Décentralisation des CIO

Quand l’orientation scolaire est aspirée par l’insertion professionnelle
dimanche 17 février 2013

En 2003, dans un contexte de lutte de toute l’Éducation nationale, la forte mobilisation des personnels des Centre d’Information et d’Orientation (CIO) avait empêché une première tentative de régionalisation. Dix ans plus tard, sous un ministère « socialiste », les CIO sont en voie de transfert aux régions dans le cadre de l’acte III de la décentralisation et de la mise en place du service public territorialisé de l’orientation tout au long de la vie [1].

La détermination du ministre Peillon à entériner la disparition du service public d’orientation de l’Éducation nationale interpelle quant à ses réelles intentions. Car si l’inscription dans la loi pour la refondation de l’école de la République d’un « parcours individuel d’information, d’orientation et de découverte du monde économique et professionnel » pour tous les élèves peut faire illusion, le démantèlement du service à part entière de l’éducation nationale dédié à la question de l’orientation scolaire marque une approche de cette problématique tournée exclusivement vers l’insertion professionnelle.

Les conseillers d’orientation psychologues sur une voie de garage !

S’ils veulent garder leur statut de fonctionnaire d’état, les conseillers d’orientation psychologues (COP) vont devoir renoncer à leur affectation dans un CIO. Déjà malmenés depuis plusieurs années dans leurs pratiques professionnelles au quotidien (recrutement en chute libre, fermetures de CIO), c’est une nouvelle déconvenue pour des personnels qui considèrent qu’être affectés directement en établissement scolaire, sous l’autorité d’un chef d’établissement, limitera de fait leur autonomie d’action et dans certains cas l’objectivité de leurs conseils. Le transfert des CIO et de leurs missions aux régions, sans aucune garantie de pérennisation, marque la fin pour les COP de la possibilité d’un accueil de tout public dans un contexte différent de celui de l’établissement scolaire et aussi de l’élaboration collective de programmes d’activités adaptés aux réalités locales. Monsieur Peillon a beau se vouloir rassurant pour les COP, le transfert de compétence en matière d’orientation porte en lui-même des conséquences qu’il est impossible aujourd’hui de mesurer : quid du statut de Conseiller d’Orientation Psychologue, de l’organisation du travail et des priorités d’intervention ? Et à terme, quid du devenir du métier lui-même ?

Au détriment des élèves et de leur famille

Outre un mauvais coup porté à la « démocratie scolaire », qui mieux qu’un COP rattaché à un CIO peut contribuer à l’appropriation du système éducatif par ceux qui n’en détiennent pas les clés par leur appartenance sociale ? La disparition programmée du réseau des CIO dénature l’orientation scolaire. Avec la régionalisation de l’orientation et de la formation professionnelle, il s’agit bien de répondre aux demandes spécifiques et locales des entreprises. Il n’est plus vraiment question de permettre aux élèves d’envisager leurs parcours en prenant en compte des intérêts liés à leur personnalité en construction, mais bien d’accorder une priorité à la perspective de leur future insertion professionnelle pour raisonner en individu qui va devoir « se vendre ». Cette inflexion utilitariste du rôle de l’École, le MEDEF et la droite (pourtant déjà décomplexée !) en ont rêvé, la prétendue gauche est en passe de la réaliser.

Sud éducation Lorraine et Commission Orientation


[1Dans la droite ligne de la loi OFPTLV (Orientation et Formation Professionnelle Tout au Long de la Vie) du 24 novembre 2009.