Gérons l’école autrement : à bas les chefs !

samedi 21 avril 2012

À sa création, notre syndicat a regroupé des militant-e-s d’horizons et de cultures syndicales différents. Un certain nombre venait de prendre part aux luttes anti-hiérarchiques. Ils ont participé à la conception d’une école différente et plus démocratique.

Sud éducation veut changer l’école

Dans le premier degré, nous avions l’expérience de la lutte contre les maîtres-directeurs et celle du refus d’inspection. Même si ce dernier aspect des choses est resté minoritaire et a perdu avec le temps le dynamisme du départ, cela a amené une réflexion essentielle sur les rapports hiérarchiques, la gestion d’une école et ce que pourrait être une gestion de circonscription.

Le conseil des maîtres souverain !

Aujourd’hui l’école est une petite entité qui fonctionne avec un directeur ou directrice qui est un-e collègue sans échelon hiérarchique. Ce n’est pas un chef, il a juste une mission administrative pour faire le lien avec l’inspection et les autres partenaires de l’école.

Il est évident que dans les structures les plus importantes, cette direction, accompagnée d’un temps de décharge important, a tendance à s’inscrire dans un processus de petits chefs. La « chaîne de commandement » encourage cet état de fait non statutaire et, si, en 1987, le statut des maîtres-directeurs n’a pu être mis en place, il revient par une autre porte : le projet de création d’établissements du 1er degré.

À Sud éducation, nous avons une autre conception du travail dans l’école. La fonction de direction doit être prise en charge collectivement, avec une décharge de service allouée à l’école. Le conseil des maîtres est une structure démocratique, importante, qui doit être renforcée. Du temps doit être dégagé pour cela. Les enseignants sont isolés dans leur classe, le travail en équipe est trop souvent mis de côté et pourtant c’est bien là qu’on doit trouver des solutions à l’oppression d’un management de plus en plus exigeant.

Il est nécessaire que les équipes se rassemblent, travaillent ensemble, et définissent leurs besoins tant en formation, qu’en organisation du travail pédagogique.

Une « circonscription démocratique » !

Une des préoccupations à Sud éducation, c’est bien la lutte contre le management et la hiérarchie. Les IEN sont des cadres qui ont pour mission de faire respecter les programmes, de piloter la circonscription et bien évidemment d’inspecter et de mettre au pas les enseignants.

L’inspection est, nous le savons tous, un moment douloureux pour bien des collègues. Ce temps qui devrait être un moment de formation est souvent vécu comme une vraie souffrance. Nous ne nous étendrons pas sur les inspections arbitraires, les rapports infantilisants, le harcèlement que subissent certains collègues.

La note pédagogique donnée joue un rôle important dans le déroulement de carrière (passages au choix augmentant les points d’indice salarial). Dans le cadre de la lutte anti-hiérarchique des années 80, 4 départements (dont le Morbihan) avaient mis en place une notation uniquement basée sur l’ancienneté : pas de fayotage, pas de méritocratie, une ambiance plus sereine entre les équipes de circonscription et les écoles…

Pour Sud éducation, l’inspection n’est pas une solution constructive. On peut imaginer un autre fonctionnement. Nul besoin de chefs zélés ni d’inspecteurs : nous y opposons encore une fois le travail en équipe. Il ne s’agit pas de refuser tout regard extérieur : il est possible de désigner nos équipes de circonscription (coordonnateurs de projets, conseillers pédagogiques) pour une durée plus ou moins longue, chargées de :
- animer la formation ;
- aider les équipes à fonctionner ;
- prendre du recul sur les pratiques, suivre les travaux des chercheurs ;
- aider les collègues en difficulté ;
- trouver des solutions humaines à la souffrance des enseignants ne pouvant plus exercer leur métier pour un temps.

Il est de même important que ces coordinateurs retournent ensuite faire la classe, reprennent pied dans la réalité du terrain. Nous avons une conception autrement plus valorisante du travail de conseiller pédagogique que celle d’aujourd’hui, qui consiste en une fonction de séide soumis à la politique des IEN.

De la démocratie à l’école !

Le management à la mode libérale n’est pas une fatalité et il est tout à fait possible de fonctionner autrement dans les écoles que par la politique de petits (et grands) chefs. Depuis des années, des écoles fonctionnent déjà autrement tant dans leurs rapports entre adultes qu’avec les élèves. Il existe des établissements dits expérimentaux dans lesquels la démocratie est une réalité qui se passe de hiérarchie.

À Sud éducation nous envisageons une école fonctionnant sur les principes de la démocratie directe :
- travail en équipe renforcé ;
- formation initiale et continue plus importante.

Aujourd’hui le nouveau management avec l’aide d’Internet envoie ordres et contre-ordres en permanence avec des réponses à donner de plus en plus rapidement, mettant les équipes à rude épreuve. Pour Sud éducation il est important que les collègues puissent avoir du temps pour se poser, réfléchir, mener de vrais projets. Ils doivent refuser d’être en permanence dans la course, pour ne pas dire dans le stress imposé par les cadres de l’Éducation nationale. Redonnons du sens à notre métier, ne restons pas isolés. Recréons le collectif qui fera fonctionner l’école de demain.