Et dans les lycées ?

Sud éducation Orne et Vaucluse
jeudi 9 janvier 2014

Depuis la réforme engagée en 2010 en classe de seconde, les lycées ont assez peu fait parler d’eux. Est-ce que, pour autant, tout est pour le mieux ?

La plupart des professeurs ont vu leur horaire d’enseignement par classe diminué : en seconde par exemple, 1/2 heures en lettres, mathématiques, langues vivantes (cinq heures trente contre six heures auparavant pour les deux premières langues), comme en physique chimie et SVT, ont bel et bien disparu. Si l’on ajoute ces pertes à celles déjà subies en collège (l’équivalent d’une année d’enseignement en lettres par exemple, sur les quatre années de collège…), on comprend que les élèves ont été privés de nombreuses heures d’apprentissage, pourtant fondamentales. Ces diminutions entraînent également une augmentation de la charge de travail pour les professeurs puisque le même programme, quasiment, doit être appliqué avec un nombre restreint d’heures de cours. Les services sont donc plus lourds car le nombre d’élèves et de classe augmente : avec 35 élèves de plus en moyenne pour une classe de seconde supplémentaire ! Les conditions de travail sont dégradées, et la qualité de l’enseignement s’en ressent.

Quel accompagnement ?

Pour les élèves, la diminution hebdomadaire des heures de classe qui était visée par la réforme a été, en partie, réalisée, mais à quel prix ? Les heures de cours perdues sont remplacées par deux heures d’« accompagnement personnalisé » (A.P.) qui n’en a que le nom : la plupart du temps effectué en classe entière, ou en demi groupe, dans le meilleur des cas, il ne permet en aucun cas une véritable aide « personnalisée » et fait l’objet de traitements de toutes natures selon les établissements (soutien scolaire, projets divers…), entraînant des inégalités entre les élèves, qui ne bénéficient pas tous des mêmes opportunités. Les heures perdues ne sont, donc, pas remplacées et, éparpillés en de multiples groupes, les élèves de seconde ont bien du mal à se retrouver dans le labyrinthe de leur emploi du temps : le groupe classe n’existe plus que sur quelques heures, ne favorisant pas la cohésion et l’entraide au sein de classes à effectif pléthorique.

Quel baccalauréat ?

Il en est de même en première et terminale, à ceci près, que, bac oblige, les enseignants ont réussi à récupérer quelques heures d’A.P. transformées en complément de cours : L’horaire de littérature en terminale, par exemple, réduit à deux heures par semaine, est souvent « complété » par une heure d’A.P. Encore faut-il que les enseignants concernés se montrent convaincants en conseil pédagogique : car c’est une autre nouveauté créée en même temps que cette réforme. L’autonomie des établissements s’en trouve accrue, puisqu’un volant d’heures dédoublées (à peine suffisant pour remplir les missions, et notoirement insuffisant pour assurer une vraie « aide personnalisée ») est attribué, à répartir selon les besoins ! Quelques empoignades ont déjà eu lieu et sont encore à prévoir… Mais, comme pour les objectifs poursuivis, les horaires d’enseignement sont d’ores et déjà différents selon les établissements. En ligne de mire, probablement la disparition du bac tel qu’il est : les enseignants de langue ont déjà fait les frais de ce projet, puisqu’ils doivent désormais concevoir les sujets d’oral et les faire passer à leurs propres élèves, dans le pire des cas. Cette transformation ressemble fort à un grand pas vers le contrôle continu… et la fin de l’examen national !

Quelles filières ?

Il faudrait aussi ajouter à ce sombre tableau le cas des enseignements de STI, filière rebaptisée du nom de Sciences et Technologies de l’Industrie et du Développement Durable (STI2D) : en passant de douze spécialités très qualifiées à quatre domaines fourre-tout, le ministère a créé chez les enseignants un grand désarroi, encore accru par l’obligation de se former à toute vitesse sur le temps de travail, dans des conditions souvent inacceptables. Les élèves, quant à eux, n’ont quasiment plus accès aux machines, et travaillent de plus en plus sur ordinateurs : un enseignement technologique qui n’en a plus que le nom, en somme…
Une grande réforme, une vraie réforme du lycée est aujourd’hui nécessaire : il faut repenser la formation des lycéens, les objectifs du bac qui doit rester national pour conserver une valeur qui permette à tous d’accéder avec les mêmes chances à l’enseignement supérieur. Les élèves, notamment ceux qui sont en difficulté, doivent bénéficier d’un enseignement complet, dans des classes plus légères, avec une aide réellement personnalisée. Chiche ?