Évaluations nationales : c’est toujours non !

samedi 21 avril 2012


Pour le ministère : « Les élèves de classe de CE1 et de CM2 sont évalués en français et en mathématiques. Ces évaluations situent les acquis de chaque élève par rapport aux objectifs définis dans les programmes. À partir de ce constat, les enseignants apportent une aide personnalisée aux élèves qui en ont besoin. Une synthèse nationale est effectuée et contribue au pilotage du système éducatif. Les résultats globaux et anonymes de la France entière, des académies et des départements sont publics. »

Pourquoi des évaluations ?

- Mesurer les acquis des élèves à deux moments clefs de leur scolarité élémentaire.
- Renforcer les compétences des élèves là où elles sont insuffisantes en mobilisant les dispositifs d’aide personnalisée.
- Informer les parents et leur permettre de suivre les progrès de leur enfant.
- Disposer d’indicateurs fiables des acquis des élèves pour mieux piloter le système éducatif et favoriser l’égalité des chances.

Cette présentation officielle des objectifs des évaluations nationales est infantilisante pour les enseignants, fausse et idéologiquement marquée vers une vision de l’école « rentable ».

En effet, les enseignants évaluent leurs élèves tout au long de l’année et au cours des apprentissages. De plus, les enseignants n’attendent pas ces évaluations pour différencier leur pédagogie et adapter leurs enseignements en fonction des difficultés des élèves.

Enfin, l’Aide personnalisée est présentée comme LE dispositif de remédiation unique et essentiel à la réussite des élèves.

Le traitement de la difficulté scolaire doit se faire sur le temps de classe et non sur un temps « hors classe ». Pire, cette vision exclut totalement le travail effectué par les collègues du RASED.

Il est illusoire de penser que les résultats produits par ce genre de dispositif sont représentatifs. Le Haut Conseil de l’Éducation dans son bilan annuel de l’école de 2011 a pointé le peu de fiabilité de ces évaluations. En effet, les conditions de passation ne sont pas homogènes sur tout le territoire. De même, les codes de correction ne permettent pas une analyse fine des erreurs des élèves et sont une vision simpliste des processus d’apprentissages des élèves.

Le lien avec le LPC est très clair pour le ministère : la validation des compétences du socle commun est une vision minimaliste des contenus d’enseignements et renforce l’idée d’une école à deux vitesses : les écoles du socle commun (vision a minima pour les élèves issus de milieux populaires) et les autres (vision élitiste et méritocratique pour les élèves qui auront « plus » que le socle commun !). C’est une véritable remise en cause du principe d’égalité de l’école.

La position de Sud éducation

Les différents problèmes dénoncés par la communauté éducative concernant les évaluations nationales de CE1 et de CM2 subsistent :

- elles ne constituent pas un outil professionnel au service de la réduction de l’échec scolaire, car elles ne permettent pas le diagnostic des difficultés des élèves et n’apportent aucun moyen supplémentaire. Les pseudos formations parfois imposées aux enseignants dont les élèves ont des résultats insuffisants ne sont de fait que des reformatages ;
- les résultats des évaluations sont lissés par le ministère et servent à cautionner la suppression de postes et l’augmentation du nombre d’élèves par classe ;
- elles servent à légitimer les dispositifs d’aide individualisée (stage de remise à niveau, aide personnalisée) largement contestés dans la profession ;
- la conservation des résultats nominaux sur base informatique participe au fichage des élèves durant leur scolarité (les résultats des évaluations devront figurer dans le Livret Personnel des Compétences) ;
- elles poussent à centrer le travail en classe sur une pratique de bachotage et la recherche de résultats quantitatifs à tout prix ;
- elles contribuent à la standardisation pédagogique de nos pratiques de classe et restreignent un peu plus notre liberté pédagogique ;
- le versement de la prime de 400 euros divise les personnels et instaure une individualisation des salaires qui va à l’encontre de l’augmentation générale des salaires que nous défendons ;
- avec la réforme de l’évaluation des enseignants, elles seront utilisées pour contrôler le travail des enseignants.

On passe à un système de concurrence généralisée. C’est l’ultralibéralisme appliqué à l’éducation !

L’organisation d’évaluations nationales fait peser une menace lourde sur le système éducatif, en instaurant un outil de mesure des résultats qui va permettre une concurrence entre les élèves, les personnels et les écoles. Ce pilotage par l’évaluation contribuera à terme à la disparition de la carte scolaire et à la transformation de l’école en un vaste marché.