« Directeur ou directrice tu es, PILOTE d’école tu seras ? »

Sud éducation Essonne
vendredi 21 mars 2014

Essai d’analyse du document de travail ministériel sur la réforme des métiers : GT1 directeurs d’école.

Au chapitre x alinéa z de l’austère refondation d’un ministre sourd, nous avons découvert la partie « chantier direction d’école ». Rassurez-vous, tout va bien. Contrairement à ce qu’on a pu entendre à la télé, les directeur-trices ne seront pas augmenté-es de 400 euros par mois. Cela aurait été trop injuste. Pourquoi lui ou elle et pas vous ? Pourquoi moi, directeur, directrice et pas vous ? Non, non, rassurez-vous, ça ne va pas changer grand-chose : la directrice et le directeur 2014 seront comme celui d’avant ou presque... En fait, c’est la partie ISS-part variable (autrement dit : la part variable de l’indemnité de direction) qui sera un petit peu augmentée à partir de l’année prochaine. Le montant de l’ISS-part variable est déterminé en fonction du nombre de classes. Il est actuellement de 300 euros par an pour les directeurs et directrices d’écoles à 1, 2, 3 et 4 classes. Il est de 600 euros par an pour les directeurs et directrices d’écoles à 5, 6, 7, 8 et 9 classes et de 900 euros par an pour ceux qui ont plus de 10 classes. Donc, sur un bulletin de paye, l’ISS-sujétion spéciale représente actuellement selon le nombre de classe 25, 50 ou 75 euros. La proposition d’augmentation est pour l’instant la suivante : pour les directeurs et directrices d’écoles à 1, 2, 3 classes ISS-part variable passera de 300 à 500 euros, ce qui transformera les 25 euros de la fiche de paye en 41 euros (à peu près). Pour les directeur-trices de 4 classes, ça passera de 300 à 700 ISS-part variable ce qui transformera les 25 euros de la fiche de paye en 58 euros (à peu près). Les directeurs et directrices d’écoles à 5, 6, 7, 8 et 9 classes verront leur ISS-part variable passer de 600 à 700 euros et toucheront 58 euros au lieu de 50 tous les mois. En fait, au bout de tous ces comptes d’apothicaires arbitraires, les directrices et directeurs seront augmenté-es de 16 ou 8 euros par mois à la rentrée 2014. En fait, il n’y a que les directeur-trices de 4 classes qui seront augmenté-es de 400 euros par an (pourquoi eux d’ailleurs ?).
On nous a donc menti, à la radio, à la télé et dans les journaux et si on nous a menti, c’est sûrement parce que le ministre n’avait pas été très clair au départ.

Nous, syndicalistes Sud éducation 91, qui revendiquons des augmentations et des améliorations statutaires pour l’ensemble des salarié-es de l’éducation nationale et d’ailleurs, nous sommes rassuré-es. Cette mesure demeure injuste (pourquoi les dirlos et pas les autres), mais vu la maigreur d’une augmentation austère, elle n’est que relativement injuste. D’autant plus que se prépare le nouveau cahier des charges du directeur d’école et qu’il ne serait pas étonnant que ces charges s’alourdissent encore. Ce que dit le ministère, pour l’instant, c’est que les textes réglementaires sur la direction d’école sont anciens, poussiéreux, obsolètes, voire ringards et donc que les missions des directeur-trices sont à redéfinir. Rappelons cependant que ces textes ne donnent aucun pouvoir hiérarchique aux directeurs et directrices. Le conseil des maîtres et le conseil d’école sont les instances décisionnaires des écoles primaires. Les décisions peuvent y être prises de manière complètement démocratique. Tout cela confère un statut très particulier aux directeurs et directrices. Ils ne sont pas chefs. Ils doivent veiller à l’application des programmes et des injonctions de la hiérarchie mais ils et elles sont aussi contraint-es à l’exercice démocratique. Si le conseil des maîtres ou le conseil d’école s’opposent à leurs décisions, c’est le conseil qui a raison. Est-ce cela qui est vieux, ancien, dépassé ? Posons la question ? Le projet ministériel d’ailleurs (soyons honnêtes) spécifie bien que le directeur-trice n’a pas le statut de chef d’établissement.

Cependant, le texte qui nous a été présenté, parle de pilotage. « L’importance prise par la fonction de pilotage impose de fournir aux directeurs d’écoles des références sur les principes et finalités du service public d’éducation et sur la notion de responsabilité » (document ministériel page 2). Qu’est- ce que c’est que ce charabia ? Le pilotage impose ? Fournir des références sur les principes et finalités du service public ? Qu’est-ce donc que cette bouillie verbale ? Les directeurs et directrices ne maîtrisent-ils pas déjà un peu les notions de service public et d’école républicaine ? Il faudrait les leur fournir ? Non, ce n’est pas ça du tout. Le mot qui compte ici, c’est le mot pilotage. Le pilotage, qu’est-ce que c’est ? D’après le Larousse, le pilotage, c’est l’action de diriger une entreprise, un pays.... Donc, si les directrices et les directeurs doivent piloter, doivent-ils diriger ? Pas tout à fait... Dans l’Éducation nationale, piloter, c’est appliquer des directives absurdes et inutiles dont tout le monde en fait, se passe. Piloter, en théorie, c’est identifier les besoins en fonction de données statistiques, formaliser les objectifs, réaliser les conditions de réalisation de ces objectifs, mesurer les avancées et analyser les écarts. Dans les écoles cela se traduit en projets d’école, fiches actions, évaluations, bilan, base élèves, livrets numériques etc … etc. Piloter, en vrai, ça ne sert à rien... Le pilotage correspond aux charges numériques des directeurs et directrices. À ceux qui ne voient pas à quoi ça ressemble, on dira que le pilotage est un ensemble d’applications informatiques chronophages à remplir dans les délais, sous la pression des IEN et des informaticiens de l’Éducation nationale, les soi-disant professeurs ressources informatiques..
En fait, le pilotage, c’est ce qui prend du temps, augmente la charge de travail et... ne sert ni aux élèves, ni aux enseignant-es, ni aux directeur-trices, ni probablement à ceux d’en haut, car le pilotage n’apprend ni à lire, ni à compter, ni à être curieux, ni à s’émanciper et ni à vivre ensemble en bonne harmonie. Le pilotage, c’est ce que nous faisons parce qu’on nous le demande et c’est ce qu’on laisse dans un coin et c’est ce qu’on ressort quand arrive l’IEN avec ses gros sabots. Le pilotage ne répond en rien aux missions de l’école que nous faisons et créons jour après jour. Il nous en écarte puisqu’il prend notre temps.
Alors pourquoi en faire une référence pour les directeurs et les directrices, pourquoi instaurer et graver dans le marbre de la loi toutes ces charges de pilotages inutiles qui ne servent qu’à cacher la vacuité des actions pédagogiques modernes et ultralibérales imposées par nos chefs ? Le pilotage de l’éducation nationale, nuit au bon déroulement du service public. Comme il est écrit dans le décret n°89-122 du 24 février 1989 relatif aux directeurs d’école, le directeur-trice prend toute disposition utile pour que l’école assure sa fonction de service public. A cette fin, il organise l’accueil et la surveillance des élèves et le dialogue avec leurs familles. Cela suffit bien comme ça pour faire fonctionner le service public. Point besoin de pilotage. Le directeur ne pilote pas et n’est pas un fournisseur de données statistiques inutiles.

Pour nous, refonder les prérogatives des directeur-trices, c’est rendre plus collégiale encore la direction d’école en partageant d’avantage les tâches d’organisation, c’est intégrer la démocratie de manière complète dans des écoles où agissent des enseignant-es également responsables et également investi-es dans leurs missions. Nous refusons que le pilotage soit institutionnalisé et intégré aux prérogatives des directeur-trices d’école car nous condamnons ce qui est écrit dans le document ministériel, à savoir qu’il puisse faire partie des principes et des finalités du service public. C’est au pire une escroquerie destinée à enrichir quelques prestataires de services, c’est au mieux l’instrument de gestion de la pénurie d’une nation qui refuse de se donner les moyens de répondre dignement à ses devoirs constitutionnels , tels qu’ils ont été définis en 1946 par le Conseil National de la Résistance comme suit : La Nation doit garantir l’égal accès de l’enfant à l’instruction et à la culture. Organiser l’enseignement public gratuit et laïc à tous les degrés est un devoir de l’état.