Déclaration de la Fédération SUD éducation au CTMEN du 16 oct 2013

Comité Technique Ministériel
jeudi 17 octobre 2013
mis à jour samedi 19 octobre 2013

Déclaration liminaire de la Fédération des syndicats - SUD éducation au CTMEN du 16 octobre 2013

Monsieur le secrétaire général, Madame la directrice générale, Mesdames et Messieurs,

Ce premier CTM de l’année scolaire se tient après une rentrée plus que chaotique dans l’école avec la réforme dite des rythmes. Cette réforme fait fi de l’opposition très large qu’elle suscite, fait fi des dysfonctionnements massifs qu’elle provoque, fait fi des dangers réels auxquels elle expose des élèves et des personnels, fait fi de l’incapacité de l’administration à anticiper et régler l’organisation même du service de ces personnels notamment les remplaçant-e-s Professeur-e-s des Ecoles.

Les désorganisations de services se généralisent à coup de circulaires locales sur le calendrier scolaire, à coup de circulaires locales sur le service hebdomadaire des enseignant-e-s, à coup de circulaires locales sur la latitude des personnels à faire valoir leur droit syndical constitutionnel au sein de la fonction publique. Plusieurs de ces circulaires, notes de service font l’objet de contentieux, prises au niveau départemental, sont annulées en urgence par des recteurs et sont donc appliquées ou non selon la réactivité et l’information des équipes.

La multiplicité des natures de contrat, des obligations de service ou droits à formation afférents, des règles dérogatoires pour les un-e-s tandis que les services locaux, des chefs d’établissement public doivent se former au droit privé, avec toujours un train de retard sur les réformes en cours, et sont responsables devant les prud’hommes : toutes ces situations apportent tous les jours la preuve dans nos établissements que le ministère attend des fonctionnaires d’Etat qu’ils fassent autre chose que ce pour quoi ils ont été formés, qu’ils fassent autre chose que ce pour quoi ils sont compétent-e-s.

C’est bien l’école territorialisée à contre-sens des intérêts d’une Ecole nationale et des statuts d’Etat qui avance à marche forcée. Le résultat est édifiant.

Après une consultation qui se voulait historique des personnels, ceux-ci ont bien été entendus : le ministère ne tient ni sa promesse de créations de postes à hauteur ce qui avait été annoncé, ni sa promesse de plus de transparence, de plus d’équité. Mais le travailler toujours plus "par conscience professionnelle" est toujours d’actualité. Le gel du point d’indice, l’individualisation de l’évaluation du service dans la gestion des carrières et son cortège de souffrances au travail qu’elle induit, la méconnaissance et le mépris des tâches, des qualifications, de la déontologie des personnels dévoués sont toujours de mise tandis que les droits à une retraite décente s’éloignent encore.

Les jours de carence et autres brimades de rattrapage de journées dont plus personne ne sait si c’est celui des seuls personnels enseignants ou des élèves, la note de vie scolaire (avatar pour les élèves de l’évaluation-sanction des personnels) et autres crispations du ministre sur les résurgences de l’école attendue par la politique éducative précédente sont autant de signes que le changement n’est pas arrivé jusqu’aux élèves et personnels de terrain.

Le partenariat Ecole-Entreprise toujours dénoncé par notre fédération continue ses travaux : le 18 octobre le ministre de l’Education nationale écoutera les propositions de ressources dites pédagogiques du groupe "entrepreneurs demain". Le campus des Métiers est né sans concertation avec les personnels....

Notre fédération réaffirme que la mission première de l’Ecole n’est pas de fabriquer de la chair à patrons ; Elle rappelle que l’Ecole ne crée pas les emplois. Elle rappelle qu’elle n’a pas à cautionner le discours et les attendus d’associations et autres collusions d’intérêt des entreprises privées de ce pays. Pour nos élèves qui se destinent à l’entreprise, il existe déjà des parcours de formation qualifiants, diplômants leur permettant d’accéder à des droits collectifs, plus en effet qu’à une "culture entrepreneuriale" au service d’une économie libérale qui chaque jour en Europe et dans le monde ne gagne pas en crédibilité, au contraire ses effets dévastateurs sont dénoncés.

Pour finir, la fédération des syndicats SUD éducation interpelle le ministre sur l’expulsion avant-hier de Léonarda , 15 ans scolarisée depuis 4 ans au collège André Malraux dans le Doubs, enfant au sein d’une famille demandeuse d’asile. Sa professeure d’Histoire-Géographie était présente car l’interpellation de cette enfant "irrégulière" s’est faite lors d’une sortie pédagogique de sa classe.

Je veux vous lire des extraits du témoignage de cette collègue : " il m’a intimé l’ordre de faire arrêter le bus immédiatement à l’endroit exact où nous trouvions (...) J’ai demandé à Léonarda de dire au revoir à ses copines, puis je suis descendue du bus avec elle, nous sommes allées à l’abri des regards et je lui ai expliqué la situation, elle a beaucoup pleuré, je l’ai prise dans mes bras (...) une voiture de police est arrivée, deux policiers en uniforme en sont sortis (...) J’ai demandé à rester encore un peu avec Leonarda pour lui dire au revoir, je la connais depuis 4 ans et l’émotion était très forte. Puis j’ai demandé aux policiers de laisser s’éloigner le bus pour que les élèves ne voient pas Leonarda monter dans la voiture de police, elle ne voulait pas être humiliée devant ses amis ! Mes collègues ont ensuite expliqué la situation à certains élèves qui croyaient que Leonarda avait volé ou commis un délit. Nous, professeurs du collège André Malraux et du lycée Toussaint Louverture (où était scolarisée la grande sœur) sommes profondément choqués (..)."

SUD éducation interpelle le ministre car l’Education nationale a une responsabilité particulière, au moins hiérarchique, envers les personnels confrontés à cette situation : interrogé par les médias, le ministère a refusé de s’exprimer.

C’est un agent du ministère de l’intérieur qui a donné un ordre à cette enseignante. Est-ce que notre ministre cautionne que cela se passe ainsi ? Ou tape-t-il du poing sur la table ? Est-ce qu’il peut, et toute la hiérarchie avec, se défausser derrière ses subordonné-e-s dès lors qu’un-e représentant-e de l’ordre vient piétiner la mission et les valeurs d’un-e agent-e de l’école dans l’exercice de ses fonctions ?

Est-ce qu’il n’est pas légitime que le ministre rappelle que personne ne peut faire une telle violence à ses agent-e-s ? Cette collègue ne s’en remettra pas. Ses élèves viennent de faire le constat que ce que les professeurs, elle-même, l’Ecole, leur ont appris de l’égale dignité de tous les êtres humains sur notre territoire n’est pas une valeur de notre République.

Je ne suis pas en train de dire qu’il faut que ça se passe ailleurs qu’à l’Ecole. Je dis que le ministre doit assumer ses responsabilités. Dans nos établissements des milliers d’enfants sont dans cette situation. Beaucoup des personnels dans la fonction publique sont eux-mêmes enfants de migrant-e-s et ce n’est pas un hasard : le service aux personnes, le service de l’intérêt général, la reconnaissance des valeurs d’une démocratie humaniste sont au cœur de l’identité de beaucoup d’enfants de migrant-e-s, de beaucoup de fonctionnaires.

On ne demande pas à un soignant de refuser des soins à un patient parce que celui-ci est un humain "irrégulier".

On ne demande pas à une professeure de sortir une élève de sa classe pour la remettre à la police parce qu’elle est une enfant "irrégulière".

Il n’y a pas d’homme, de femme, d’enfant, il n’y a pas d’être humain "irrégulier".

Les personnels EN confrontés à ces situations attendent légitimement une expression sur ce point de leur ministre. Je vous remercie de votre attention.

Documents joints

Déclaration SUDéduc CTMEN 16oct13
Déclaration SUDéduc CTMEN 16oct13

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