Édito

mardi 9 mai 2017

En 2007, l’ancien vice-président du Medef, Denis Kessler, annonce son intention de « défaire méthodiquement le programme du Conseil National de la Résistance ! ». Ce programme, élaboré en 1944, par les représentant-es des organisations de Résistance, des syndicats et des partis politiques regroupés, visait l’instauration d’« une véritable démocratie économique et sociale, impliquant l’éviction des féodalités économiques et financières de la direction de l’économie » avec des droits sociaux pour tout-es, une extension des droits des populations coloniales ainsi que la possibilité pour tout-es les enfants d’accéder à l’instruction et à la culture. Au nom d’une « modernisation » prétendument nécessaire, le Medef, au service de la réaction, rejette les avancées fondamentales permises par le CNR.
Ce rappel devrait permettre de mieux comprendre la cohérence des politiques gouvernementales de ces dernières années. Elles vident le droit social pour renforcer l’emprise du capitalisme financier et prendre le contrôle de la démocratie, au mépris des conquêtes sociales. Sans une mobilisation de tout-es contre la casse de nos droits et l’uberisation de la société, cette destruction va maintenant s’accélérer.
Quand 1 % de la société détient 50 % des richesses et des revenus, il ne reste qu’à faire entrer dans la tête des 99 % que cela est bon pour tout-es. L’idéologie néo-libérale y est presque parvenue, faisant croire à chacun-e qu’il-elle a une chance égale dans cette société. La réussite individuelle, seule valeur socialement reconnue, ne dépendrait que du mérite de chacun-e. Quand à la démocratie, à l’origine gouvernement du peuple par le peuple, elle ne consisterait, selon la tradition bourgeoise, héritée de 1789, qu’à élire des représentant-es lors d’échéances électorales.
Les syndicats qui, comme Sud éducation et Solidaires font encore référence à la Charte d’Amiens de 1906, agissent contre le patronat sans se préoccuper des partis politiques. Voté il y a plus de 110 ans, ce texte n’est pas obsolète car il reconnaît « la lutte des classes qui oppose sur le terrain économique les travailleur-ses en révolte contre toutes les formes d’exploitation et d’oppression ». Il définit « la double besogne du syndicalisme ».
D’un côté, le quotidien, la défense immédiate des travailleur-ses : accroître leur mieux-être, diminuer le temps de travail, augmenter les salaires, etc...
De l’autre, l’avenir : préparer « l’émancipation intégrale, qui ne peut se réaliser que par l’expropriation capitaliste ». Son moyen d’action est alors la grève générale. Base de résistance aujourd’hui, le syndicat sera, demain, base de réorganisation sociale.
Face à la désorientation de ceux et celles à qui on fait croire qu’il n’existe qu’un modèle de société, le syndicat doit, plus que jamais, assumer cette ambition supplémentaire. Il doit agir pour demain dans la perspective d’une transformation sociale et lutter pour une autre répartition des pouvoirs, n’en laissant plus la direction aux détenteur-trices du capital.
Dans la rue, par nos luttes, nos grèves, notre mobilisation, Sud éducation et notre union interprofessionnelle Solidaires s’inscrivent dans un combat général pour que naisse une alternative sociale, économique, politique et écologique dont l’essentiel reste à inventer.