Déclaration de la Fédération SUD éducation au CSEN du 17 oct 2013

Conseil Supérieur de l’Education
vendredi 18 octobre 2013
mis à jour samedi 19 octobre 2013

CSEN 17 octobre 2013

Déclaration liminaire de la Fédération SUD éducation

La communauté scolaire reste sous le choc de l’expulsion de Leonarda, collégienne de 15 ans scolarisée en France depuis 4 ans, appréhendée par la police lors d’une sortie scolaire, comme on sait. Le ministre de l’éducation a déclaré que de tels actes ne devaient plus se reproduire et a plaidé pour une « sanctuarisation de l’école ». Nous prenons acte mais nous aurions aimé entendre le souhait d’un retour rapide de cette élève dans sa classe, indépendamment de l’enquête administrative. Pour nous cette élève doit au plus vite retrouver son collège et sa classe, sa famille doit pouvoir continuer à vivre sur notre territoire. Et le cas de Leonarda n’est pas isolé : les expulsions ça suffit !

Quant à la « sanctuarisation », sur un tout autre plan il est vrai, il ne nous semble pas que l’on en prenne le chemin avec l’installation du conseil national éducation économie. Si par sanctuarisation il faut entendre préservation de l’école des intérêts partisans et des tensions de la société, à bien des égards nous en doutons.

Ce Conseil, qui doit être inauguré demain 18 octobre, associe en effet des représentant-e-s des organisations patronales, des chefs d’entreprises et des représentant-e-s de certaines organisations syndicales de salarié-e-s. Sous couvert de dialogue entre « partenaires sociaux », il s’inscrit dans la politique ministérielle de subordination de l’école aux intérêts capitalistes et dans l’assujettissement toujours plus grand du service public d’éducation à la logique de l’employabilité et de la compétitivité. Qu’on en juge :

Adapter l’école aux besoins du patronat :
« Le conseil national éducation économie est chargé d’animer une réflexion prospective sur l’articulation entre le système éducatif et les besoins du monde économique » (Article 1)
Objectifs employabilité et compétitivité :
« Pour l’enseignement scolaire, il propose au ministre de l’éducation nationale des mesures propres à améliorer la relation entre la formation, la qualification et l’emploi pour favoriser l’insertion professionnelle des jeunes et la relation entre l’éducation, l’économie et l’emploi pour répondre aux enjeux de compétitivité de l’économie. Pour ce faire :
1° il examine les questions transversales relatives aux compétences et aux connaissances attendues par les milieux professionnels à chaque niveau de qualification, compte tenu des évolutions technologiques, économiques et sociales ; à ce titre, il examine en particulier les compétences favorables à l’innovation et à l’esprit d’initiative ;
2° il examine les questions relatives à l’orientation et à l’insertion professionnelle des jeunes ; » (Article 2)

En définitive le Conseil avalise la sempiternelle thèse selon laquelle le chômage résulte des insuffisances du système scolaire, de sa prétendue inadaptation, et non de la crise du capital, des délocalisations, etc.
Fort logiquement, il sera donc dirigé par l’ancien PDG d’Air France, qui sera entouré par le Président du Medef, le Président de la CGPME, un membre de l’Association Nationale des Directeurs des ressources humaines, Xavier Huillard, le PDG de Vinci…

Tout cela n’est pas une surprise. Comme nous l’avions dénoncé, dès le 3 octobre 2012, V. Peillon a repris à son compte le crédo néo-libéral de ses prédécesseurs qui n’ont eu de cesse de chercher à sou-mettre l’école au monde de l’entreprise en déclarant : « Je veux que l’on puisse ajuster les préoccupations des entreprises et les nôtres (…) L’éducation nationale est capable de changer le contenu de ses diplômes et de ses formations pour répondre rapidement aux besoins de l’économie et des entreprises ; elle est mobile. La co-éducation, c’est aussi cela. »

La politique éducative du gouvernement s’inscrit pleinement dans cette orientation idéologique : alignement de la carte de formation professionnelle sur les besoins conjoncturels des « bassins d’emploi » via la régionalisation, refus de modifier l’alternance des rythmes entre vacances et périodes travaillées des différentes zones pour ne pas chagriner le lobby des sports d’hiver, mise à disposition des établissements pour des entreprises privées, contact précoce des élèves avec « l’esprit d’entreprise » et la notion de compétitivité…

Peut-on encore parler de « sanctuarisation » ? A la co-éducation, décidément, nous préférons l’éducation !

De la même manière, on a noté l’absence des enseignants du Conseil supérieur des programmes, dont chacun mesure le rôle central qui devrait être le sien : élaboration des nouveaux programmes et des nouveaux enseignements, du socle (contenu, validation), mais encore définition des concours de recrute-ment des enseignants, élaboration de leur formation professionnelle initiale et continue… Or cette instance, définie comme instance paritaire, réussit l’exploit de n’accueillir aucun enseignant en son sein !
Il est certes prévu de consulter les enseignants, mais on pouvait espérer qu’ils soient associés bien plus fortement dans les processus de réflexion et de décision.

Ce CSE intervient trois jours après une manifestation des professeurs des écoles parisiens, qui témoigne des oppositions que suscite la réforme des rythmes dans le premier degré, bien au-delà naturelle-ment des tentatives de récupération politique auxquelles on a assisté récemment de la part de ceux qui ont détruit 80 000 emplois d’enseignants et mis en œuvre des contre-réformes par ailleurs guère mises en cause par l’actuel ministère !

Nous constatons que la petite portion des communes qui – sous la pression gouvernementale – a opté pour son application dès cette année, la mise en œuvre de la réforme Peillon des rythmes scolaires confirme la pertinence des critiques que nous n’avons eu de cesse de lui opposer depuis l’exposition de son projet. Six semaines après la rentrée, il est permis d’esquisser un inventaire des dommages engendrés par le décret Peillon : inégalités territoriales accrues entre communes riches et pauvres, rurales et urbaines, entre quartiers d’une même agglomération ; injustices sociales aggravées avec des services payants et/ou sélectifs ; pataquès organisationnels susceptibles de mettre en danger la sécurité des élèves ; mise en cause des droits des travailleurs/ses ; fatigue supplémentaire pour les élèves et les personnels ; développement de la précarité ; dégradation des conditions de travail liée à l’occupation des locaux ; démantèlement du service public et recours à des prestataires privés… Le mouvement de contestation, loin de s’estomper, revêt aujourd’hui de multiples formes, portées par des enseignant-e-s excédé-e-s, des agents municipaux surexploité-e-s, des parents d’élèves inquiet-e-s et des communes en difficulté.

Où est l’intérêt des enfants tant invoqué quand en cédant au lobby touristique, on maintient un zonage des vacances pédagogiquement absurde et d’interminables périodes de 10 semaines sans interruption ? La réalité même de cette réforme des rythmes confirme qu’elle ne promeut pas l’intérêt des enfants comme elle le prétend

SUD éducation soutient les mobilisations. Le décret doit être abrogé ; des alternatives pour l’école publique, les personnels et les élèves doivent être imposées par nos luttes. Comme pour les retraites, il n’y a aucune autre issue pour gagner sur nos revendications.

Enfin, nous souhaitons rappeler que la profession attend toujours, en cette veille des congés, une annonce du ministre concernant la note de vie scolaire. Nous rappelons que lors du dernier CSE à la suite d’un vœu proposé par la FCPE et qui a rencontré un très large assentiment, Le SNES-FSU, le SNEP-FSU, le SNUipp-FSU, la CGT, FO, Solidaires, SUD éducation et le SNALC-CSEN ont signé une déclaration commune pour demander au Ministre de prendre une mesure conservatoire de gel de cette note en attendant l’avis du conseil supérieur des programmes.
Encore une fois, pourquoi tant de résistance alors que l’ensemble de la profession attend cette annonce et que pour une fois, on peut vraiment parler de diagnostic partagé ?

Documents joints

Déclaration de la Fédération SUD éducation au (...)
Déclaration de la Fédération SUD éducation au (...)

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