Conditions de travail dans l’Éducation nationale :

les résultats stupéfiants de notre enquête en Limousin !
mardi 21 mars 2017

Voici les premiers résultats d’une enquête, réalisée en Limousin, auprès de personnels de l’Éducation nationale, au cours de l’année 2016. Les points saillants sont détaillés ci-dessous, parfois, en fonction des catégories de personnels concernées. Pour autant, les agent-es et les personnels de direction ne sont pas mentionnés dans cette première version, faute d’échantillons suffisamment représentatifs.

Questions d’ordre général : précarité et mal-être au travail

D’abord, si 36 % des personnes interrogées jugent que l’ambiance de travail dans les établissements de l’académie n’est pas satisfaisante, il faut remarquer que ce taux atteint 67 % des enseignant-es non titulaires, alors qu’il ne concerne que 30 % des enseignant-es titulaires. En cette période où les contrats précaires se multiplient, y compris chez les personnels enseignants, atteignant au total presqu’un quart des personnels, ce premier chiffre a tout lieu de nous inquiéter, et ce d’autant plus que 14 % des personnes interrogées, dont 22 % des enseignant-es non titulaires répondent par la négative à la question « Trouvez-vous du sens à votre travail ? ». Si bien que plus de 7 personnes interrogées sur 10, dont quand même 67 % des enseignant-es titulaires, 78 % des enseignant-es non titulaires, et 100 % des autres personnels en contrats précaires (assisant-es d’éducation, auxiliaires de vie scolaire...) ne se sentent actuellement pas capables de faire ce même travail jusqu’à leur retraite... Nos analyses, suggérant que la Fonction publique serait actuellement dégradée à dessein, afin de préparer sa marchandisation progressive, sont ainsi malheureusement confirmées, d’autant plus que, selon nos dernières informations, 5 % des élèves du secondaire quitteront les rangs de l’école publique limousine pour rejoindre ceux des écoles privées, à la rentrée 2017...
À cela s’ajoute le fait que pour 45 % des personnes interrogées, les éléments matériels dans les locaux scolaires font actuellement craindre des problèmes de sécurité.

Un premier constat peut donc être tiré. Une grande partie des personnels sondés ne trouvent ni sens ni volonté de continuer sur le long terme dans l’exercice de leur travail. Les personnes en situation de précarité sont clairement les plus en souffrance. Cela va de pair avec une dégradation continue des conditions de travail dans l’Éducation nationale.

Le travail éducatif en lui-même : surcharge et détresse

Par ailleurs, 45 % des personnes interrogées ressentent fréquemment une surcharge de travail et 51 % d’entre elles sont fréquemment obligées de se presser pour faire leur travail. En outre, 33 % des enseignant-es non titulaires et 19 % des enseignant-es titulaires accueillent régulièrement trop d’élèves dans la classe, suite au non remplacement d’un-e collègue absent-e.
Ainsi, 84 % des personnes interrogées sont régulièrement amenées à gérer des conflits, 38 % des personnes interrogées, dont 56 % des enseignant-es non titulaires et 60 % des autres personnels en contrats précaires vivent des situations de tensions dans leurs rapports avec les élèves. Comment pourrait-il en être autrement, alors qu’aucune des contre-réformes imposées à l’école au cours des dernières décennies n’a permis, ni d’envisager la baisse des effectifs par classe, bien au contraire, ni d’assurer pour les personnels titulaires ou non titulaires (notamment par défaut de remplaçant-es), une formation suffisante et propice à des prises de recul nécessaires quant aux difficultés inhérentes à nos métiers ? Le drame atteint son paroxysme lorsque 71 % des personnes interrogées déclarent être pourtant quotidiennement en contact avec des personnes en situation de détresse.

Un deuxième constat s’impose. Le mal-être des personnels de l’Éducation nationale s’explique notamment par la politique de l’Éducation nationale : diminution des moyens, surcharge des classes, manque de remplacements, … le tout conduisant à une récurrence accrue des situations de détresse (Comment ne pas évoquer les précédents de France Télécom, La Poste, … et les stratégies dramatiques du management moderne ?)

Relations entre collègues : management, pression et division des personnels

À l’heure actuelle, 40 % des personnes interrogées, dont 56 % des femmes enseignantes et 60 % des personnels en contrats précaires avouent vivre des situations de tensions dans leurs rapports avec leur hiérarchie. Les nouvelles techniques de management, importées du secteur privé, et dont l’État, et en particulier l’Éducation nationale, se font désormais les principaux promoteurs, ne sont sans doute pas étrangères à ces chiffres effroyables. Nos visites dans les établissements de l’académie le confirment chaque semaine, les chef-fes divisent plus que jamais pour mieux régner, si bien que 25 % des femmes enseignantes titulaires, et 33 % des enseignant-es non titulaires déclarent vivre également des situations de tensions dans leurs rapports avec leurs collègues.

Et la santé ? Douleur, maladie et absence de suivi…

Pour parachever ce tableau apocalyptique, 51 % des personnes interrogées, dont 61 % des femmes se disent confrontées à des troubles musculo-squelettiques (membres, dos, nuque...) et 21 % des personnes interrogées, dont 26 % des femmes et même 31 % des femmes enseignantes titulaires souffrent d’un problème de santé chronique ou durable en rapport avec leurs conditions de travail. Finalement, 42 % des personnes interrogées, dont 56 % des enseignant-es non titulaires et 67 % des femmes enseignantes non titulaires souffrent de troubles physiques tels qu’insomnies, maux de tête ou de ventre, etc.
On s’attendrait donc à des chiffres records en réponse à la question « Avez-vous déjà rencontré le médecin de prévention ? ». Et ils le sont effectivement, mais dans la négative ! En effet, 86 % des personnes interrogées répondent « non » à cette question !!! Et pour cause, puisque de tels dispositifs, pourtant imposés par la loi, sont aujourd’hui encore presque inexistants dans l’Éducation nationale.

Dans la liste des constats dramatiques, on conçoit donc clairement que la dégradation des conditions de travail, la surcharge des personnels et les pressions diverses de la hiérarchie contribuent à une dégradation de la santé des collègues… Sans qu’aucune mesure de suivi ne soit mise en place, alors qu’il s’agit là précisément d’une obligation légale !!!

Alors que l’année 2017 pourrait bien annoncer le pire pour l’école publique, déjà bien mal en point comme on l’a vu, Sud éducation refuse l’idée que nous serions condamné-es à contempler sa mise en lambeaux, et affirme au contraire que c’est, en nous constituant toutes et tous collectivement, que nous pourrons, non seulement la préserver, mais, mieux encore, lui donner ce nouveau souffle dont elle a, absolument, besoin, en améliorant, notamment, considérablement les conditions de travail des personnels et, par là-même, le bien être et les conditions de travail des élèves. En 2017, prenons enfin nos luttes en main !

Communiqué du syndicat Sud éducation Limousin du 24 janvier 2017
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Sud éducation Limousin