Et une tournée pour le MEDEF ! C’est François qui régale !

Sud éducation Haute Normandie
vendredi 21 mars 2014

Voilà plus de 30 ans que la classe dirigeante a entrepris de démanteler les quelques acquis sociaux arrachés par deux siècles de luttes ouvrières. 30 années de globalisation, créant les conditions d’un dumping social et fiscal sans limite. 30 années de mondialisation assurant la mise en concurrence des salarié-es sur un marché de l’emploi internationalisé. 30 années de connivence avec des gouvernements complices déblayant le terrain pour mettre en place le cadre déréglementé d’une régression sociale sans précédent.
Les patrons sont opiniâtres. Aujourd’hui, au nom d’une compétitivité censée ramener croissance et emploi, ils exigent une baisse drastique du « coût du travail ». Il faut des « réformes structurelles ». Qui n’a entendu Gattaz se répandre dans les médias, ne peut mesurer l’ampleur des sacrifices auxquels actionnaires et patrons du CAC 40 sont contraints.

Danse avec les loups

En Sarkozy, ils avaient trouvé une oreille complaisante. Avec Hollande, ils n’ont pas perdu au change. D’aucuns prétendent que le ci-devant ennemi de la finance verserait dans le social-libéralisme. C’est pure calomnie. On chercherait en vain la moindre once de social dans la politique gouvernementale aujourd’hui.
Après l’ANI et le CICE, voici le pacte de responsabilité.
50 milliards de réduction de cotisations sociales contre des emplois. Combien au juste  ? 1000, 1 million ? On n’en sait rien. Gattaz martèle qu’il ne s’engagera pas. Il n’empêche, Ayrault l’affirme : « ce sera gagnant-gagnant ». Et ce que la basse-cour néolibérale compte de plumitifs s’émerveille au spectacle de Hollande déployant ses talents pour entraîner la clique du MEDEF dans une valse de plus en plus serrée.
Des pisse-vinaigre déplorent-ils ce cadeau au patronat ? Nenni, répond Ayrault, pince sans rire, dans un entretien au Parisien : «  Ce n’est pas un cadeau aux patrons, mais un cadeau aux entreprises ». Ce bisounours précisant que « l’entreprise est une communauté humaine dans laquelle il y a, avant toute chose, des travailleurs, des salariés. Il a dû nous échapper que, depuis 2012, les entreprises ont été socialisées et que l’on n’y trouve plus ni patron ni actionnaire.

Hollande régale, tout le monde trinque

50 milliards, ce n’est pas rien. Il va falloir les dénicher. Le gouvernement exonérant les entreprises de financer les prestations familiales, on récupérera en taillant dans les dépenses publiques. Qui travaille dans les services publics peut s’attendre au pire. Tout comme les usagers.
Comment administrer cette cure d’austérité ? À force d’habitude les gouvernants ont acquis de l’expérience. Hollande et son équipe sont maîtres dans la mise en condition de l’opinion. La méthode est éprouvée. Dans un premier temps, on distille des rumeurs, le bruit court que des mesures bien saignantes sont en projet. Une résistance se dessine ? On s’empresse de démentir et d’y substituer des décisions moins douloureuses qui, par comparaison, pourront apparaître comme modérées, voire progressistes si l’on s’assure de l’appui de syndicats godillots. A court terme, on affaiblit les oppositions et à moyen terme on prépare les esprits à de futurs sacrifices.
Ainsi, voilà les salarié-es du service public, précaires et titulaires, envoyé-es en première ligne. On peut avoir une idée de ce qui les attend. Les pères la rigueur ne sont pas avares d’idées brillantes. Migaud, président de la Cour des comptes, réclame la « baisse des effectifs » (pas ceux des classes, ceux de la fonction publique), le « gel du point d’indice », la « pause dans les mesures catégorielles », et l’« étalement dans le temps des mesures d’avancement ».
Tout en élégance, Moscovici évoque des «  gisements d’économies ». Un ajustement à la baisse de la « masse salariale globale  » obtenu grâce à un « redéploiement des effectifs, des salaires, des primes ». À l’en croire, rien que de l’anodin. Ce que la Cour des comptes dans son rapport de 2014 appelle une « démarche ambitieuse de réformes structurelles » portant sur la « masse salariale », l’« évolution des mesures catégorielles  », les « effectifs » et la « durée du travail ». En gros, travailler plus et moins gagner pour les uns et ne plus avoir de boulot pour les autres.
À voir le gouvernement faire révérence au MEDEF avec tant de grâce, les plus excité-es se sentent pousser des ailes. A droite, on réclame la limitation des allocations chômage, la fin du CDI, les 39 heures payées 35... La palme revenant à Kosciusko-Morizet, pionnière de la machine à remonter le temps. Elle veut des zones franches à Paris. Affranchies du droit du travail ! L’exemple venant d’en haut. Pourquoi s’arrêteraient-ils ?

C’est pas à Matignon, c’est pas dans les salons qu’on obtiendra satisfaction... Refrain connu mais à mettre en musique.