En STI, la RGPP plus forte que le changement !

mardi 25 décembre 2012

Voulue par le précédent gouvernement, la Révision Générale des Politiques Publiques visait la réalisation d’économies drastiques dans la fonction publique. Ce désengagement a été notamment mis en œuvre dans l’Éducation nationale par un ensemble de « réformes ». Aujourd’hui, le ministère Peillon ne semble rien vouloir remettre en cause, ce que dénonce Sud éducation.

La « réforme du lycée » comme application de la RGPP

Toutes les dispositions de cette réforme ont pour but de diminuer le nombre de postes. Après un peu plus de deux années de mise en œuvre, ce qui saute aux yeux dans les établissements, c’est le nombre d’élèves par classe qui est désormais bien supérieur à 30.

Parmi les nouvelles dispositions qui touchent l’ensemble des disciplines, celles qui concernent les enseignements technologiques industriels (STI), méritent d’être détaillées. Elles illustrent la volonté d’en finir avec ces formations qui étaient, jusqu’à présent, une spécificité française.

Vers une disparition des formations technologiques industrielles en lycée

En classe de seconde, à la rentrée 2010, la part des enseignements technologiques dans l’horaire élève a été divisée par quatre.

Dans le cycle terminal du lycée, les filières STI étaient les plus onéreuses : elles s’appuyaient sur un fort volume horaire en groupes de 15 élèves maximum, travaillant sur du matériel industriel coûteux. Les bacs STI concernaient un quart des lycéens en voie technologique et offraient de réelles garanties de réussite en BTS ou DUT. Suivies par des élèves très souvent issu·e·s de milieux défavorisés, ces filières de réussite au sens « social » du terme, sont tombées dans le viseur de la RGPP et de l’harmonisation européenne par le bas. Ainsi, à la rentrée 2011, les treize filières STI ont été remplacées par la seule filière STI2D, déclinée en un tronc commun pluritechnologique d’enseignements « transversaux » et en quatre « spécialités ». Les programmes, totalement remaniés, y sont particulièrement ambitieux (comparables à ceux de SSI) et les pratiques pédagogiques modifiées en profondeur, notamment par l’utilisation généralisée du micro-ordinateur. L’effectif du « groupe » de TP n’est plus limité à 15. Enfin, la réforme est sciemment mise en œuvre dans la précipitation  : les lycées prennent donc en charge les élèves de manière chaotique car les professeurs n’ont reçu qu’une parodie de formation et les structures d’accueil ne sont pas prêtes.

Les dommages collatéraux pour le personnel

La réforme a aussi son volet « gestion des ressources humaines » : jusqu’à présent, les certifié·e·s et agrégé·e·s intervenant en STI se répartissaient en une quarantaine de spécialités (génies civil, mécanique, électrotechnique, etc). Chatel, prétextant la transversalité des enseignements dans le tronc commun technologique de STI2D, a imaginé rendre inutile la spécialisation des professeurs, et indispensable… leur polyvalence ! Au mois d’octobre 2012, le ministre Peillon met en œuvre les idées de son prédécesseur : il indique que les spécialités des professeurs ne seront plus qu’au nombre de quatre, en correspondance avec les quatre spécialités de STI2D. Grâce à ce réétiquetage, les rectorats peuvent disposer d’un vivier où, à l’intérieur d’une spécialité, question compétences, un professeur en vaut un autre : de facto, ceux-ci pourront dorénavant être amenés à enseigner du niveau collège à celui des sections de technicien supérieur. Au-delà des attaques portées au statut, est engagée une destruction irréversible de compétences professionnelles et de savoir-faire, également génératrice de souffrance au travail.

Et maintenant ?

Au lycée général et technologique, faut-il vraiment s’interroger sur l’organisation pédagogique ou sur les contenus des programmes portés par les réformes ? N’oublie-t-on pas trop vite que leurs concepteurs, chargés par le pouvoir libéral de l’époque de mettre en œuvre la RGPP, avaient pour priorité, bien loin de toute préoccupation pédagogique, la réalisation d’économies budgétaires ?

Aussi, lorsque le ministre Peillon déclare dans sa « Lettre à tous les personnels » de juin 2012 que la réforme du lycée et celle de STI2D ne sont pas remises en cause, propose-t-il tout bonnement de continuer une politique pourtant sanctionnée lors des dernières élections. Dès juin 2012, Sud éducation a demandé des mesures d’urgence pour le secondaire, et également que ces réformes néfastes pour le service public d’éducation soient totalement remises à plat.

Commission second degré