Edito

jeudi 13 avril 2006
mis à jour jeudi 13 juillet 2006

Initié par les étudiants, le mouvement anti-CPE a d’abord été rejoint par les lycéens puis par les salariés pour prendre une ampleur sans précédent depuis 1968. Le mot d’ordre de retrait du CPE a ainsi été le catalyseur d’un puissant mouvement social, unitaire et intergénérationnel. Et, bien que construit essentiellement autour du refus de ce nouveau contrat, il a fait émerger un refus bien plus global : celui des politiques gouvernementales qui développent progressivement la précarité dans toute la société. Cette fois ci, la tactique qui consiste à désamorcer les résistances aux « réformes » en attaquant notre système de protection sociale par tranches successives a échoué. La bataille contre le CPE a été un moment fort de réelle solidarité, fondée sur la conscience que ce que les uns subissent aura inévitablement des conséquences pour tous. L’unité qui en a résulté a enfin rendu la victoire possible.

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Une lame de fond contre la précarité

Le refus de négocier de ce gouvernement est révélateur de ces enjeux : outre les perspectives électorales (Sarkozy appelait le CPE, Contrat pour Perdre les Elections), c’est le devenir des attaques contre le Code du travail et, à terme, contre les statuts des fonctions publiques qui se joue. Même l’article 8 de la loi « réécrit », la bataille n’est pas finie. Car le mouvement ne se réduit pas au seul mot d’ordre de retrait du CPE. La mobilisation doit se poursuivre sur de nombreuses autres revendications : retrait du CNE, retrait du contrat senior, transformation des emplois précaires en CDI
et à temps complet pour ceux qui le souhaitent, transformation
des emplois publics précaires en emplois statutaires, etc. Nous n’accepterons pas que le succès remporté par ce mouvement débouche sur des dispositifs aggravant encore la précarité des jeunes les plus en difficulté. Nous ne laisserons pas dire que « pour eux un CPE c’était mieux que rien », comme nous ne laisserons pas ce gouvernement continuer d’opposer une jeunesse à une autre.

Notre perspective, c’est l’interdiction de la précarité ; à commencer par celle des sans papiers que l’absence de régularisation expose plus que quiconque. C’est aussi l’élargissement des garanties sociales de tous les salariés et des sans-emploi : généralisation du CDI et encadrement strict du recours aux CDD et au travail intérimaire, pas de temps partiels non choisis, indemnisation complète et non dégressive en cas de perte d’emploi, droit réel à la formation continue sur le temps de travail et en cas de licenciement... Pour imposer ces droits, il faudra imposer un autre partage du travail avec de vraies 35 heures, et même 32 heures, sans réduction de salaire, en exigeant le retrait de la journée de « solidarité » et le retour aux 37,5 annuités pour tous. C’est sur les profits des entreprises, qui n’ont jamais été aussi colossaux grâce au travail des salariés, que ces droits devront être financés.

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Reprendre l’offensive dans l’éducation

Il ne faut surtout pas oublier que le CPE n’était qu’un élément de la loi sur « l’égalité des chances », véritable plan d’exclusion pour la jeunesse : apprentissage dès 14 ans, où la « gratification » patronale remplace le salaire, abolition de l’obligation de scolarité jusqu’à 16 ans, rétablissement du travail de nuit dès 15 ans, suppression des allocations familiales et amendes pour les parents d’élèves absentéistes ou « portant trouble au fonctionnement d’un établissement scolaire », renforcement des pouvoirs de police des maires envers les jeunes qui commettent des incivilités. Pour le gouvernement, l’égalité des chances ce sont des contrats précaires, l’exclusion de l’école pour les jeunes en difficulté, la répression pour les récalcitrants... et des coups de matraques pour ceux qui se révoltent.

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Après des années de combats défensifs, parmi lesquels le mouvement contre la casse des retraites et la décentralisation des TOS en 2003, et celui contre la loi Fillon en 2005, il est temps de reprendre l’offensive ! Non seulement pour reconquérir les droits perdus mais aussi, comme nos aînés, en conquérir de nouveaux pour l’ensemble des jeunes et des salariés.

Saint Denis, le 13 avril 2006