Déclaration de la réunion internationale pour la défense de l’éducation publique

jeudi 28 août 2014

Dans le monde entier, l’éducation publique est fortement agressée. Les attaques gouvernementales, peuvent prendre des formes différentes selon les pays, mais toutes suivent les directives de la Banque Mondiale, du FMI, de l’OCDE et des autres institutions internationales. Même des institutions comme l’UNESCO, qui devraient être au service de l’éducation, participent à la mise en place de ces politiques.

Dans de nombreux pays, l’éducation disparaît en tant que droit social et humain. L’éducation devrait être publique, gratuite, laïque, émancipatrice, répondre aux besoins de la classe ouvrière ; ce devrait être une priorité, mais ce n’est pas le cas.

L’éducation est devenue un marché en expansion. La privatisation de l’éducation avance partout, avec des conglomérats et des sociétés toutes puissantes, qui agissent sur toute la planète.

Ce processus permettant le passage du public au privé est une exigence des entreprises qui font de l’éducation un négoce. Comme d’autres secteurs de l’économie, l’éducation connait un processus d’oligopolisation. Dans divers pays et régions, des entreprises multinationales envahissent le marché. Même si elle reste encore sous tutelle de l’Etat, l’éducation est mise au service des entrepreneurs, à travers plusieurs mécanismes au service du capitalisme.

Les coupes budgétaires et le financement de l’éducation privée par de l’argent public, les plans d’ajustement économiques, le licenciement des fonctionnaires, le non-remplacement des départs à la retraite, les réformes qui détruisent les services publics, la priorité des gouvernements à payer les « dettes » exigées par les banques, parmi d’autres mesures, donnent le ton. L’éducation, qui devrait être un droit social et humain, n’est nullement une priorité des politiques d’État.

Ainsi, l’éducation devient un produit ou un service, mis à disposition des intérêts des secteurs privés, et n’est plus un droit démocratique de tous et toutes.

Ce sont les populations pauvres qui en souffrent le plus, les enfants de la classe ouvrière et des secteurs opprimés – selon les pays, soit en raison du genre, de l’ethnie, de la diversité sexuelle et autres prétextes utilisés par le capital afin d’exploiter l’humanité.

Dans le monde, plus de 100 millions d’enfants et 800 millions de jeunes et adultes se trouvent en dehors du système scolaire (source : UNICEF, 2012), ce qui met en péril le droit à l’avenir de toute une génération.

Au delà de l’action des grandes entreprises, des gouvernements et du marché, qui retirent à l’éducation tout rôle de bien public et de droit social et humain, les travailleuses et travailleurs de l’éducation souffrent de ce processus par lequel, petit à petit, les conquêtes démocratiques sont détruites et l’autonomie pédagogique conquise au fil des années, attaquée.

Les intérêts capitalistes dictent les directives, les normes et les projets des politiques en matière d’éducation. Sous l’orientation des organismes internationaux, l’éducation devient le socle de l’expansion du capital, une des dimensions du processus de marchandisation des divers secteurs autrefois sous contrôle et gestion de l’État. Le système éducatif assume les préceptes politiques et idéologiques des rapports sociaux capitalistes.

La contre-réforme de l’éducation est en cours, celle-ci devient un service marchand de rapports de mise en concurrence, de sélection et d’inégalités.

La logique de la privatisation, de la rationalité économique, de la précarisation, de la dévalorisation du métier des travailleuses et travailleurs de l’éducation, les exigences d’efficacité, de qualité et la méritocratie du management se mettent en place.

Il n’a jamais autant été question d’une éducation à deux vitesses : d’une part une éducation de grande qualité et au coût élevé, adressée aux enfants de la bourgeoisie et de la haute classe moyenne, d’autre part celle pour les enfants des travailleurs et travailleuses et des secteurs opprimés, basée sur l’acquisition de compétences destinées à réussir les tâches utiles au marché du travail, faisant de l’éducation publique un rouage essentiel à l’appareil productif. A une partie de cette population, il n’est proposé qu’une alphabétisation rudimentaire et une approche minimaliste des mathématiques.

Toutefois, de par le monde, les travailleuses et travailleurs de l’éducation et la jeunesse résistent à ces mesures.

Le débat sur l’éducation est de nature politique. Son essence politique repose sur l’aspect fondamental et déterminant de la société capitaliste : sa division en classes sociales antagoniques, qui luttent pour des intérêts contradictoires.

C’est pourquoi nous disons que la classe ouvrière est la seule à pouvoir dépasser ce dilemme, dépasser ce système social basé sur l’aliénation et l’exploitation des êtres humains. Seule la classe ouvrière peut défendre le fait de transformer en patrimoine de tous et toutes, la connaissance, la science, l’art et la culture enrichis tout au long des millénaires par l’humanité.

De nombreuses luttes se sont organisées dans plusieurs pays, pour défendre les services publics, les droits sociaux, l’éducation publique. Elles se traduisent par des grèves sectorielles, par des occupations d’universités et rectorats ou encore par des manifestations de jeunes.

La destruction ininterrompue de l’éducation en tant que droit public doit cesser.

Pour cela, l’action du syndicalisme de classe et des organisations de la jeunesse qui souhaitent agir aux côtés de la classe ouvrière est fondamentale.

Cette réunion internationale se situe dans ce cadre.

A travers la défense de l’éducation publique nous nous opposons aux politiques de réformes économiques et sociales, de suppression des acquis, de casse des services publics dans leur ensemble, de destruction de la sécurité sociale et tous ces reculs orchestrés de par le monde.

Nous exigeons la fin immédiate de l’occupation militaire et des bombardements israéliens en Palestine où des hôpitaux et des écoles ont été touchés, tuant des centaines d’enfants. L’État d’Israël est donc le principal ennemi de l’éducation en Palestine.

Pour qu’il y ait éducation il faut la paix, la liberté des peuples, la justice et l’égalité.

Nous luttons pour :

l’éducation publique, gratuite, laïque, émancipatrice, répondre aux besoins de la classe ouvrière ;
les services publics ;
les droits des travailleurs et travailleuses de l’éducation ;
des salaires, un avancement et des conditions de travail dignes, pour toutes et tous ;

Solidarité avec les organisations, les militants et les militantes des mouvements syndicaux, populaires et étudiants, qui sont victimes de la criminalisation de leurs luttes !
Solidarité et soutien au Syndicat des Professeurs de Palestine !
Place à la jeunesse : pour le droit au futur, l’accès à la connaissance, à l’art, à la culture et aux loisirs

Rio de Janeiro, 11 août 2014.


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