Évaluation-dévaluation des personnels à l’université

samedi 21 janvier 2012

À l’heure où l’on parle de l’évaluation des enseignants du 2nd degré par les chefs d’établissements, il n’est pas inutile de rappeler que, dans l’Enseignement supérieur et la Recherche, cette pratique n’est pas rare.

Les personnels BIATOSS sont soumis à une procédure tout à fait similaire depuis 2004. Sous prétexte de dialogue entre les personnels évalués et la hiérarchie, l’évaluation-notation a organisé la casse du statut de fonctionnaire et instauré la mise en concurrence directe des personnels entre eux (les quotas de «  bons » et de «  mauvais » fonctionnaires sont pré-établis).

Les professeurs certifiés (PRCE) et agrégés (PRAG) détachés dans le supérieur ne sont pas soumis à l’inspection mais évalués directement par le «  supérieur hiérarchique direct ». Les progressions de carrière sont plus lentes que dans le secondaire.

En 2012, l’évaluation des enseignants-chercheurs (EC) se met également en place (décret Pécresse de 2009). La grève de 2009 n’a pas obtenu l’abrogation du décret mais elle aura au moins introduit la nécessité d’obtenir l’accord écrit de l’EC avant l’application d’une éventuelle modulation de son temps de service suite à l’évaluation. Mais d’autres formes de modulation s’avancent masquées (cf. encadré).

La modulation «  volontaire » des temps de service sera basée sur une évaluation pratiquée tous les 4 ans par une instance nationale « indépendante », le Conseil national des universités (CNU) dont pas moins d’un tiers des membres sont nommés par le ministère. Vu le flou de la procédure et le délai, parfaitement irréaliste, plusieurs Conseils d’administration - qui doivent viser les dossiers - ont réagi prestement en demandant un moratoire d’un an. Laurent Wauquiez lui-même s’est montré étrangement conciliant en annonçant un report du calendrier et en précisant dans le même souffle que «  l’évaluation ne saurait servir de fondement à une modulation des services, qui repose uniquement sur le volontariat de l’enseignant-chercheur ». [1]

À l’évidence, le gouvernement craint de rallumer le feu dans les universités. Néanmoins, localement, il existe un certain nombre de pratiques pour l’instant illégales (cf. encadré).

Une première mesure de précaution, pour tous les EC, doit consister à refuser toute heure supplémentaire car les heures supplémentaires d’aujourd’hui constituent le service statutaire de demain. Ensuite un boycott massif de l’envoi de dossiers au CNU, ainsi qu’un refus collectif des entretiens d’évaluation pour les personnels BIATOSS, rendront impossible l’évaluation-sanction et la mise en concurrence des personnels entre eux.

Commission Enseignement Supérieur et Recherche


La modulation par l’intimidation, exemples

À Grenoble II

Ceux qui seront jugés « non-produisants » auront leurs heures supplémentaires non payées en deçà de 96 heures. Or dans l’état actuel de la législation, toute heure effectuée dans le cadre du service annuel d’enseignement doit être rémunérée.

À Bordeaux I

La modulation est à la hausse (288 heures ETD) pour ceux qui n’ont « plus d’activité de recherche reconnue ». Il n’est pas précisé de quelle façon on va identifier tous ces médiocres ! En cas de refus, on ne leur octroiera plus d’heures sup.!


[1Déclaration à retrouver intégralement sur le site EducPros.fr

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