Forum Social Mondial de Tunis « Dignité »

dimanche 26 mai 2013

Près de 70 000 militant-es d’associations, d’ONG et de syndicats se sont croisé-es sur le campus d’El Manar, à Tunis, pour le Forum Social Mondial (FSM) entre le 25 et le 30 avril 2013.

En arrivant à Tunis, la première chose qui frappe est l’omniprésence des photos de Chokri Belaïd, y compris sur les panneaux d’affichage publicitaire… Ce dernier, assassiné quelques semaines plus tôt, était avocat et militant du Front Populaire [1]. Il avait notamment défendu les inculpé-es du bassin minier de Gafsa qui s’étaient soulevé-es contre le pouvoir en 2008 déjà… Les menaces pèsent, nombreuses, sur d’autres militant-es de l’UGTT, nos partenaires également dans l’organisation de plusieurs ateliers lors du forum. Les menaces sont de plus en plus explicites aussi pour les femmes dont la mobilisation fut décisive lors du renversement du régime en 2011 et qui continuent à lutter pour que leurs droits soient respectés. Si Ennadah, le parti au pouvoir, a tout fait pour donner une belle image démocratique du pays lors du forum, offrant les services de sa police et une « protection » bien visible aux participant-es des nombreuses organisations présentes, la réalité de ce pouvoir est tout autre. Nous avons rencontré des militant-es qui sont aujourd’hui sérieusement menacé-es par une police et une justice qui ne semblent toujours pas avoir renoncé à certaines pratiques « benalistes ».

Sur place, la délégation Solidaires était composée de 70 camarades dont 9 pour la fédération Sud éducation. Ce type d’événement permet notamment de renforcer les liens entre militant-es des différent-es fédérations. Pour l’éducation, nous avions proposé deux ateliers. Le premier, sur « la résistance aux réformes néo-libérales dans l’éducation », co-animé avec nos camarades québécoi-es de la Fneeq CSN, a été l’occasion de dresser le tableau des attaques que subissent nos différents systèmes et de constater, une fois de plus, les convergences des processus de destruction de l’éducation gratuite publique pour toutes et tous en Europe et outre-atlantique. Les camarades québécoi-es sont revenu-es sur le mouvement étudiant dans leur pays et sur ses suites : la lutte n’est pas finie mais elle a permis de mettre la revendication de gratuité scolaire au centre des débats. Notre second atelier dénonçait les discriminations que subissent les filles et les femmes dans l’accès à l’éducation et à la formation. Les intervenants, Sud éducation et UGTT, ont témoigné notamment de la situation en France, en Tunisie, au Maroc et au Niger. Globalement, le travail commun d’organisation des ateliers a permis de renforcer les liens déjà existants entre nos organisations et de permettre à celles qui ne se connaissaient pas de se rencontrer, ce qui a aussi permis d’étoffer davantage notre réseau dans le secteur.

Nos camarades des syndicats autonomes algériens, sollicité-es pour participer à ces ateliers, n’ont malheureusement pas pu atteindre le Forum, la police algérienne les ayant bloqué-es à la frontière ; sans doute craignait-elle qu’ils et elles témoignent des nombreuses atteintes aux droits humains dans le pays…

Enfin, sur place, nous avons pu prendre connaissance de certaines luttes et leur apporter notre soutien. Nous avons ainsi manifesté devant le siège de Teleperformance [2]… Même chose à Latelec, filiale d’Airbus, qui licencie les syndicalistes en transférant temporairement la production en France. Ces luttes montrent à quel point les problématiques sont liées des deux côtés de la Méditerranée et à quel point il est nécessaire de nous unir et de construire des stratégies de résistance internationales. Voilà ce qu’aura permis ce Forum Social Mondial, premier événement de ce type dans le Maghreb depuis les révolutions égyptienne et tunisienne.

Fédération Sud éducation

Première rencontre syndicale internationale

Du 22 au 24 mars, s’est tenue à Saint-Denis (93), une rencontre syndicale internationale à l’initiative de CSP-Conlutas (Brésil), de la CGT (Espagne) et de Solidaires. Cette première édition qui a réuni des représentant-e-s [3] de syndicats d’Europe, d’Afrique, d’Asie et des Amériques a été l’occasion de montrer l’urgence d’internationaliser plus que jamais nos luttes.

Les séances plénières ont porté sur les enjeux et les moyens de l’organisation internationale des syndicats alternatifs et de base. Elles ont permis de se rendre compte qu’il faudrait du temps et de l’énergie pour apprendre à dépasser nos habitudes locales, nationales ou organisationnelles et mener efficacement des luttes communes victorieuses mais que la volonté d’un travail commun était grande dans chacune de nos organisations.

Ayant constaté les besoins d’outils permettant de communiquer efficacement entre nous et vers l’extérieur — analyses et déclarations –, les participant-e-s ont décidé de mettre en place un site internet du réseau – qui est en cours de construction – et des listes informatiques de diffusion par secteur professionnel.

En marge de ces séances communes, ont d’ailleurs eu lieu des réunions sectorielles. Celle de l’éducation a eu lieu le lundi 25 mars. Elle a réuni neuf organisations [4] décidées à collaborer activement. Elle devrait rapidement s’élargir grâce aux contacts pris, notamment, durant cette rencontre et le FSM[Voir article].

Plusieurs résolutions ont été adoptées dont une issue des organisations étudiantes et surtout celle donnant naissance au Réseau syndical international de solidarité et de luttes.


[1Rassemblement de la grande majorité des partis politiques de gauche tunisiens

[3En plus de syndicats locaux, régionaux ou nationaux, étaient présent-es des membres de tendances syndicales de lutte au sein de syndicats

[4Sud Éducation-Solidaires (France), Émancipation (France), CNT-SO (France), CLA - Conseil des lycées algériens (Algérie), Sector educación CSP ­ Conlutas (Brasil), SNES-FSU (France), Coordinadora sindical clasista (Argentina), Intersindical AC-educación (Catalunya), Stela Urrego (individual Colombia)