meilleur exemple. L’enquête a depuis prouvé que cette vidéo ne montrait pas cela mais, également, que cette version était complètement fausse.

Ce procès doit être une tribune pour tout le mouvement antifasciste. Face aux tentatives de diversion auxquelles les avocats de la défense ne manqueront pas de se livrer, il conviendra de tenir bon et de marteler des évidences :
-  non ce n’est pas un crime de réagir à la vue du port d’inscriptions néo-nazies ;
-  non ce n’est pas de la légitime défense que d’attaquer à l’arme blanche en réaction à une indignation orale.

L’histoire de l’extrême droite est pleine de crimes restés impunis ou ayant bénéficié d’une clémence étonnante. Si le propos n’est pas de réclamer de la sévérité de la part de la justice, il conviendra également de refuser que cette impunité perdure. Il en va de la sécurité de tous ceux et celles qui sont des cibles de l’extrême droite, laquelle pourrait ainsi recevoir un tel verdict comme un blanc-seing pour agresser.

La réussite de cette mobilisation, comme de celles qui ne manqueront pas de se multiplier, pour contrer l’ascension du Fn, mais également de ses idées, est de la responsabilité du mouvement syndical. La Cgt, la Fsu et Solidaires poursuivent d’ailleurs leur campagne antifasciste en tenant des initiatives dans les municipalités tombées aux mains du Fn ou de maires d’extrême droite comme à Béziers.