Et voilà le travail

vendredi 22 mars 2013

Le récent congrès de la fédération Sud éducation, qui s’est tenu à Montpellier fin mai 2012, avait décidé de l’organisation d’une campagne nationale de notre syndicat sur les conditions de travail en 2013 et 2014. C’est avec la rentrée des congés d’hiver que le coup d’envoi de cette campagne vient d’être donné. Petit éclairage sur ce que les équipes syndicales Sud éducation vont développer dans les prochains mois…

Faire campagne aujourd’hui

Que ce soit dans nos réflexions, nos revendications ou dans notre action quotidienne, c’est dès 1998, lors de sa fondation, que notre syndicat avait jugé nécessaire de prendre en compte les conditions de travail des personnels.

Les années n’ont fait qu’amplifier cette prise en compte. La détérioration manifeste de nos conditions de travail - liée tant aux suppressions massives de postes qu’aux multiples réorganisations et contre-réformes - est allée de concert avec la mise en place d’un « nouveau management public » destiné à faire passer la pilule… et dont les synonymes sont bien souvent l’arbitraire, l’infantilisation, les vexations ou le harcèlement hiérarchique.

Nos équipes syndicales sont au contact de ces réalités vécues par les personnels, la plupart du temps dans la souffrance et l’isolement. Au fil des années et de nos congrès, la nécessité d’une riposte organisée s’est imposée.

Avec la mise en place des CHSCT dans la fonction publique [1], nous disposons d’un outil supplémentaire dans notre combat pour l’amélioration de nos conditions de travail. Mais c’est bien dans une logique de contre-pouvoir que nous nous inscrivons. Aux échelons hiérarchiques supplémentaires, aux notations arbitraires et à l’évaluationnite aiguë qui a gangrené le système éducatif, nous avons toujours opposé la perspective de pratiques collectives et autogestionnaires dans les écoles et les établissements, de la maternelle à l’université. Pour cela, il faut construire le rapport de force au plus près du terrain, il faut mettre la pression à tous les niveaux pour que notre travail cesse d’être démantelé, méprisé. C’est le moment de l’ouvrir !

Visite médicale et Registres : utiliser nos droits

L’ouvrir, il est possible pour chaque personnel de le faire à deux niveaux immédiatement accessibles.

Ce n’est pas la première fois que nous évoquons dans ces colonnes la visite médicale de prévention. Rappelons qu’elle est de droit sur demande et obligatoire tous les 5 ans. Mais avec seulement 65 médecins de prévention (équivalents temps plein) dans toute l’Éducation nationale pour un million de personnels - soit un médecin pour… 15 000 agents ! - notre employeur est incapable de respecter ses obligations. Sud éducation propose donc aux personnels d’organiser des dépôts collectifs de demande de visite médicale de prévention [2].

Tout comme la visite médicale, le Registre de santé et sécurité au travail (RSST) n’est pas un inconnu dans ces pages. Il doit être obligatoirement tenu dans chaque école, dans chaque service (administratif, à l’université, etc.), dans chaque collège ou lycée… dont il est trop souvent absent !

C’est pourtant le seul document légal qui permette de signaler chaque atteinte à nos conditions de travail,…

…chaque dégradation de notre environnement de travail ou risque auquel nous pouvons être confrontés, mais aussi chaque pression hiérarchique. Sud éducation appelle les personnels à en exiger la mise en place dans les plus brefs délais partout où ce RSST est absent. Lorsqu’il est mis en place, nous exigeons que le contenu de ce RSST soit régulièrement visé et étudié dans les instances représentatives du personnel dédiées aux conditions de travail : CHSCT départementaux pour les écoles, Commission hygiène et sécurité dans les EPLE [3], CHSCT d’Université… Et nous rappelons qu’il est à la disposition de tout un chacun !

Ces démarches ne doivent pas être isolées, notre ambition c’est bien de rendre visibles les actions engagées. Partir du terrain pour construire une intervention de toute la fédération Sud éducation, tel est l’enjeu. En mutualisant, en collectivisant ces actions, une campagne syndicale sert à cela.

Ne plus subir, réagir !

La force du syndicalisme, c’est le collectif. Sud éducation va diffuser massivement dans les mois à venir une brochure « Et voilà le travail ! » destinée à faire connaître les droits des personnels en matière de « santé et sécurité au travail », selon la terminologie consacrée. Depuis le début de l’année scolaire, une tournée de stages de formation sur les « risques psychosociaux » a été organisé dans tout l’hexagone (et au-delà, puisque nos camarades sont allés animer un stage jusqu’en Guyane). Un mini site de campagne a également été ouvert. On y trouve non seulement le matériel de la campagne (affichettes, brochure, argumentaires), mais aussi un modèle de demande de visite médicale, des expressions de syndicats, des comptes-rendus d’intervention en CHSCT… Tout cela afin de plus et mieux partager les expériences.

Enfin, en novembre 2013, deux journées de formation et de débat – Sud éducation « Et voilà le travail ! » – se dérouleront en région parisienne pour échanger sur les différentes initiatives des syndicats et syndiqué-es Sud dans cette campagne.

L’outil syndical que nous avons construit est mobilisé dans cette campagne. Syndicat de lutte et de transformation sociale, Sud n’entend pas laisser les conditions de travail hors de son champ d’action.

Sud éducation Loiret

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Légende urbaine

Quelle médecine de prévention ?

On pourra objecter que la médecine de prévention dans la fonction publique peut parfois statuer au bénéfice de l’employeur plus que du salarié. Pour contrer cela, être accompagné d’un-e syndicaliste auprès du médecin de prévention est vivement recommandé. Mais au-delà, par le dépôt massif de demandes de visite médicale, ce que Sud entend mettre en évidence dans cette campagne, c’est justement la carence de suivi en ce qui concerne la santé au travail.

Bien souvent isolé, le médecin de prévention est facilement contrôlable par les autorités administratives. Il faut plus, beaucoup plus de 65 médecins, pour assurer les missions que devrait assumer - en toute indépendance - une vraie médecine de prévention à l’échelle de l’Éducation nationale !

Sud revendique notamment la mise en œuvre d’une politique d’embauche de médecins en nombre suffisant, autrement plus volontariste que celle actuellement menée par le ministère.

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Et voilà le travail

Un engagement de Solidaires

L’Union syndicale Solidaires a, depuis plusieurs années, initié un travail interprofessionnel sur les questions de santé et conditions de travail.

Une commission nationale spécifique y est consacrée et se réunit tous les mois. Lieu d’élaboration et d’échanges entre militant-es de différents secteurs professionnels, du public comme du privé, la commission édite tous les mois un bulletin : Et voilà…, petit bulletin des conditions de travail de l’Union syndicale Solidaires, consultable en ligne.

Le dernier congrès de Solidaires, qui s’est tenu du 6 au 10 juin 2011 à Villefranche-sur-Saône, a adopté une résolution sur les conditions de vie et santé au travail qui affirme notamment que « face à une dérive d’absorption du syndicalisme dans l’institutionnel, l’Union syndicale Solidaires entend donner une place prépondérante aux acteurs de la transformation sociale que sont les salariés. La présence sur le terrain, là où se posent les problèmes, est incontournable »

C’est bien dans ce cadre que la fédération Sud éducation, membre de l’Union syndicale Solidaires, a souhaité inscrire son action.


[1Consultez Le CHSCT : un contre-pouvoir syndical ?, article publié dans le nº 51 du journal de Sud éducation

[2Et de signaler votre demande au syndicat Sud éducation de votre département ou de votre académie pour pouvoir en tenir le décompte.

[3Établissement public local d’enseignement : collèges, lycées généraux et technologiques, lycées professionnels.