Comment la décote casse nos retraites

Sud éducation Puy-de-Dôme - Allier
vendredi 6 décembre 2013

Avant 1993,
âge de la retraite : 60 ans, 37,5 années de cotisations sont nécessaires pour percevoir une retraite à taux plein (75%) du dernier salaire dans la fonction publique [1]. Ainsi une annuité correspond à 2% de retraite (75/37,5=2). À l’âge de la retraite, avec seulement 36 annuités, on peut partir mais on ne perçoit que 72% (36x2=72) de son salaire au lieu de 75%. Le montant de la pension dépend donc de la durée de cotisation et seulement de cela.

Après 1993,
pour le secteur privé et après 2003 pour le public, âge de la retraite maintenu mais 40 annuités de cotisations sont nécessaires pour prétendre au taux plein de 75%. Une annuité ne représente plus que 1,875 % (75/40=1,875). Donc pour 36 annuités, la retraite passe à 67,5% (36x1,875=67,5) du dernier salaire. L’allongement de la durée nécessaire fait donc baisser le niveau de pension. De plus, comme si cela ne suffisait pas, Balladur instaure, pour le privé en 1993 un système de décote que Fillon généralise au public en 2003. Les trimestres non cotisés occasionnent une pénalité sur le montant de la retraite. Cette pénalité, la décote, est de 1,25% par trimestre non cotisé. Cette sorte de double peine concerne toutes les personnes qui ont connu des carrières discontinues, le chômage ou des études longues. 36 annuités de cotisation sont insuffisantes pour percevoir une retraite pleine, les 4 annuités manquantes entraînent une décote de 16 trimestres soit 20% (16x1,25=20). Les 67,5% du dernier salaire sont amputés de 20%. Restent donc 54% (0,8x67,5=54).

Après 2010,
ce système s’aggrave. La durée de cotisation est aujourd’hui à 41,5 ans. C’est 1,807 % par annuité (75 / 41,5). Et 36 annuités de cotisation c’est 22 trimestres manquants mais « seulement » 25% de décote puisque celle-ci est quand même plafonnée. Le taux de réversion devient alors 48,8 % (0,75x36x1,807=48,8). En 17 ans, c’est 23% en moins dont 16% du seul fait de la décote.

En 2013,
Hollande, Ayrault et les autres continuent. Tout allongement de la durée de cotisation renforce le poids de la décote et augmente le nombre de celles et ceux dont la pension est amputée par cette double peine. Pourtant, une simple annulation de cette décote permettrait à des milliers de salarié-es de prendre leur retraite, même modeste, et de laisser la place à des jeunes qui n’arrivent pas à rentrer dans l’emploi et seront victimes d’un système de retraite dévasté.

Retraites : 60 ans, 37,5 annuités, à 75%, sans décote, c’est possible ici et maintenant

L’espérance de vie augmente... donc nous devrions travailler plus longtemps. Hollande s’appuie à son tour sur cette fausse évidence pour imposer une nouvelle réforme des retraites dans la continuité des régressions opérées par la droite depuis 20 ans. Cette « évidence » reprise par tous les experts libéraux, les faiseurs d’opinion, pratiquement toute la classe politique, le parti socialiste et malheureusement quelques directions syndicales doit être dénoncée. C’est une machine de guerre contre le niveau des pensions et au final contre le système solidaire de retraite par répartition.

Refuser de passer sa vie à la gagner

L’augmentation de l’espérance de vie durant le XXème siècle s’explique au moins en partie par le temps passé au travail qui a diminué, notamment par le passage à la retraite à 60 ans. Ce bénéfice est tempéré par deux constats : la vie ne s’allonge plus beaucoup, les 30 prochaines années n’ont aucune raison de connaître la même augmentation que les 30 dernières et l’espérance de vie en bonne santé, actuellement autour de 62 ans, diminue depuis 2008.

Au cours des 60 dernières années, la richesse produite par chaque travailleur a été multipliée par 5. Dans une société qui n’a jamais produit autant de richesse, vouloir nous faire travailler plus quand 5 millions de personnes sont au chômage est une aberration. Depuis 1993 la durée de cotisation pour prétendre à une retraite pleine ne cesse d’augmenter et pourtant la durée moyenne cotisée stagne autour de 38 annuités. Dans le secteur privé plus d’un travailleur sur deux n’est plus en activité au moment de son départ en retraite. Il ou elle est au chômage, en maladie ou en invalidité. 40% des salarié-es du public et du privé n’ont pas les annuités suffisantes pour prétendre à une retraite à taux plein au moment de leur départ, et la décote vient encore réduire le montant de leur pension. L’allongement de la durée de cotisation (37,5 annuités en 1993, 41,5 actuellement, 42 en 2023, 43 en 2035) et le recul de l’âge d’un possible départ (60 ans en 1981, 62 ans après 2010) concourent donc à baisser le niveau des pensions et à obliger celles et ceux qui le peuvent à souscrire des assurances privées. Dans le même temps, beaucoup rallongent leur carrière au travail pour éviter la paupérisation renforcée par la décote. La retraite médiane nette est ainsi inférieure à 1000 euros€ par mois et une femme sur trois reçoit une pension inférieure à 700 euros.

De l’argent, il y en a

En 2012 les entreprises ont distribué 230 milliards de profits, 100 milliards de plus que dans les années 1970-1980 ! Ceci au détriment de l’investissement, de la recherche et de l’emploi : 80% des bénéfices nets vont aux actionnaires aujourd’hui contre 30% dans les années 1980. Alors, affronter pour de vrai « le pouvoir de la finance »... Un vrai programme.