Emploi d’Avenir Professeur

Commencer par la précarité…
mardi 25 décembre 2012

Cent cinquante mille Emplois d’Avenir devraient être créés d’ici 2014 à l’intérieur du dispositif du Contrat Unique d’Insertion (CUI), décliné en Contrats d’Accompagnement dans l’Emploi (CAE) pour le secteur non marchand et en Contrat Initiative Emploi (CIE) dans le secteur marchand. Orienté vers les jeunes de 16 à 25 ans sans qualification ou peu qualifié·e·s issu·e·s des « zones urbaines sensibles », le contrat peut aller d’un à trois ans, en temps plein payé au SMIC financé à 75% par l’État.

La mise en place de ce énième contrat aidé précaire repose sur l’idéologie selon laquelle le chômage est dû à la mauvaise volonté des chômeurs/euses et à un « coût du travail » trop élevé. Il s’agit donc toujours de précariser des emplois dont « l’avenir » est suspendu à la reconduction d’un contrat le plus souvent annuel et limité à 3 ans.

L’Emploi d’Avenir Professeur

À terme 18 000 Emplois d’Avenir seront affectés à ce que le gouvernement présente comme un prérecrutement de professeur·e·s. Pour bénéficier d’un Emploi d’Avenir Professeur, les étudiant·e·s devront être âgé·e·s de 25 ans au plus (30 ans en cas de handicap), s’engager à poursuivre leurs études et à se présenter à un concours de l’enseignement. Il est prioritairement destiné à des jeunes issus de « zones urbaines sensibles » ou de l’éducation prioritaire, qui étudient dans des académies ou des disciplines en déficit de candidat·e·s. Les bénéficiaires seront recruté·e·s, sur proposition d’une commission académique, par les collèges et les lycées avec un contrat d’un an renouvelable jusqu’à 3 ans. Ils devront effectuer des heures de travail en appui aux enseignant·e·s (préparation de séquences, soutien scolaire, activités éducatives, aide aux conseils d’école et des maîtres…) dans un lycée, un collège ou une école pour une durée d’une dizaine d’heures (selon une circulaire d’application promise), avec flexibilité sur les horaires. Réservé aux étudiant·e·s boursier·e·s (en L2 ou L3 et M1), le revenu total des bénéficiaires sera de l’ordre de 900 euros.

L’inscription de ce dispositif dans le cadre des Emplois d’Avenir répond bien à une logique d’austérité. Plutôt que de budgéter de véritables prérecrutements, le gouvernement a préféré y affecter une partie des crédits destinés à la création d’emplois aidés.

Un dispositif précaire

Les bénéficiaires travailleront avec des horaires flexibles, au détriment de leurs conditions d’études. Le recours à des contrats de droit privé (CAE-CUI) illustre à nouveau la dislocation du service public d’éducation. Le recrutement entériné localement soumet les étudiant·e·s et travailleur·e·s à l’arbitraire hiérarchique, la reconduction du contrat dépendant d’un chef d’établissement.

Le dispositif « Emploi d’Avenir Éducation » augmente la précarité et s’inscrit dans une logique du « donnant-donnant », et non dans une dynamique de droits. Sud éducation revendique la reconnaissance effective d’un droit aux études supérieures, leur gratuité et l’instauration d’un revenu socialisé pour tou·te·s les jeunes en formation ou privé·e·s d’emploi, versé à partir de l’âge de la fin de la scolarité obligatoire.

Une mauvaise réponse à la « crise du recrutement »

La baisse du nombre de candidat·e·s a son origine dans les transformations imposées au système éducatif ces dernières décennies : dégradation des conditions de travail ; pressions et arbitraire hiérarchiques ; mise en concurrence des personnels et des établissements ; baisse des salaires réels ; baisse du niveau de vie ; limitation des garanties collectives… La casse de la formation et l’augmentation de la durée des études provoquées par la mastérisation en sont des facteurs aggravants. Le dispositif « Emploi d’Avenir Éducation », conçu pour attirer des étudiant·e·s vers le professorat, ne suffira pas à contrecarrer une baisse du nombre de candidat·e·s aux concours de l’enseignement.

Avec le chômage de masse et la pauvreté étudiante, l’Emploi d’Avenir Professeur ne manquera certainement pas de candidat·e·s. Pour Sud éducation, ce dispositif n’est pas à la hauteur de l’urgence et des besoins, et il s’inscrit encore dans une logique libérale en matière d’études, de politique d’emploi et d’éducation.