Edito : "Dans la motion, là, y’a une virgule bourgeoise"

jeudi 19 mars 2015

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Dessin réalisé par Charb lors du congrès de SUD éducation à Roubaix en décembre 2000

Suite aux attentats des 7 et 9 janvier, contre les dessinateurs de Charlie Hebdo et contre l’Hyper Casher, la France, émue, a voulu se rassembler. Elle s’est trouvée immédiatement enrôlée sous la bannière de la République. Ne rêvez point. Il ne s’agissait pas d’appeler à la réalisation de la Cité idéale, modèle de Justice, chère à Platon. Dans l’urgence, il fallait répliquer au terrorisme de fanatiques religieux. On a donc ressorti les vieilles recettes ! On a entonné, en cœur ce couplet - laïcité, liberté, égalité - usé, vidé de son sens par la République d’aujourd’hui, gouvernée par le marché et les banques.

Rappelons qu’il ne saurait y avoir de République sans service public, ni de service public sans fonctionnaires. Il n’y a pas de libertés publiques sans droits garantis par la loi. La défense de la liberté d’expression et de la liberté d’opinion ne va pas sans celle du droit de grève, de la liberté syndicale et d’association. Ce sont les lois Ollivier (1864), Waldeck-Rousseau (1884 et 1901). Or, aujourd’hui, ces libertés sont bafouées.

Nous nous mobilisons contre la répression syndicale à l’Université, contre la révocation pour activités syndicales de notre camarade postier, Yann Le Merrer, et contre la suspension de notre collègue de philosophie, Jean-François Chazerans. La République, ce sont encore les lois Auroux de 1982 (liberté des travailleurs, représentation des personnels, CHSCT, négociation et règlement des conflits) que les patrons du MEDEF veulent détricoter.

Le projet de loi Macron réforme déjà les Prud’hommes et met fin aux CHSCT, véritable « contre pouvoir syndical ». Le rapport employeur/ salarié serait transformé en un simple accord entre individus et non un contrat encadré par le droit du travail.
« Dans toute l’Europe les libertés syndicales sont attaquées. Les patrons, les actionnaires, les banquiers et les gouvernements qui sont à leur service, mènent une guerre sociale contre les salarié-es, les chômeurs-ses, les retraité- es, les jeunes en formation ». Ils voudraient les voir renoncer au modèle antagoniste de lutte syndicale pour les soumettre au jeu du prétendu « dialogue social ». Avec l’Union syndicale Solidaires, rejoignons cet appel des organisations du Réseau européen des syndicats alternatifs et de base.

Vouloir résister aux attaques libérales ne relève plus de la logique du droit mais, plus que jamais, de celle de la lutte. Avec l’ensemble des syndicats de lutte, nous nous mobilisons pour la grève le 9 avril !

Parallèlement, l’État libéral exerce le « bio-pouvoir » dont parlait Foucault. Par un contrôle des populations, il applique le droit souverain de « faire vivre et de laisser mourir ». Il utilise, par exemple, des tests osseux largement contestés pour discriminer les mineur-es isolé-es étranger-es.

Surtout n’oublions pas que tous les racismes d’État ont conduit au fascisme.