Combattre la hiérarchie : un axe majeur du syndicalisme de lutte

Texte adopté lors du 7ème congrès de la fédération SUD éducation
lundi 29 août 2016

La domination capitaliste impose aux prolétaires la soumission à la sacro-sainte hiérarchie. Loin d’être une force émancipatrice, capable de soustraire les individus à une telle oppression, l’école, de la maternelle à l’université, tend en réalité à reproduire cette domination par sa structure hiérarchisée et son fonctionnement hiérarchique. Or en quelques années, cette tendance s’est fortement accentuée : les pressions hiérarchiques ont été renforcées par des chefs recrutés dans l’administration publique ou privée et formés aux pratiques managériales ; la liberté pédagogique des enseignants a été restreinte au nom d’impératifs communs toujours plus nombreux ; et l’informatique est devenu l’outil d’un flicage généralisé.

Le risque de reproduction spontanée des structures hiérarchiques

Dans l’école, les relations hiérarchiques ont tendance à se reproduire sur trois plans différents : le plan catégoriel, le plan institutionnel et le plan pédagogique.
Sur le plan catégoriel, des relations hiérarchiques s’établissent trop souvent, à l’insu ou non des personnels, entre des individus appartenant à différentes catégories (institutionnalisées ou non) : entre les enseignants et les parents d’élèves ; entre les enseignants et les agents techniques ; entre les chefs de cuisine et « leurs » agents ; entre un tuteur et son stagiaire ; entre les anciens et les nouveaux (les débutants, en particulier) ; entre les titulaires et les précaires ; entre les titulaires en poste et les titulaires-remplaçants ; entre les agrégés et les certifiés ; entre les professeurs, les maîtres de conférence, les PRAG, les ATER, les allocataires-moniteurs et les chargés de cours, à l’université ; entre les CPE et les surveillants ; entre les directeurs et les professeurs des écoles, entre les professeurs des écoles et les ATSEM ; entre les PE, les directeurs et les AVS ; entre les directeurs et les aides administratifs ; etc.
Sur le plan institutionnel, la participation aux différentes instances de gestion des établissements induit également l’instauration plus ou moins consciente de relations hiérarchiques : dans l’enseignement secondaire, le fait de siéger au Conseil pédagogique, conçu comme une structure d’encadrement et de relais du pouvoir des chefs d’établissement, transforme certains collègues en de véritables « cadres » au service de la direction ; le titre pompeux de coordonnateur de discipline en incite d’autres (qui sont souvent les mêmes) à se comporter comme de « petits chefs » ou des « contremaîtres » ; et les élus au CA prennent trop souvent leur élection pour une délégation de pouvoir qui leur confère le droit de s’exprimer au nom de leurs collègues. Dans le premier degré, cette reproduction des structures hiérarchiques s’installe insidieusement avec un conseil des maitre-sse-s de moins en moins (re)connu par l’institution comme lieu de décision collective.
Sur le plan pédagogique, l’adhésion spontanée au modèle dogmatique et l’autorité disciplinaire dont sont investis les enseignants les incitent à concevoir la relation pédagogique qu’ils entretiennent avec les élèves comme un mode de domination.

Combattre la hiérarchie à l’école

On dispose de deux moyens pour combattre la hiérarchie à l’école : la pratique quotidienne et les revendications syndicales.
Du point de vue de la pratique syndicale quotidienne, nous devons développer le mode de fonctionnement autogestionnaire dans les équipes pédagogiques, donner l’exemple dans les réunions d’information syndicale et les AG décisionnelles pendant les luttes ; mais aussi lutter concrètement contre les pressions hiérarchiques : refus des tâches supplémentaires arbitrairement imposées par les chefs, refus des missions particulières proposées dans le 2nd degré, refus d’inspection, élaboration de réponses collectives, accompagnement systématique des collègues qui doivent rencontrer la hiérarchie, etc. Pour ne pas risquer de reproduire spontanément les structures hiérarchiques, nous devons encore refuser le tutorat (nous aiderons certes les collègues qui débutent, mais ne participerons pas à leur évaluation) ou le remplissage du livret de compétences, boycotter le Conseil pédagogique. Nous pouvons aussi boycotter le CA selon le contexte local.
Du point de vue des revendications syndicales, nous devons exiger la destruction pure et simple du système hiérarchique qui structure l’école. Celle-ci passe par l’obtention d’un statut unique pour tous les travailleurs de l’éducation (plus de relations hiérarchiques) ; un salaire unique aligné sur les conditions les plus favorables (plus d’échelons, plus d’évolution de carrière) ; un temps de travail unique, lui aussi aligné sur les conditions les plus favorables (avec embauches correspondantes) ; et la suppression de toute notation et de toute inspection.