Dans les lycées : Le contexte général d’une réforme des pratiques et des contenus

 janvier 2002
mis à jour samedi 29 janvier 2005

La réforme actuelle est à replacer dans un contexte européen où partout l’orientation est la même. Durant les 30 glorieuses, le monde du travail a réclamé une formation élevée pour un grand nombre, la politique éducative y a répondu par la massification et l’augmentation des budgets de l’Education. Aujourd’hui si l’on a toujours besoin d’un personnel de plus en plus qualifié, le marché désire surtout disposer d’une foule de petits boulots précaires qui devront sur le modèle anglo-saxon, être flexible et s’adapter sans cesse à la demande. La politique scolaire de la gauche gouvernementale s’adapte aux exigences libérales sans y résister le moins du monde.

Voilà pourquoi on maintient, voire on renforce les filières de sélection dans les lycées (du prolétariat des STT aux futures élites scientifiques) tout en revenant à une pré-orientation en 3e et sans doute à une filiarisation dès le cycle central du collège.

Voilà ce qui justifie le glissement pédagogique de l’acquisition des savoirs à celle de compétences au collège comme au lycée. Désormais, il s’agit conformément aux recommandations du MEDEF, de la Commission Européenne et de l’OCDE, de mettre l’accent sur l’utilisation des nouvelles technologies qui permettent une auto-formation minimale permanente et d’abandonner progressivement les objectifs cognitifs et réflexifs, privant du même coup les enfants d’origine populaire de notre patrimoine culturel.

Conscients que, comme le disait Nizan, "la culture de l’intelligence est une arme" contre la société capitaliste et pour construire une autre société, nous ne pouvons nous résoudre à la réaction libérale constituée par la réforme mise en place par Allègre et poursuivie par Lang. C’est à cette aune que nous présentons ou analysons les principales innovations en cours.

L’ECJS : l’Education civique juridique et sociale

La mise en place se poursuit cette année en terminale dans le cadre des textes existants (B.O. du 5 août 1999 et du 31 août 2000) qui ne laissent pas place à l’interprétation. L’ECJS y est définie comme n’étant pas "un objet d’étude scientifique", ni "une discipline nouvelle" et qui donc "n’a pas à ajouter des savoirs aux connaissances acquises dans les principales disciplines." Pour les élèves il s’agit de mettre en place des débats de société à partir d’un dossier réalisé de manière autonome autant que faire se peut.

Le caractère idéologique de l’entreprise est patent. La citoyenneté y est définie d’abord comme "un respect de l’autre permettant le "savoir-vivre ensemble", ce que le programme de seconde traduit par la notion de civilité. En 1ère, à travers l’étude des partis, des médias, du devoir de défense, on nous demande de réintroduire du sens dans une société sans poser la question des raisons sociales du fossé croissant entre les citoyens et la classe politique. L’ECJS apparaît pour l’essentiel, comme un catéchisme laïque, un succédané de la morale républicaine conçue pour pacifier les masses populaires.

Plus prosaïquement, la crainte de l’introduction du contrôle continu pour le bac n’est toujours pas dissipée. La circulaire de rentrée (BO n°24 du 14 juin 20001) généralise l’ECJS en terminale et prévoit des mentions et appréciations (sous forme de compétences) sur le livret scolaire. On y trouve le cadre d’évaluation de l’ECJS et des TPE. Nous allons devoir juger les élèves selon des critères pour les moins flottants. Quelle importance prendra ce livret nouvelle formule lors des délibérations au bac ? N’est-ce pas là le premier pas vers le contrôle continu dès après 2002 ?

Certes on peut concevoir l’ECJS comme un espace de liberté à l’intérieur duquel il est possible de subvertir le catéchisme républicain que les instructions officielles veulent nous faire enseigner. C’est d’ailleurs ce que certains collègues font. Mais cela risque d’être le fait d’une minorité de convaincus, les mêmes qui refusent les partenariats avec la police, le formatage "citoyen" en vogue, et tout le discours sécuritaire ambiant. Des efforts de ces collègues, pas forcement syndiqués à Sud, que restera-t-il le jour où une évaluation sera mise en place au Bac en contrôle continu ou en épreuve "terminale" comme c’est le cas au collège où un des deux sujets traités dans l’épreuve d’Histoire/Géographie/Education civique l’est obligatoirement dans cette dernière matière. Les pressions de l’inspection, de l’administration, des parents et des élèves rendront alors ces expériences novatrices intenables.

Plus fondamentalement, une formation politique critique et pluraliste ne doit pas se limiter à quelques heures. Elle devrait traverser la plupart des enseignements, en partant de situations actuelles ou passées. Ceci pose les questions de l’évolution des contenus, qui parfois sont loin de la neutralité scientifique qu’on leur prête comme le montre par exemple la lutte des professeurs de philosophie contre les nouveaux programmes.

Mais c’est aussi le délicat problème des modes d’appropriation des connaissances qui est soulevé. Dans ce sens la création d’un espace de recherche et de débat avec les élèves n’est ni mauvaise, ni nouvelle. Elle peut être menée dans un cadre disciplinaire ou réellement interdisciplinaire (qui s’appuie sur des contenus scientifiques complémentaires) comme cela a pu être le cas dans certaines expériences de modules

L’aide individualisée :

Cette pratique en classe de seconde concerne le Français et les Mathématiques, disciplines dites fondamentales. On constatera que même après la révision de J. Lang, cette heure donnée à un groupe inférieur ou égal à huit élèves est le fruit de la suppression d’heures et en particulier des modules dans les deux disciplines pour l’ensemble de la classe.

S’il faut apprécier le travail en groupe restreint, le questionnement sur le cours, la possibilité de cerner l’erreur et la relation privilégiée entre enseignant et enseignés que permet l’aide individualisée, il faut également dire son insuffisance. Trop peu d’élèves peuvent en bénéficier, et plus qu’un réel rattrapage des élèves en difficulté, cette aide apparaît surtout comme un leurre au regard de la faiblesse de son horaire.

Les TPE version Lang, pause ou fin de l’expérience ?

Jusqu’à la circulaire de rentrée du 14 juin 2001(BO 24), nous avons dénoncé non pas le principe d’une telle pratique mais son instrumentalisation. Quels sont les griefs ?

La dilution du contenu dans la forme. Le manque d’ambition disciplinaire qui correspond à une grille d’évaluation fantaisiste. Le rôle de l’informatique et d’Internet qui d’outils, prennent le statut de panacée. Les difficultés mal assumées par le système en ce qui concerne la responsabilité de l’encadrement. L’insuffisance des heures allouées et notamment le scandale de l’absence de prise en compte dans l’emploi du temps des documentalistes de cette nouvelle charge de travail. L’inégalité flagrante entre les élèves dotés de matériels informatiques à la maison et les autres. Le principe de l’évaluation qui semble être le préambule à un contrôle continu pour le bac. Enfin, par l’intermédiaire de la transdisciplinarité, la remise en cause des statuts et la porte ouverte à une gestion encore plus flexible des personnels.

Depuis la circulaire du 14 juin, l’introduction du contrôle continu s’estompe puisque le travail fait durant l’année est présenté devant des jurys extérieurs aux établissements, seule une partie de la note (8/20), étant proposée par l’établissement d’origine.

Mais c’est plutôt l’option économie budgétaire qui s’est imposée. Le TPE devient optionnel en terminale (pour commencer ?), pour les élèves dans sa réalisation comme dans sa présentation à l’examen. Après une innovation pédagogique sans moyens voici plus tôt que prévu le tour de passe-passe qui consiste à supprimer deux heures aux élèves et aux profs. Le nombre de classes par collègue et la charge de travail va de nouveau augmenter en lycée !

Quelles pistes proposer concernant les trois innovations de la réforme ?

- Concernant L’ECJS, sa suppression pourrait être débattue, tant les contenus et les perspectives d’évaluation nous semblent dangereux.
- Le renforcement de l’aide individualisée. Nous proposons de doubler les heures et de l’étendre en classe de première et de terminale. Nous constatons en effet que ce dispositif montre que la réduction des effectifs ne peut être que positive. Cela n’exclut d’ailleurs pas la limitation des effectifs à 25 dans les classes de lycée. Cette pratique ne doit pas être non plus le prétexte à la réduction des heures dans chaque discipline.
- Pour les TPE : sur le plan pédagogique, les expériences interdisciplinaires étant si rares dans le second degré, nous serions plutôt favorables à un changement des critères d’évaluation en intégrant celle-ci aux 2 disciplines concernées. Ce qui aurait l’avantage de faire cesser la promotion d’une non-matière. Les TPE doivent être un instrument au service des savoirs et non une alternative évanescente où la forme compte plus que le contenu.

L’indigence des moyens est à la hauteur des préoccupations pédagogiques du ministère. Au contraire, il faudrait :

- Doubler les heures prof/TPE pour permettre un véritable suivi des recherches des élèves.
- Reconnaître la charge de travail supplémentaire que représentent les TPE, notamment pour les documentalistes. Deux documentalistes par CDI c’est un minimum !
- Une vraie clarification ministérielle des problèmes que posent les TPE en ce qui concerne la responsabilité des personnels contrairement au BO n°2 de janvier 2001.

Enfin, il n’est pas inutile de rappeler :

- En terminale, lorsque le TPE ne sera pas choisi, les heures doivent être rendues aux disciplines qui les avaient fournies et surtout rester dans la DHG.
- L’ECJS et les TPE ne doivent pas servir à une nouvelle tentative d’introduire un bac en contrôle continu.

SUD éducation Créteil

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