Contre l’évidence et l’unanimisme sportif…

dimanche 17 février 2013

La fin de l’année 2012 a sonné l’heure des bilans. Comme chaque année classements et remises de prix liées aux compétitions sportives ont occupé une large place. Si la critique radicale du sport est le risque de la ringardise, osons la ringardise et constatons que les grandes kermesses du muscle qui ont rythmé l’année en multipliant les revanches à l’infini, emportent avec elles toutes les tares du capitalisme et ses valeurs d’inhumanité. L’actualité sportive dans tous ses états tient lieu d’information pour préparer ou commenter l’apothéose de chaque week-end. Le sport spectacle et ses mensonges qu’il a de plus en plus de mal à cacher prétendent ainsi à l’évidence planétaire.

Première grande compétition à l’Est depuis la chute du mur, Pologne et Ukraine ont organisé le championnat d’Europe de football 2012. Malversations, affairisme et escroqueries ont rythmé la construction des stades, des hôtels et des logements. Prostitution massive et exactions des hooligans dans les villes organisatrices ont accompagné la compétition. L’union Européenne et l’UEFA ont fait silence sur l’emprisonnement et les mauvais traitements subis par l’ex-première ministre ukrainienne Ioulia Timochenko. Ils ne se sont pas davantage émus de l’emprisonnement des opposants politiques, des discriminations envers les homosexuels ou du traitement des réfugiés et demandeurs d’asile.

300 000 euros étaient promis à chaque joueur français en cas de victoire. Ils ont perdu suffisamment tôt. Soupçonnée de dopage généralisé, l’équipe espagnole a battu en finale des italiens impliqués dans des paris et des matchs truqués. Le ballon peut continuer de tourner… vers le Brésil où les mafias officient à la rénovation urbaine pour que parkings, stades et autoroutes s’installent en lieu et place des favelas pour la coupe du monde 2014 et les Jeux Olympiques 2016. Pour celles et ceux qui pensaient que le handball échappait à la chose, c’est raté. Corruption, matchs et paris truqués sont aussi au rendez vous.

Capital et mensonge planétaire

À Londres, les Jeux Olympiques ont coûté cinq fois plus que prévu. Montréal a mis trente ans à rembourser les dettes des JO de 1976. Ceux de 2004 pèsent leur part dans la dette grecque. Dans ces foires, on socialise les pertes et on privatise les bénéfices dans la pure logique du capital… et de ses aléas. « Et ce serait baigner dans l’angélisme que d’imaginer que les Jeux de Londres pourraient échapper à leur (les nouvelles mafias) emprise et donc à la corruption de responsables, aux compétitions truquées, aux paris clandestins et aux pratiques dopantes les plus sophistiquées » [1]. Les langues se délient pour désigner les oligarques russes comme véritables arbitres de plusieurs compétitions. Le CIO n’ignore rien de tout cela.

Les JO c’est aussi un record tous les quatre ans pour le développement des sociétés de contrôle : une caméra pour 16 personnes, un agent de sécurité pour 5 athlètes, 40 000 militaires et policiers, défense aérienne et maritime sur le pied de guerre (1,2 milliard d’euros pour la sécurité). Les milices olympiques veillent au respect des droits labellisés JO jusqu’à contrôler que les spectateurs ne portent pas de vêtements de marques concurrentes des sponsors officiels. En la matière Londres a battu tous les records.

Ces Jeux ont accepté des concurrentes voilées. « Le CIO a accepté la pression des pays du Golfe et de l’Iran, bafouant au passage sa propre charte olympique qui interdit les signes ostentatoires d’appartenance religieuse. Il s’agit pour les régimes islamistes d’imposer leur modèle de maltraitance des femmes sous prétexte de relativisme culturel au sein d’un symbole occidental — certes très contestable — d’universalité que sont censés représenter les Jeux » [2]. Le CIO, n’étant pas à une compromission près, a refusé de soutenir des athlètes syriens qui menaient campagne au risque de leur vie pour que la Syrie du boucher Assad soit exclue des JO et a accepté une délégation officielle à la botte du régime.

Quand on regarde la chose de plus près, on voit bien que le sport n’est jamais au rendez-vous du rêve qu’il promet. Il est devenu la religion dominante avec ses grenouilles de bassins olympiques : les commentateurs, Usain Bolt et Messi (mais si !) comme nouveaux Dieux du moment. Rouleau compresseur de la modernité capitaliste, le sport prétend coloniser la vie dans sa totalité. Les grandes compétitions mondiales sont ainsi les vitrines de la lutte de tous contre tous. Droits de télévision, constructions pharaoniques, règne de la marchandise, là, le capital se donne en spectacle mondial.

Cette course aux médailles (plus de 200 nations pour 10 000 participants) autorise l’élevage des champions à des rythmes d’entraînement qui n’ont rien à voir avec le plaisir que promet la pratique sportive. En tant que syndicalistes et pédagogues nous ne voulons pas être, auprès de la jeunesse, les promoteurs de ces foires anabolisées [3] et nous continuons de penser qu’il faut construire une voie/voix critique et émancipatrice pour une éducation physique en milieu scolaire. Il y aurait là une véritable refondation…

Sud éducation Puy de Dôme

Des publications récentes

Quel sport ?

Nº 18 — 19 juin 2012 — Les dopés du foot. 400 p., 18 €

Illusio. Le sport contre la société

Ed. Le bord de l’eau. 200 p., 18 €

Le sport barbare

Critique d’un fléau mondial. Marc Perelman. Ed Michalon. 208 p., 16 €

Quel Sport ?

Nº 20 Une clarification politique à l’usage de toutes les générations : La critique radicale du sport capitaliste. Résistance à l’impérialisme sportif. Contre la capitulation, la désertion, le défaitisme. 188 p., 10 €

Le Tour de France cycliste va bien.

L’édition 2012 aura été comme en 2011 celle d’un Tour propre où de jeunes hommes parcourent à l’insu de leur plein gré des étapes de 200 km à 40km/h pendant trois semaines en franchissant les cols des Alpes et des Pyrénées. Et ceux qui nous vantent quotidiennement ces exploits sont les mêmes qui font mine de s’étonner quand la triche de leur dernière légende vivante est avérée. Mais pour eux l’essentiel est de participer, pas de dénoncer…


[1Jacques Soppelsa, professeur de géopolitique en Sorbonne — Le Monde — 29 juillet 2012

[2Fabien Ollier, directeur de publication de la revue Quel sport ? — Le Nouvel Observateur — 10 août 2012

[3On peut aujourd’hui affirmer avec des exemples à l’appui dans pratiquement toutes les disciplines, que le dopage est la condition de réalisation de la performance sportive.