Contractuel-les :

Ne pas se laisser faire !
jeudi 12 mai 2016

Tout commence dans un collège rural apparemment sans histoires. Pourtant, une classe difficile mène la vie dure, notamment, à la professeure de mathématiques, qui finit par démissionner. Pas de TZR disponibles, évidemment, pour la remplacer. Le rectorat fait appel à Louis, qui signe un contrat de remplacement pour dix mois. Ingénieur en informatique, proche de la retraite, Louis a derrière lui une riche carrière professionnelle, mais pas dans l’enseignement. Sans formation ni expérience pédagogique, Louis se lance dans sa mission avec les moyens du bord. Très vite, il se trouve confronté à des difficultés, en particulier avec certain-es élèves de cette classe de 4e, qui sont turbulent-es en cours et bravent son autorité. Les tensions s’enveniment, et l’incident éclate un jour où les élèves de la classe sont très énervé-es. Le professeur tente de les calmer et un élève lui lance son poing dans la tête. Le bureau de la vie scolaire est alerté, l’élève et le professeur, encore tous deux sous le choc, sont immédiatement convoqués et ont une entrevue avec la direction, qui envoie illico un rapport au rectorat. Deux jours après, Louis est informé qu’il va faire l’objet d’une procédure de licenciement pour motif disciplinaire.

Sanction gravissime !

L’agent licencié pour motif disciplinaire voit son contrat de travail rompu sans préavis ni indemnité, perd son job, sa source de revenus, et, souvent, toute chance de retrouver un emploi dans ce secteur d’activité, sans parler des dégâts occasionnés en ce qui concerne sa réputation, sa dignité, son estime de soi... Tout cela alors même que le collègue avait été physiquement agressé par un élève, fait avéré, reconnu, et commis devant la classe entière. Comment comprendre, alors, que ce soit le collègue agressé qui se retrouve en position d’accusé ? Comment expliquer que, aux yeux de sa hiérarchie et de son employeur, le professeur, de victime, soit devenu coupable ? C’est la première des nombreuses questions que nous nous sommes attaché-es à résoudre lorsque Louis a fait appel à notre syndicat, jusqu’alors novice en matière de défense des contractuel-les.
Notre action, au cours des semaines suivantes, a été de soutenir et d’accompagner notre collègue dans ses démarches pour défendre son emploi et faire valoir ses droits : visite au médecin, dépôt de plainte à la gendarmerie, utilisation du registre SST, recours gracieux, consultation du dossier au rectorat, demande de documents complémentaires, participation à l’entretien préalable au licenciement, puis à la Commission Consultative Paritaire qui émet un avis en matière disciplinaire pour les non-titulaires. Plus les actions complémentaires : tractage au collège, organisation et tenue d’une HIS (heure d’info syndicale) dans l’établissement, contact des représentant-es du personnel siégeant à la CCP, conférence de presse, réunion d’information sur les droits des personnels précaires... Nos efforts n’ont pas été vains : le rectorat a fait machine arrière et abandonné le projet de licenciement pour lui substituer une sanction bien moins lourde : l’exclusion des fonctions pour deux mois sans salaire. Si la sanction reste injuste, pour nous et notre collègue, l’abandon du licenciement a un goût de victoire.

Nous en tirons plusieurs enseignements :

D’abord, il est primordial, pour les collègues en difficulté, de ne pas affronter seul-es la hiérarchie et le laminoir de la machine administrative qui, à chaque échelon, couvre systématiquement ses subordonné-es détenteur-trices de l’autorité hiérarchique, même s’il y a eu de leur part erreur, précipitation, méconnaissance des procédures, déni des droits des personnels, voire volonté de nuire. S’il y a eu faille dans la gestion d’une situation de crise, à nous de dénoncer les responsabilités de l’administration, pour empêcher la mise en cause des collègues enseignant-es, en particulier s’ils/elles sont novices, précaires, ou peu au fait des rouages de l’EN.
Ensuite, ne pas rester isolé-es non plus dans son syndicat : en réponse à nos demandes, via la liste syndicale Sud éduc, nous avons pu bénéficier des conseils de camarades avisé-es et expérimenté-es, pour repérer les vices de procédures, évaluer les risques de telle ou telle stratégie de défense, trouver les textes réglementaires si précieux pour étayer notre argumentaire, etc. Autre évidence : les contractuel-les ne sont pas assez au fait de leurs droits. À nous de les informer...
Et pour finir : la lutte paie !

Sud éducation Haute-Loire