Halte au sexisme à l’école

dimanche 22 janvier 2012

Quelques réflexions personnelles…

Depuis les années 60, des sociologues comme Bourdieu ont tué le mythe de l’école républicaine neutre et de l’égalité des chances en démontrant comment elle participe à la reproduction des relations dominants/dominé-es. Mais seules les féministes ont dévoilé que le rapport social entre les sexes est bien un rapport de classe, hiérarchisé et inégalitaire, que filles et femmes sont discriminées partout, y compris à l’école. Qu’en est-il en 2012 ?

Ça commence mal puisque j’entre dans une « salle des maîtres » alors que j’appartiens à une profession à 85 % féminine (93 % en maternelle)… Face à une collègue qui rechigne à faire l’activité peinture en classe, une autre dit : « Moi ça va, il y a X et Y (des filles) que ça ne dérange pas de rester après la classe pour nettoyer  ! » Grand moment de solitude  ! Une autre demande des costauds pour « déménager » des bancs, et ne choisit que des garçons, comme si les filles n’étaient pas capables de porter de tels objets. Et tout le monde trouve normal que les garçons prennent toute la place dans la cour, la paix sociale est ainsi préservée.

Dans ce système binaire, nous sommes encore assigné-es à des tâches « féminines » et « masculines » selon notre sexe : les femmes font la vaisselle et le café, soignent les élèves blessé-es, assument les tâches relevant du « care » et comptent sur les mères pour faire des gâteaux pour financer leur « classe verte » sans oublier, à 16h30, « l’heure des mamans » ! D’ailleurs, ce n’est pas un hasard si l’école préélémentaire est nommée « école maternelle », et si les femmes s’occupent des petits, les hommes des grands ! N’oublions pas que « la division sexuelle du travail est au cœur du pouvoir que les hommes exercent sur les femmes. » (D.Kergoat).

Eh oui, les professeur-es véhiculent une représentation stéréotypée du genre, qui fait de l’éducation des enfants une activité dévolue aux mères et de l’autorité le monopole des hommes (Combien de fois ai-je entendu : « il lui faut un homme, un vrai, pour la/le mater » ?)

Quid de la hiérarchie  ?

Des hommes y occupent en majorité les postes de pouvoir, comme dans nos syndicats. Certes, l’institution défend l’idée d’égalité. Quand j’ai proposé un atelier « lutte » en non-mixité pour les filles de cycle 3, la hiérarchie l’a refusé, « convaincue qu’un réel travail sur l’égalité filles-garçons ne peut en aucun cas passer par le refus de la mixité. Il s’agit d’une forme de discrimination, inenvisageable au sein de l’école publique, c’est par et dans la mixité que se travaille et que s’apprend l’égalité filles-garçons. » Sans se demander quel était le sens de ma démarche, sans tenir compte du fait que de telles expériences sont menées en Suède par exemple, pays réputé pour son avance sur les questions d’égalité justement.

Stéréotypes et préjugés

Dans une animation pédagogique sur l’égalité filles-garçons cette année, j’ai entendu : « Et si c’était inné que les filles aiment jouer à la poupée ? « et autres inepties biologisantes. « Où est le problème ? Mon mari fait la vaisselle après tout ! »

Eh oui, chèr-es collègues, les exceptions confirment la règle. Il ne s’agit ni de blâmer des individu-es ni d’en citer d’autres en exemple, mais d’analyser stéréotypes et préjugés pour les déconstruire et s’en libérer. Certes, notre société est sexiste et l’école n’en est que le reflet mais celle de demain est entre nos mains et celles de nos élèves !

Malgré les conventions interministérielles visant la promotion de l’égalité filles-garçons, le genre n’est pas enseigné aux enseignant-es et leur conception universaliste les empêche de questionner cette domination. Ils/elles reproduisent ainsi dans l’éducation, parfois involontairement, ce que la société patriarcale leur a appris.

Commission droit des femmes


Et les pédagogies actives / alternatives ?

Le sujet est peu abordé dans le mouvement Freinet dont le journal s’appelle « Le nouvel éducateur »(sic) mais cela vient, puisque son congrès international 2012 s’intitule Éducation et égalité de genre.

http://www.ridef2012.org

Quelques initiatives récentes

- La commission Droit des femmes de Sud éducation organise une formation en février 2012, intitulée : « De quel genre es-tu ? »

- Les éditions Talents Hauts et le Conseil régional d’Île-de-France proposent à toutes les classes de CP et CE1 de l’académie de Créteil un concours d’écriture : « Lire égaux. »

http://www.ia94.ac-creteil.fr/cultu...

- Une webTV féministe propose aux jeunes de réaliser une vidéo pour le concours « Buzzons contre le sexisme. »

http://teledebout.org/concours/qui-...