Des régions de plus en plus intrusives dans les EPLE

Sud éducation Calvados
vendredi 6 décembre 2013

Congrès de l’Association des Régions de France, les 19 et 20 septembre 2013 à Nantes  : derrière les déclarations de bonnes intentions en direction de la jeunesse, l’ARF accroît le transfert de compétences de l’état vers les régions. Le dossier de presse de la rentrée en témoigne : « Rentrée scolaire 2013, les régions et l’an I de la refondation de l’école ».
Décryptage !

La formation professionnelle et l’orientation scolaire, au service de l’économie locale

Quels objectifs ?

Les régions vont désormais « arrêter la carte des formations professionnelles initiales qu’elles soient en lycée professionnel ou en apprentissage » et espèrent que le processus aille encore plus loin, en affirmant que « le 2ème projet de loi sur la décentralisation (examen au Parlement début 2014) devrait donner à la région des compétences renforcées en matière de formation professionnelle en général, y compris pour adulte, allant dans le sens du service public régional de la formation tout au long de la vie »

La région prétend faire « coïncider les besoins de chaque personne… et l’objectif de développement social et économique des territoires ». En réalité, la mainmise de la région sur la formation professionnelle et l’orientation tout au long de la vie permettront de répondre aux besoins des entreprises locales en matière de main d’œuvre. à dessein, le dossier de presse fait l’impasse sur le plan régional de développement des formations et de l’orientation professionnelle (PRDOF). Afin de forcer l’adoption par les lycées professionnels de plans de formation conformes aux exigences de la Région, la loi de refondation de l’école a remanié la composition des conseils d’administration pour y inclure deux sièges attribués à des personnalités représentatives du monde économique. Décret n°2013-895 du 4 octobre dernier.

Quels outils et quelles conséquences ?

- Développement des campus des métiers et des internats. Les internats, qui, selon Vincent Peillon, favoriseraient « la réussite scolaire et l’apprentissage de règles de vie collectives » ;

- les régions veulent aussi s’associer à la lutte contre le décrochage scolaire, « notamment par le biais du pilotage de plates-formes de suivi et d’appui aux décrocheurs, en termes d’accompagnement et de solutions personnalisées ».

L’objectif « émancipateur » de mixité des publics annoncé, dissimule mal la volonté de réaliser des économies à grande échelle, en fusionnant les statuts « d’apprenants », au sein de mêmes classes, sans seuil d’effectif, selon des rythmes d’apprentissage variés en fonction des diplômes et certifications visés. Cela ne sera pas sans conséquence sur les statuts et les conditions de travail des enseignant-es. Les décrocheurs seront les premiers à faire les frais de la remise en question des protections, liées aux conventions collectives, par l’attribution « de titres professionnels » à la place de diplômes nationaux. Le décrochage scolaire doit être traité en amont pour réconcilier les élèves avec l’école et non par une orientation professionnelle précoce.

Par exemple, la Picardie n’a pas attendu l’adoption de la loi de décentralisation pour faire adopter en CA une convention entre un organisme patronal, Promeo, et le lycée Edouard Branly. Ateliers et équipements du lycée ont été réquisitionnés pour une formation à la maintenance de l’éolien. C’est une certification privée allemande, non reconnue par les conventions collectives en France, qui est délivrée aux apprenant-es. Édifiant quant aux intentions de certaines régions !

La pédagogie instrumentalisée au profit de l’industrie numérique

Les régions s’immiscent dans les missions de l’état et remettent en question la liberté pédagogique des enseignant-es en préconisant la conversion des méthodes d’apprentissage au tout numérique. On ne décrète pas un tel bouleversement pédagogique sans une réflexion anthropologique sur le statut de l’écriture et les mécanismes d’acquisition des savoirs et savoir-faire. Marchandisation et privatisation déguisées d’une partie du système éducatif ouvrent un marché juteux à certaines entreprises et alourdissent la charge de travail des enseignant-es. L’enseignement à distance soulève de nombreuses questions. Quelles déclinaisons ? Cours en ligne et visioconférences, déshumanisant le rapport au savoir ? Accès libre et gratuit à l’éducation remis en cause par la nécessaire acquisition d’ordinateurs ? Moins de formations et d’enseignant-es au profit du virtuel ?

Les contrats d’objectifs tripartites, l’intrusion des régions dans la gestion des lycées

« Désormais, si la collectivité territoriale le souhaite, elle pourra également participer à l’élaboration et signer le contrat d’objectifs jusque là conclu entre l’établissement et l’autorité académique » tout en regrettant que ce contrat ne soit pas obligatoire.
La participation des régions à l’élaboration des contrats d’objectifs constitue une ingérence dans les projets et le fonctionnement pédagogique des lycées. L’application de la « culture du résultat » à l’univers de l’éducatif avec des indicateurs de performance immédiats, ne prend pas en compte les effets bénéfiques des projets pédagogiques à long terme. Sous couvert de développer une autonomie, soi-disant plus poussée des établissements, le principe du contrat d’objectif défini en partie par la région risque de mettre encore plus sous tutelle les budgets des établissements, de renforcer les moyens de pression des hiérarchies locales sur les équipes et de contraindre les pratiques pédagogiques ; à fortiori dans le cadre de la Réforme du Cadre Budgétaire Comptable (RCBC).

Sud éducation exige :

- Le maintien du pilotage national du service public d’orientation et de la formation professionnelle pour éviter la disparité et l’appauvrissement de l’offre de formation régionale.

- Le maintien de la liberté pédagogique des équipes enseignantes sans soumission aux collectivités territoriales.

- Une pédagogie au service des élèves contre l’instrumentalisation et la marchandisation de l’éducation, sous couvert de modernisation.
Sud éducation Calvados