Évaluation des personnels, une mobilisation sabordée

vendredi 16 mars 2012

Le 22 novembre 2011, une « fuite » rend public le projet de refonte de l’évaluation des personnels enseignants, CPE et COP, véritable attaque frontale contre les personnels. Pour Sud éducation, l’affrontement s’imposait.

Une opposition radicale

Au départ, la mobilisation à une échelle de masse semble possible. Un appel à la grève, intersyndical et intercatégoriel, est lancé pour le jeudi 15 décembre. Une pétition nationale pouvant appuyer la mobilisation de terrain recueille plus de 70 000 signatures. Sud éducation porte alors un mot d’ordre clair de refus de ces nouveaux entretiens hiérarchiques sans pour autant taire ses critiques contre l’actuel système de notation et ses inspections infantilisantes.

Notre syndicat dit trois fois non aux entretiens d’évaluation :
- non à l’arbitraire hiérarchique qu’ils promettent ;
- non à la mise en concurrence des personnels qu’ils garantissent ;
- non au gel de l’avancement et aux baisses de salaires qu’ils induisent.

Dans le second degré notamment, la perspective d’être « évalué » par le Chef d’établissement est impensable pour de nombreux collègues qui ont à supporter des chefs de plus en plus (dé)formés aux techniques du New public management qui visent à isoler au maximum les salariés, à détruire tout lien collectif dans le travail.

Dans le premier degré, le spectre du Maître-directeur refait surface avec la perspective des regroupements d’écoles sur lesquels un nouveau corps de directeurs pourrait se greffer… et exercer les fonctions de supérieur hiérarchique !

Par ailleurs, notre choix de l’intercatégoriel – Sud éducation syndique toutes les catégories de personnels de la maternelle à l’Université – et notre appartenance à une Union interprofessionnelle, Solidaires, nous ont largement permis d’être avertis des dangers que représentent les entretiens individuels d’évaluation, déjà mis en place dans d’autres secteurs professionnels (à l’instar de France Télécom…), mais aussi, dans l’éducation, auprès des personnels TOS.

Nos analyses, appuyées sur un positionnement anti-hiérarchique constitutif de Sud éducation, pouvaient dans le cadre d’une telle mobilisation être portées au-delà de nos rangs et participer d’une dynamique de lutte dépassant la simple défense du statu-quo (qui est le tabou absolu des syndicats majoritaires, FSU comme UNSA).

Enfin, il s’agissait d’obtenir une victoire, même partielle, qui permette de redonner confiance aux salarié-e-s de notre secteur professionnel.

Trahison et temporisation

Bien entendu, ces perspectives sont loin d’être partagées par l’ensemble des organisations syndicales. Plus fort, alors que la réussite de la pétition nationale et l’approche de la grève du 15 décembre amènent le ministère à reculer sur le gel de l’avancement, le SGEN-CFDT annonce qu’il abandonne la mobilisation pour entrer dans une négociation qui n’aboutira à rien ! Cette position du SGEN-CFDT réussit malheureusement à semer le trouble chez certain-e-s. Du côté des organisations engagées dans la mobilisation, la disparition d’une culture militante de terrain se fait parfois cruellement sentir. Force est de constater qu’au regard du nombre d’adhérent-e-s qu’elles revendiquent, du nombre de suffrages qu’elles rallient lors des élections professionnelles, les organisations majoritaires peinent à rassembler les ressources nécessaires à un véritable affrontement. Mais leurs directions le veulent-elles vraiment ?

Une fois de plus, les questions du calendrier d’action et des modalités d’action unitaires, sont révélatrices des différences de perception qu’il y a entre ce qu’on entend par «  affrontement ». Loin de s’appuyer sur la dynamique, même timide, qui avait pu exister autour de la pétition nationale et de la grève du 15 décembre, le combat contre les entretiens d’évaluation est mis en stand-by pour les congés. Ainsi, après le 15, aucune date de mobilisation n’est immédiatement annoncée. Ne laissant aux autres organisations que le choix de se rallier sans broncher, le SNES seul décide à la rentrée d’appeler à la grève et à une manifestation nationale (laquelle fût peu brillante) le 31 janvier 2012. Face à si peu de combativité, il suffit d’un misérable choix tactique du ministère consistant à repousser l’application des entretiens d’évaluation au 1er janvier 2013 pour faire illusion… Pourtant, et quel que soit le nouveau pouvoir élu, le danger reste bel et bien là. Pour Sud éducation, le choix est sans équivoque : ne comptons que sur nos luttes !

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