Éducation prioritaire : une mobilisation explosive

Sud éducation Hauts de Seine et Créteil
jeudi 8 janvier 2015

Le ministère, soucieux de montrer que le gouvernement accorde de l’importance à l’éducation, empile les réformes. Celle de l’éducation prioritaire est la dernière en date. Et à en juger par le nombre d’écoles et d’établissements qui se mobilisent pour la dénoncer, elle n’est pas meilleure que les précédentes. Actuellement, la mobilisation se développe dans plusieurs académies, dont celles de la banlieue parisienne.

Explosion de colère dans les REP

Le 16 janvier dernier, le ministère annonçait les mesures phares de la réforme, remplaçant ZEP et ECLAIR par les REP (Réseaux d’éducation prioritaires) et REP+ (les réseaux les plus en difficultés). Sud éducation dénonçait rapidement cette réforme, largement insuffisante en termes de moyens, et qui faisait de l’éducation prioritaire un cheval de Troie de l’école du socle. Le dévoilement des nouvelles cartes de l’éducation prioritaire a mis le feu aux poudres en cette fin d’automne. Elles ont été présentées en ordre dispersé dans les différentes académies pour éviter une mobilisation générale. Le jeu de saucissonnage a même été plus loin puisque dans la plupart des académies les cartes du premier et du second degré ont été présentées en décalage, sans parler des lycées pour lesquels le flou est entretenu. L’orientation initiale était de les sortir de l’éducation prioritaire sans autre forme de procès. Ces cartes, scandaleuses, ne pouvaient susciter qu’une colère légitime. En effet, les quatre critères retenus (pourcentage d’élèves issu-es de CSP [1], taux de boursier-es, pourcentage de familles résidant en ZUS [2], pourcentage d’élèves ayant un an de retard à l’entrée en sixième) sont opaques et mal choisis. Pire encore, les quotas imposés par le ministère dans un contexte d’austérité, priment sur les besoins. L’absence de lisibilité du classement des réseaux et des seuils retenus a entraîné toutes sortes de négociations politiques dans le dos des personnels et des parents. Ainsi des établissements sortent du dispositif en ayant des indicateurs supérieurs à d’autres qui y entrent et des établissements sont classés REP alors qu’ils auraient dû être classés REP+.

Sud éducation soutient les établissements en lutte

Après l’académie de Paris, déjà mobilisée mi-octobre, l’intersyndicale du 92 (CGT, FO, SNES, Sud) rassemblait plus de 250 personnes le 19 novembre devant la DSDEN. La carte de l’éducation prioritaire de l’académie de Créteil était présentée le 24 novembre : de nombreux établissements se mirent en grève immédiatement et rejoignirent les établissements de l’académie de Versailles sur la journée du 27 novembre, avec 600 personnes rassemblées devant le ministère. Le même jour, des AG étaient organisées à Colombe, Nanterre et Gennevilliers, appelant à une nouvelle journée de grève pour le mardi 9 décembre. Cette date fut relayée par les différents syndicats de la région parisienne, et malgré le manque de préparation intersyndicale, plus de 2000 personnes des trois académies participèrent à la manifestation en direction du ministère, dans un cortège marqué par des délégations très dynamiques.

Trois catégories d’établissement se mobilisent à l’heure actuelle. La majorité sont non classés REP ou REP+ à la rentrée 2015 et voudraient intégrer ou réintégrer la carte de l’éducation prioritaire. D’autres se mobilisent car ils sont classés REP alors qu’ils voudraient être classés REP+ (ex. Victor Hugo et Christine de Pisan à Aulnay-sous-Bois, 93). Enfin, certains ont un classement qui leur convient mais dénoncent l’absence de moyens de la réforme : c’est le cas de Barbara, établissement préfigurateur REP+ à Stains, 93. Nombre de ces établissements sont dans un mouvement très dur, alternant jours de grèves, blocages, occupations, manifestations de villes, actions médiatiques depuis plusieurs semaines, souvent avec le soutien actif des parents d’élèves : le collège Paul Éluard (Montreuil, 93) entre ainsi dans sa quatrième semaine de grève ! Ces établissements cherchent à se mettre en réseau, à constituer une coordination, qui fonctionne plutôt bien dans le 93. Sud éducation soutient cette démarche d’auto organisation, seul syndicat à appeler à une AG de ces établissements le soir du 9 décembre et à soutenir l’appel de la coordination à une nouvelle journée de grève le mardi 16 décembre. Enfin, le 17 décembre, jour du comité technique ministériel (CTM) qui doit dresser la carte définitive de l’éducation prioritaire, a lieu une nouvelle journée d’action qui ne doit pas rester sans lendemains malgré les vacances. L’enjeu, pour gagner, est bel et bien de renforcer cette coordination des établissements en lutte, en construisant l’unité syndicale autour d’elle et en étendant les revendications aux moyens de l’éducation prioritaire en général.


[1catégories socioprofessionnelles les plus défavorisées

[2zone urbaine sensible