Enseigner en SEGPA et en EREA

 janvier 2001
mis à jour lundi 4 avril 2005

Tous les personnels de SEGPA et d’EREA font le même constat : celui d’une aggravation au fil des ans des conditions d’accueil des élèves et des conditions de travail. Au quotidien, le fonctionnement des établissements et des services est perturbé ; l’encadrement mal assuré. Certaines classes en deviennent ingérables. Le manque de moyens de remplacement et de personnel de service social est criant. Dans ces conditions, on pare au plus pressé, on colmate les brèches si bien que la rentrée s’effectue le plus souvent sous le signe de l’énervement et de l’urgence. La réforme des SEGPA, approuvée par les syndicats majoritaires, se traduit autant qu’en EREA pour les instituteurs-éducateurs, par des emplois du temps élastiques, avec une multiplication des "trous", un alourdissement des horaires et du temps de présence des élèves, par un manque de coordination avec les collègues du collège et par la fermeture d’ateliers. La charge de travail des personnels génère un surcroît de fatigue et de stress.

Pour ces raisons, et prenant également en considération :

- la difficulté croissante que rencontrent les personnels de l’enseignement spécialisé dans leurs tâches au regard des pressions sociales et économiques exercées sur les familles des élèves de SEGPA et d’EREA, et de leurs conditions objectives de vie ;

- les problèmes liés au manque d’attractivité que suscite l’enseignement spécialisé et les EREA en particulier, qui aboutissent chaque année à ce que bon nombre de sortants IUFM, de professeurs des écoles non spécialisés, de listes complémentaires et une cohorte de précaires se retrouvent nommés sur des postes dont ils ignoraient jusqu’à l’existence même (éducateurs en internat) ;

- la formation sur le tas des nouveaux collègues non spécialisés assumée par les "anciens" sans le statut ni les indemnités de formateurs ;

SUD avait obtenu une audience auprès de M. Vilain, chef de cabinet au Ministère, chargé de l’Enseignement spécialisé, pour appuyer ce dossier. Nous envisagions à cette époque une mobilisation la plus large possible à la rentrée. Mais c’était oublier les vieux réflexes des syndicats majoritaires. De fait, le SNUIPP-FSU, le SE-FEN et le SGEN-CFDT ont appelé à la grève dans les SEGPA et les EREA le 21 novembre sans même avoir proposé à SUD de s’associer au mouvement et en réduisant l’appel à la stricte réduction du temps de travail.

Il est juste de demander une égalité d’horaire de ces établissements particulièrement difficiles. Suite à la grève de l’an dernier, il est prévu que le temps de service des PLP soit ramené à 18 heures hebdomadaires. Il faut qu’il en soit de même pour les enseignants du premier degré qui sont affectés dans ces établissements. Mais, revendiquer une réduction du temps de travail sans exiger le maintien du volume horaire des élèves en présence de personnels spécialisés revient à accepter une réduction de l’enseignement et de la formation des élèves. Cette revendication pourrait conduire aussi à la remise en cause et à l’allongement du temps de service des instituteurs-éducateurs ainsi qu’à la multiplication des heures sup si elle n’est pas reliée à la revendication de créations de postes.

Enfin, si rien n’est fait concernant le recrutement et la formation d’enseignants spécialisés, cette réduction du temps de travail se traduira par une diminution de l’horaire de spécialistes pour les élèves. Ce sont des professeurs de collège non formés et souvent non volontaires (ce qui est, en principe, interdit) qui devront assurer ces horaires. Ce sont encore et toujours des personnels précaires (MA, contractuels, vacataires...) qui pallieront les manques en personnels spécialisés. Il ne faut pas oublier la diminution des horaires des PLP qui devrait être compensée pour la plupart des SEGPA par la technologie type collège et non par des postes supplémentaires de PLP. L’avenir des ateliers est lui aussi compromis.

Comme on le voit, nos craintes d’une dilution des SEGPA et de leur spécificité au sein du collège se précisent. Ce ne sont pas les personnels revendiquant à juste titre les 18h (avec les deux heures de synthèse payées en plus) qui en sont la cause, mais bien le Ministère et tous ceux qui se voilent la face. Il est de notre responsabilité de dénoncer cette tartufferie et de poser en même temps d’autres revendications qui doivent elles-mêmes aboutir sous peine de disparition des SEGPA et des EREA.

Nos revendications

- Abrogation des textes permettant la dilution des SEGPA et application de ceux de 1989 (qui préservaient une plus grande autonomie des SEGPA) ;
- Dotation horaire de la SEGPA non diluée dans celle du collège ;
- 18h pour les instituteurs et professeurs des écoles de SEGPA et d’EREA avec créations de postes spécialisés et d’ateliers correspondant au volume horaire résultant de la réduction du temps de travail ;
- 30h au maximum pour les enseignants nommés sur postes d’instituteurs-éducateurs en internat avec le service de nuit intégré ;
- Création de postes d’enseignants, de personnels de service social et psycho-éducatif ;
- Poursuite du recrutement et de la formation d’enseignants spécialisés couvrant les besoins ;
- Titularisation sans conditions de concours ni de nationalité de tous les précaires ;
- Respect des horaires minima des élèves de SEGPA et d’EREA.

C’est sur cette base que SUD éducation appelle l’ensemble des personnels d’EREA et de SEGPA à engager ou à poursuivre leur mouvement.

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