Création du corps unique des psychologues de l’Éducation nationale

Quelle place pour la psychologie dans l’éducation ?
jeudi 12 mai 2016

Sud éducation est favorable au corps unique des enseignant-es, et pourtant l’aboutissement du corps unique des psychologues de l’éducation n’emporte pas l’adhésion de tou-tes.

Après deux années de consultation, le projet vient d’être entériné. Il comprendra deux « spécialités » :
• éducation, développement et apprentissage dans le premier degré ;
• éducation, développement et conseil en orientation scolaire et professionnelle dans le second degré. Le texte final devrait être publié fin 2016 pour un recrutement en 2017.

Ce qui change :
• pour le premier degré, l’appartenance au corps des enseignants disparaît ;
• les COP avaient en gros deux champs d’intervention, l’orientation et la construction de projet d’une part, et d’autre part l’expertise psychologique et le suivi des élèves en difficulté. C’est le deuxième aspect qui l’emporte sur le premier en raison de la multiplication des élèves « à profils particuliers ». Ce qui change donc, c’est un recentrage vers la psychologie et la médicalisation de la difficulté scolaire et des parcours scolaires et d’orientation.
• On passe de « missions statutaires » pour des personnels à un référentiel de connaissances et de compétences qui s’impose à tou-tes.

Corps unique mais destruction des métiers de la psychologie

On parle de corps unique, mais pendant ce temps sur le terrain on constate :
• une destruction des Rased, voulue par DARCOS, mais pas rattrapée depuis ;
• des disparitions croissantes de CIO : on passera de 556 CIO en 2012 à 373, selon la carte cible définie par le ministère, soit une perte de 173 structures, au détriment des populations les plus fragiles ;
• un problème massif de recrutement (poste non pourvu dans les Rased, précarisation du corps des COP). Actuellement, le taux de prise en charge d’un-e psychologue est de 1600 élèves alors qu’il devrait se situer autour de 400 pour une prise en charge correcte.

Quelle place pour la psychologie dans l’éducation ?

Depuis des années, une dérive utilitariste de l’éducation est à l’œuvre, mise en musique par la loi OFTLV, ainsi que par des plans (Parcours Avenirs-Folios, Service public régional d’orientation (SPRO) dont l’objectif est de rapprocher l’école de l’entreprise, en permettant aux associations patronales d’intervenir sur des questions d’emploi et d’insertion, et de se passer des COP pour l’information des élèves.
Dans le même temps, les certifications en tout genre annoncent la mort des diplômes, base pour le moment des grilles salariales. Le livret personnel de compétence (LPC ) certifie des compétences, telles que l’autonomie et l’initiative, à des élèves de 15 ans (pallier 3 compétence 7) censé-es savoir faire le choix de leur avenir en toute connaissance de cause et qui seront donc responsables de leurs éventuelles erreurs de parcours…
C’est dans ce cadre qu’il faut interroger l’apparition d’un corps qui met la psychologie au centre et qui se couple d’un démantèlement des services d’orientation et des Rased, alors qu’on voit les effectifs des classes s’envoler, que le redoublement est interdit, l’apprentissage promu, etc.... ce qui crée de facto toute une génération de jeunes sans avenir.
Dans le même temps, on demande aux enseignant-es de prendre en charge la question de l’information et de l’orientation, jusque dans l’enseignement de leur discipline... Cette information pouvant venir de différents canaux (institutions, chambres consulaires, magnifiques sites dédiés…), les élèves sauront-ils/elles faire le tri entre des messages souvent contradictoires voire partisans ?

Nous revendiquons un maintien des CIO et des missions des COP, le renforcement des Rased et une politique ambitieuse de recrutement des personnels. Nous plébiscitons une école émancipatrice, avec des moyens de fonctionnement dignes de cette ambition, déconnectée de la seule question de l’insertion.

Sud éducation Alsace