Désobéir pour l’École : Pourquoi ? Comment ?

jeudi 10 mars 2016

Alors que le syndicalisme est partout en perte de vitesse, il devient urgent de reconquérir le terrain de la lutte et de la résistance collective. À nous de démontrer que l’action syndicale ne se réduit pas à ces mobilisations sporadiques d’une journée qui déciment un mouvement avant même qu’il n’ait eu le temps de naître.

Aujourd’hui, la Fédération Sud éducation veut agir sur la question de la réduction des effectifs par classe. Parce qu’elle est un puissant facteur de réduction des inégalités et qu’elle détermine directement nos conditions de travail, il nous faut nous donner les moyens de gagner rapidement sur ce terrain. C’est la clef d’un mieux-être pour les élèves comme pour les personnels.

Si la revendication fait consensus, il faut s’interroger sur les modalités d’action. Se pose alors la question de la désobéissance. En effet, les dernières victoires sociales commencent à dater et dans le même temps, les collectifs de travail ont été méthodiquement démantelés, déstructurés par de savantes politiques de suppressions de postes, de précarisation et d’individualisation des trajectoires et des pratiques professionnelles (notamment au travers de nouvelles méthodes de management, toutes plus pathogènes les unes que les autres). D’où la nécessité de réfléchir sur les moyens de radicaliser les mobilisations, notamment par des mouvements collectifs de désobéissance et de boycott.

La désobéissance civile : une action collective

L’idée d’une campagne d’information et d’intimidation de la hiérarchie dont le point d’aboutissement serait l’organisation de refus collectif de prise en charge d’élèves dans les classes, au-delà d’un certain seuil, répond à cette exigence de radicalisation. Encore faut-il s’entendre sur le sens à donner à la désobéissance dans un cadre syndical. Il ne s’agit pas de faire reposer la responsabilité de l’action sur les seuls individus, au risque de les livrer ainsi à l’arbitraire de la répression par la hiérarchie. La désobéissance civile est bien une action collective et c’est d’ailleurs ce qui la distingue de l’objection de conscience. En 1970, alors qu’elle cherche à penser les mouvements de désobéissance et de révolte qui secouent l’Amérique depuis plus de 15 ans, Arendt
écrit :« la désobéissance civile ne peut se manifester et exister que parmi les membres d’un groupe. […]la désobéissance civile pratiquée par un individu isolé ne saurait tirer à conséquence. Le coupable est alors considéré comme un excentrique [...]La désobéissance civile réellement significative doit être le fait d’un certain nombre de personnes que rassemble un intérêt commun » [1]. D’où l’importance d’inscrire dès le début ce type d’action dans un cadre collectif, le plus large possible.

Les objections rencontrées par la désobéissance comme mode d’action syndicale prouvent une chose : il est nécessaire de se former à imaginer des modalités d’action, en amont de la grève, pour structurer la mobilisation et impliquer toutes les acteurs et actrices sur le terrain : parents, élèves, personnels et tou-tes les citoyen-nes. Davantage encore que l’adhésion à de grandes revendications, c’est le plaisir d’agir ensemble et d’inventer collectivement des formes de résistance qui peut (re)donner envie de faire du syndicalisme. Désobéissance, action directe non-violente, tout cela ne s’improvise pas : il faut se former et former nos collègues, non seulement intellectuellement mais surtout « physiquement ». Forcer la porte qu’on vous ferme au nez ou d’affronter la colère et les menaces d’un-e chef-fe, n’est pas immédiatement à la portée de tou-tes. De même, mener des actions collectives efficaces, quelles que soient les modalités choisies, cela s’apprend. Face à la pérennisation de l’état d’urgence cela devient même une nécessité.

La Somme vient d’y consacrer une journée de formation [2], dans le cadre d’un stage interpro de 3 jours sur l’école, « Désobéir pour l’École : Pourquoi ? Comment ? ».

En amont de la mobilisation massive et générale, la multiplication des poches de résistance et de luttes doit aussi être envisagée comme un moyen d’épuiser l’adversaire et de populariser la lutte sous toutes ses formes et dans toute la société.

Sud éducation Somme


[1Hannah Arendt, Du mensonge à la violence, La désobéissance civile, p 57

[2Cette journée du 20 novembre 2015, organisée en partenariat avec la Boite sans projet, www.boite-sans-projet.org, a réuni le plus de monde (plus de 40 personnes)