École de Camopi, loin des yeux loin du cœur

dimanche 22 janvier 2012

« L’exigence sociale de plus en plus forte en matière de qualité d’éducation s’accompagne de l’assurance de la préservation de la santé et de la sécurité des élèves et des personnels. Pour ce faire, est appliquée, dans l’académie, la réglementation en vigueur, complétée par des actions appropriées de prévention des risques et d’une vigilance permanente afin de répondre aux attentes de l’administration et des familles. »

Qu’il est beau et juste ce paragraphe trouvé sur le site de l´Académie de Guyane dans la rubrique Santé et sécurité : présentation ! L´écrit est une chose, la réalité en est une autre.

Rapide chronologie des faits

Fin octobre, suite à l’utilisation du droit de retrait et d’alerte face aux conditions de travail hors-norme (pas d’électricité dans les classes, toitures pourries, sanitaires délabrés et sans chasse d’eau, fientes de chauve-souris en quantité abondante dans les salles de classes…), trois enseignants de l’école de Camopi ont reçu une mise en demeure de l’IEN de reprendre le travail sans aucune consultation du CHSCT (Comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail).

Mais des solutions ont été proposées : l’interdiction d’utiliser la mezzanine de la classe car les faux plafonds sont infestés de chauve-souris, accompagnées de leurs déjections, dont l’inhalation peut être dangereuse pour la santé - Il est évident que l’odeur de fientes est plus forte au plus près des plafonds, mais que 2 mètres en dessous, ça ne sent pas non plus la rose ou plutôt la forêt amazonienne - ; la suppression de l’aide personnalisée qui avait lieu dans ces mezzanines ; l’ interdiction de se rendre aux toilettes et à la bibliothèque car les toitures sont délabrées et il y a risque de décrochage de tôles. Et surtout : « soyez patients », la réalisation des travaux est imminente !

À la rentrée des vacances de la Toussaint, rien n´a changé : nouvelle utilisation du droit de retrait et d’alerte, en demandant au Recteur d’Académie une révision de la décision de l’inspecteur qui en cas de désaccord doit faire appel au CHSCT.

Grand silence

14 novembre 2011 : référé liberté déposé devant le tribunal administratif de Cayenne pour défendre la liberté d’enseigner en sécurité et dans des conditions acceptables de salubrité.

16 novembre 2011 : rejet de la requête devant le tribunal.

Droit de retrait maintenu, le juge, dans un référé liberté, ne se prononce pas sur le fond du litige (il se prononce sur l´urgence, s´il reconnaît la liberté d´enseigner en sécurité comme une liberté fondamentale, et s´il y a ensuite eu atteinte). Par ailleurs il ne peut prendre de décision administrative.

23 novembre 2011 : mise en demeure du Recteur de reprendre le travail, au plus tard dans les 5 jours suivant la réception du courrier, faute de quoi la radiation sera prononcée pour abandon de poste sans accomplissement des formalités prescrites en matière disciplinaire.

Toujours pas de CHSCT, ni d´inspection du travail

Menacés d´être radiés car ils défendent l´égalité de traitement et le respect de la procédure ! Comment croire encore à ce beau paragraphe du site du Rectorat ?

Reprise du travail dans les mêmes conditions d’insalubrité. « Allez en prison. Ne passez pas par la case départ. Ne touchez pas 20 000 francs ». Car n’oublions pas de préciser qu’une demande de retrait sur salaire pour service non fait a été faite auprès du trésorier payeur général.

« Aucune sanction, aucune retenue de salaire ne peut être prise à l’encontre d’un agent ou d’un groupe d’agents qui se sont retirés d’une situation de travail dont ils avaient un motif raisonnable de penser qu’elle présentait un danger grave et imminent pour la vie ou la santé de chacun d’eux. » (article 5-6, II, du décret nº 82-453 du 28 mai 1982 relatif à l’hygiène et à la sécurité du travail ainsi qu’à la prévention médicale dans la fonction publique, modifié par l’article 12 du décret nº 2011-774 du 28 juin 2011. »

Pour conclure, s’il est affligeant de constater que le Rectorat de Guyane ne veille pas aux conditions de travail de ses salariés et se permet une série d’excès de pouvoir (pas de consultation du CHSCT, retrait sur salaire contraire à la loi, et radiation envisagée sans respect des formalités prescrites en matière disciplinaire), que penser de l’absence totale de considération des 300 enfants de l’école ? Vous avez dit égalité ?

Et c’est alors que Petit Papa Noël arriva un dimanche (!), le 4 décembre, sur sa pirogue, et commença les travaux de réhabilitation de l’école. Certes sans aucun périmètre de sécurité lors de l’arrachage des bardeaux du toit, et rendant les toilettes inutilisables jusqu’aux vacances. Mais vous n’allez pas encore vous plaindre les travaux ont commencé !

Joyeux Noël, enfants de Camopi !

Sud éducation Guyane