De la liberté pédagogique et des tableaux noirs

dimanche 12 novembre 2017

Six professeur-es du collège Albert Camus de Gaillac ont fait l’objet d’une plainte, déposée par la direction de l’établissement à la gendarmerie pour effraction, intrusion et vol. De quoi sont-elles et sont-ils coupables ? D’être intervenu-es sur leur lieu de travail pour démonter et mettre à l’abri le temps de l’été, leur outil de travail, des tableaux noirs que le conseil départemental s’apprêtait à jeter, en dépit de leurs multiples démarches restées sans réponse.

L’ « Affaire »

Le 28 juin 2017, en plein jour et en présence de la direction de l’établissement, ces enseignant-es, rejoint-es par des parents d’élèves, solidaires d’une action qu’ils considèrent légitime d’un point de vue pédagogique, écologique et financier, démontent des tableaux noirs, action interrompue par l’arrivée d’une douzaine de gendarmes, alertés d’un « cambriolage au collège ».
Les enseignant-es sont ensuite auditionné-es et découvrent, à leur grande surprise, que l’accusation porte sur un vol de tabourets, tables, étagères... et sur du matériel stocké dans une salle du collège fournie par la direction. Accusations mensongères !
Cette plainte et son nouvel objet sont à l’origine de l’audition des professeur-es incriminé-es. Suite à cette audition, ils/elles ont été fiché-es, pris-es en photo de face, de profil, de trois-quart. Leurs empreintes ont été relevées. Mais, l’absurde ne s’arrête pas là : après l’audition, les gendarmes les raccompagnent et procèdent à la perquisition de leur maison. Une procédure administrative a été ouverte sur la base de ces accusations, avant même que le rectorat ne les entende.
Que reproche-t-on à ces professionnels ? D’avoir cherché à préserver un outil de travail qu’ils jugent indispensable pour l’enseignement de leur discipline ? D’avoir agi selon les objectifs du développement durable enseignés aux élèves conformément aux recommandations de l’institution ? Dans une telle situation, chacun-e d’entre nous, s’il choisit d’agir contre l’absurdité, peut se retrouver broyé-e.

Une répression démesurée, un modèle de société à combattre

La démesure de la répression qui s’est abattue sur les six professeur-es éclaire les contradictions de notre société. Qui sont les « voleurs » ? Celles et ceux qui sauvegardent le bien public ou celles et ceux qui gaspillent l’argent public ? Ces dernier-es nous entraînent dans une course vers la « modernisation » et « l’innovation » dans laquelle notre intérêt est de moins en moins évident.
Prenons l’exemple de Linky ou encore de la « modernisation » de nos bureaux de poste où il faut à présent faire la queue deux fois pour des envois postaux. Prenons l’exemple de la « modernisation des services » où nous n’avons plus d’interlocuteurs humains mais des plateformes téléphoniques. Prenons l’exemple de la « numérisation forcée » où nous devons nous-mêmes télécharger et imprimer les documents, où nous devons déclarer en ligne. Où est le progrès pour les citoyen-nes que nous sommes ? Le numérique devrait libérer, il nous enchaîne. Là où il y a de la chaîne, il n’y a pas de progrès.
Notre « affaire » est l’affaire de tout-es car elle touche aussi à d’autres questions essentielles : le respect des salarié-es et de leur savoir-faire, la liberté de choisir ses outils de travail, la consultation des citoyen-nes dans les choix des dépenses publiques.
Dernières nouvelles : la forte mobilisation du Comité de soutien et les 10 000 signatures de la pétition en ligne ont permis l’abandon des poursuites administratives. Nous avons appris que le procureur de la République d’Albi classait l’affaire sans suite.
Si vous souhaitez nous soutenir, nous rejoindre dans la réflexion et l’action , écrivez nous ici : lanoirceurdutableau@gmail.com
Pour en savoir plus sur « l’affaire », rendez-vous ici :
https://tableauxnoirsblog.wordpress.com
Pour signer la pétition du comité de soutien, c’est ici : https://www.change.org/p/education-nationale-soutenez-les-professeurs-du-collège-albert-camus

Sud éducation Tarn