Construisons une alternative à la réforme Peillon

Sud éducation Côtes d’Armor, Ille et Vilaine, Morbihan, Finistère
vendredi 6 décembre 2013

La réforme Peillon nous est vendue comme LA réforme des rythmes de l’enfant. Mais elle ne prend pas, ou peu, en compte la réalité de celui-ci : pas de grand changement au niveau de la journée, de l’année, des programmes ni des effectifs de classe... Le temps non contraint, où l’enfant peut évoluer à sa guise, n’est pas pris en compte. La semaine est réorganisée sans tenir compte de l’avis des scientifiques.
L’école aujourd’hui est calquée sur le monde du travail : l’école primaire et, encore plus, l’enseignement secondaire sont basés sur un temps mécanique, répétitif - cours de 45 minutes par exemple.
Les élèves sont confrontés à des cadences de travail trop importantes. La nécessité de changer l’école afin d’en faire un lieu de bien-être et d’en revoir les rythmes pour laisser du temps aux apprentissages, est évidente.

Une marchandisation du temps éducatif

Cette réforme n’est, en fait, que la marchandisation d’un temps éducatif : elle offre un temps d’intervention, hors éducation nationale, aux associations diverses et variées, aux professionnels du privé, dans certains cas, ou, tout simplement, une simple garderie parfois payante.

- Le projet Peillon génère de grandes inégalités dans l’offre éducative selon les territoires : communes riches/commune pauvres, rurales/urbaines, priorités politiques des municipalités...
Nous voulons que l’égalité dite « républicaine » soit assurée partout, que tous les élèves aient la même formation. Un encadrement national des activités périscolaires est nécessaire, définissant des champs d’activité obligatoirement proposés à tous les élèves, quelles que soient les variables locales.

- Dans le projet Peillon, rien n’interdit aux associations à caractère religieux d’intervenir dans le cadre du « périscolaire ».
Nous exigeons que la laïcité soit assurée dans les écoles.

- Pour pouvoir fonctionner, le projet Peillon va multiplier les emplois précaires.
Nous refusons la précarisation des emplois et voulons des personnels formés ainsi que des emplois statutaires.

- Dans le projet Peillon, la multiplication des interventions extérieures sur des temps courts ne permet plus de promouvoir une vision globale de l’éducation. Le morcellement des activités empêche une réelle approche polytechnique de l’école.

C’est pourquoi, plus que jamais, Sud éducation exige l’abrogation du décret Peillon et réaffirme qu’il faut une autre réforme des rythmes scolaires, d’envergure et dégagée des lobbies touristiques et économiques.

Nos propositions

Pour lutter contre les inégalités entre les territoires, l’Éducation doit rester nationale. Ce qui n’empêche pas l’apport d’intervenant-es extérieur-es !
Vouloir réformer les rythmes scolaires nécessite une réflexion plus large sur l’école et impose de :

- réduire les effectifs par classe ;

- repenser les programmes, revoir les contenus pour laisser du temps à la manipulation, l’expérimentation, la recherche... ;

- inscrire dans les programmes la possibilité du travail coopératif, de la pédagogie de projet... ;

- différencier le temps de travail des PE devant élèves du temps d’enseignement pour les élèves.
Pour les PE : 18 h devant élèves + 6 h de concertation, travail en équipe... sans porter atteinte au principe de polyvalence qui permet une vision globale du fait éducatif.
Conséquences : plus de PE que de classes, plusieurs PE par groupe élèves, renforcement du travail en équipe, regard croisé sur les élèves et les pratiques...

- différencier le temps et les activités selon l’âge des enfants.
Repenser les horaires du matin en aménageant un temps d’accueil suffisamment long pour une mise en route en douceur.

Poursuivre la réflexion

À Sud éducation, nous voulons aussi réfléchir à une autre école dans une autre société. Sur la question des rythmes scolaires et des rythmes des enfants, il faut s’enrichir des travaux de la recherche (chronobiologie, chronopsychologie, sciences de l’éducation...)

- Adapter la journée au rythme de l’enfant  : temps de repos, temps calmes, « temps pour ne rien faire »... On ne pourra réellement réduire la journée des enfants que lorsque la journée de travail de leurs parents sera réduite.

- Organiser la semaine autrement : 5 voire 6 jours. Pourquoi pas une possibilité pour les élèves et les familles de choisir entre le mercredi et le samedi matin, par exemple sous forme d’inscription à des ateliers ?

- Ne pas dépasser 7 semaines de travail d’affilée.

- Repenser l’année : des vacances plus longues l’hiver quand la fatigue est plus grande, plus courtes l’été ?

- Donner du temps pour les apprentissages : notion de cycle (2 à 4 ans par cycle, sans pénalité pour les élèves), classe multi-âge...