Edito Journal n°64

samedi 28 novembre 2015

Même les économistes du FMI, temple du libéralisme, reconnaissent que, plus les syndicats s’affaiblissent, plus les inégalités augmentent. Les bénéfices des entreprises ne servent qu’à accroître les rémunérations des dirigeants et des actionnaires, alors que la part consacrée aux salaires des travailleur-ses ne cesse de diminuer.
On aurait pu attendre d’un gouvernement qui s’est dit "socialiste", soucieux de réduire les inégalités, qu’il renforce la place des syndicats. Bien au contraire, par le biais de lois scélérates, loi Macron et loi Rebsamen sur le dialogue social, celui-ci met tout en œuvre pour réduire le poids des syndicats de contre-pouvoir. Les droits des salarié-es, retraité-es, chômeur-ses, précaires s’en trouvent davantage restreints. Le patronat, satisfait, ne peut qu’applaudir à cette entreprise de destruction libérale des acquis sociaux collectifs. L’instauration du travail dominical ; la volonté de démanteler les 35 heures, au lieu d’imposer le partage de l’activité entre tout-es ; la "simplification" du code du travail, les accords d’entreprise primant sur la loi ; la précarisation des emplois dans le privé comme dans le public, en sont déjà les étapes. Confronté à la persistance d’un chômage de masse qu’il ne parvient pas à endiguer, le gouvernement poursuit inexorablement l’attribution d’aides au patronat, sans contre-partie, assorties d’un contrôle renforcé et de la radiation des chômeur-ses.
Dans la Fonction publique, la logique d’austérité se trouve reconduite. Choisissant de passer en force pour appliquer unilatéralement les Parcours professionnels, carrières et rémunérations, le gouvernement passe outre les règles qu’il a lui-même fixées puisque le texte n’a pas obtenu l’aval d’organisations syndicales représentant une majorité des personnels. Le gel des salaires est maintenu, avec de nouvelles suppressions d’emplois et l’accumulation de contre réformes aggravant les conditions de travail des agents. L’Éducation nationale aussi est très gravement touchée. Après la réforme du lycée, celles des rythmes scolaires, de l’éducation prioritaire, voilà maintenant celle du collège. Pourtant, aucune ne règle le problème des classes surchargées, ni ne tient vraiment compte de l’intérêt des élèves. Ces réformes ne visent qu’à réduire les dépenses publiques, étendre l’autonomie des établissements qui met en concurrence les personnels.
Cette situation désastreuse nourrit la désespérance sociale et alimente toutes les peurs, véritable terreau pour les extrêmes droites. Vient s’y ajouter la gestion catastrophique de la question des réfugié-es. Certains États de l’Union européenne, dans la confusion la plus totale et au mépris des droits de l’homme, choisissent la répression, pensant se prémunir contre un éventuel "appel d’air".
Dans un tel contexte, toute forme de contestation des politiques de régression sociale et de discrimination se trouve très sévèrement sanctionnée. L’escalade répressive est marquée des noms de nos camarades : Jean-François Chazerans, professeur de philosophie ; Yann Lemerrer, postier du 92 ; Pascal, ex-secrétaire de Sud PTT 36-37 ; les 6 de Bellefontaine ; Gari Pham et Oscar Roman de Gay-Lussac ; Gaëtan et les 9 militants de la Confédération paysanne ; mais aussi, Jorge Costa Mourao, représentant CGT de l’entreprise Colas, licencié, suite à l’annulation, par le ministre Rebsamen, du refus de son licenciement prononcé par l’Inspecteur du travail ; Laura Pfeiffer, Inspectrice du travail, renvoyée en correctionnelle pour avoir osé dénoncer les pressions exercées à son encontre par l’entreprise Tefal ; les 6 salariés d’Air-France, mis à pied sans salaire, interpellés à l’aube comme des malfrats, etc.
Nous dénonçons cette criminalisation du mouvement social : la lutte est légitime et personne ne doit être inquiété pour fait de lutte et de grève.
Dans le public comme dans le privé, le droit du travail et les négociations collectives ne sont pas l’affaire de spécialistes, réels ou supposés. Ils sont l’affaire de tout-es, salarié-es, retraité-es, chômeur-ses et organisations syndicales. Ne laissons pas détruire nos acquis sociaux.