Haute-Garonne : luttes contre la hiérarchie (2)

2ème volet retraçant les lutte récentes en Haute-Garonne contenant un fort dosage anti-hiérarchique
 janvier 2001
mis à jour lundi 4 avril 2005

Le secteur de Rieux Volvestre

L’historique de ce collectif évoque de façon très évidente les relations hiérarchiques vécues de deux façons complètement différentes :

relations conflictuelles directes avec l’administration.

Les hiérarchisations des groupes de luttes : Collectifs/syndicats d’une part, et syndicat/syndicat d’autre part.

La circonscription de Rieux Volvestre comprend 8O écoles, au sud de Toulouse : écoles rurales et/ou urbaines dans les chefs-lieux de cantons.

Le milieu social y est hétérogène et plutôt défavorisé, regroupant une part de la population exclue économiquement de la grande ville proche, une classe moyenne en activité sur Toulouse avec une cellule familiale souvent éclatée et une population autochtone en perte de repères culturels et confrontés aux difficultés des activités économiques traditionnelles.

Les écoles de ce secteur sont de petites structures (en moyenne 3 classes), souvent isolées géographiquement...

Il faut ajouter à cela un contexte médico-social et culturel pauvre : peu de crèches de nourrices, donc une scolarisation très précoce dans un secteur avec de petites communes à budgets réduits et aux locaux souvent vétustes, des transports scolaires longs et fatigants...

Les mouvements sociaux de 95 avaient été dans ce secteur l’occasion de regroupements interpro et de nombreuses actions et réflexion de terrain. Les collègues sont restés en contact, le principe de coordinations prêtes à se mobiliser avait vu le jour.

Une gifle mobilisatrice

Mars 98, à Salies de Salat, à la suite de décisions arbitraires prises par l’IA, le jeudi 12 mars tous les enseignants de la circonscription sont en grève : du jamais vu. Au départ de cette histoire, une institutrice s’énerve et gifle un élève. Elle reconnaît sa faute et reçoit un avertissement. Mais, affaire non classée car les parents portent plainte malgré cela, en réfèrent directement au ministre et à l’IA. Ce dernier, hors de toute procédure administrative de sanction, a envoyé au domicile de la collègue un courrier dans lequel il l’informait de sa décision d’accepter sa demande de changement d’affectation, alors que celle-ci n’avait jamais demandé son changement ! L’IEN local a également exercé des pressions téléphoniques. Pour l’ensemble des collègues du secteur, cette procédure relevait d’un abus de pouvoir. Collectivement, en AG et de façon unitaire, les enseignants du secteur avaient donc décidé massivement d’arrêter le travail. Première victoire sur la hiérarchie arbitraire : après son congé de maladie, la collègue est revenue sur son poste, selon son souhait.

Enseignants responsables et solidaires

Après cette affaire, en mai /juin 98 un collectif de non syndiqués et de syndiqués a organisé des rencontres en vue d’actions unitaires. Il s’agissait de faire remonter les doléances "d’un collectif d’enseignants responsables et solidaires", autour de problèmes prévisionnels de carte scolaire, de relations avec la hiérarchie, du poids des tâches demandées en hausse,... et la liste étaient bien longue. Là, les limites des actions proposées se sont très vite fait sentir. Il a donc été fait naturellement appel aux syndicats avec des demandes bien précises :

- Organisation de 1/2 journées d’info syndicale : 26 écoles ont pu se rencontrer, 6O enseignants, des emplois jeunes, les membres des RASED, des délégués syndicaux.

- Forte demande du groupe pour un travail en inter syndicale quand les syndicats seraient représentés (la FEN n’a jamais été représentée, aucun membre du collectif n’étant adhérent.)

- Demande de relais syndical pour la diffusion des actions posées par le collectif.

Dans le secteur de Rieux, l’arrivée en 98 d’un IEN très pointilleux et autoritaire, avait été le catalyseur d’un fort mouvement de mécontentement déjà sous-jacent. Le collectif a décidé d’agir, mais sur la base des propositions de l’AG :

- éviter les actions individuelles dangereuses ;

- dépasser le stade des réactions épidermiques inévitables mais peu efficaces, et pour cela

- rencontrer la hiérarchie avec des analyses, des propositions, des revendications, au nom du collectif ; sur des bases d’analyses précises et chiffrées et "justifiables".

Une contre-carte scolaire

Début 99, une grille de besoins à été mise au point : état des lieux complet et pour tout le secteur. Ce questionnaire a été envoyé aux 80 écoles. Les syndicats ont de façon très différente aidé à leur diffusion...

Sa finalité était :

- de créer un outil de base pour des rencontres avec la hiérarchie ;

- de permettre une analyse comparative des conditions réelles de travail avec les projets, les chiffres et les annonces ministérielles ;

- de créer une contre-carte scolaire - car cette grille partait de critères autres que comptables - analyse qualitative...

- de communiquer l’expérience d’un collectif à d’autres secteurs pour rompre avec l’isolement géographique.

5O % des écoles ont répondu à cette grille. Cela a permis d’établir une photographie détaillée de la circonscription :

- caractéristiques de la circonscription, les écoles, le contexte médico-social et culturel, une analyse des municipalités, les moyens financiers et humains ;

- effectifs, analyse des fonctionnements des écoles et mise en évidence de la spécificité du secteur ;

- enfants en difficulté, et étude des fonctionnements des RASED ;

- relations avec la hiérarchie, inspections, formation continue, attente des personnels ;

- revendications : elles ont pu être établies sur les bases des données réelles du terrain et présentaient une approche non seulement quantitative mais surtout qualitative.

Pressions sur la hiérarchie

Lors de la carte scolaire 99, le collectif a proposé son analyse à l’IA, conscient du peu de poids et des limites de cette action de contre-carte scolaire portée par un seul secteur. Le collectif a alors déploré le manque de soutien syndical pour l’extension de la démarche. L’IA a, quant à lui, pris note...

En Juin 99 une rencontre a eu lieu avec l’IEN du secteur, toujours avec l’analyse de la grille, mais sur des problèmes bien plus spécifiques de sa circonscription. Grâce aux réponses des collègues, l’IEN a pu entendre les demandes de sa circonscription et les attentes des enseignants quant à sa fonction et à son rôle.

Même si celui-ci s’est retranché derrière sa fonction et n’a pas changé d’avis après cet entretien, on peut constater que cette réflexion collective a permis que de nouveaux liens s’établissent. Il eut été peu probable que de tels échanges puissent avoir lieu sans ce travail du collectif et le poids qu’il a représenté dans une relation avec la hiérarchie.

Depuis... Le collectif a renforcé sa grille, s’est ouvert à l’interpro ainsi qu’aux parents d’élèves et aimerait bien diffuser sa grille ou échanger sur des expériences similaires...

Colette Chailloux

institutrice du secteur, non syndiquée à l’époque des faits, aujourd’hui adhérente à SUD éducation.


Manque de soutien de certains syndicats

SUD éducation Midi-Pyrénées a apporté son soutien dès le début des "hostilités" aux instits du secteur de Rieux-Volvestre. Nous avons participé à différentes réunions et, avec le SDEN-CGT et le collectif, un journal commun a été diffusé mettant en évidence la relation entre baisse des moyens et hausse de l’autoritarisme.

Le collectif, prenant "directement ses affaires en main", s’est heurté en établissant une grille de besoins à une autre hiérarchie : celle des appareils syndicaux !

En effet, SGEN et SNUIPP ont refusé de diffuser dans tout le département cette grille qui venait contrecarrer leurs enquêtes traditionnelles en vue du CTP où ces deux syndicats sont représentés. Implicitement, cette grille remettait en cause la quiétude du dispositif bureaucratique et cogestionnaire qui perpétue la pénurie de moyens...

SUD a diffusé cette grille seul et pas sur tout le département. L’impact et les retours ont été à la mesure de cette diffusion isolée, c’est à dire très faibles.

Et c’est bien dommage, car la mise en commun des besoins et des critères émanant directement de collectifs de secteurs aurait permis de dépasser la revendication incantatoire des 1 000 postes en mars 2000.

Une véritable mise à plat du fonctionnement actuel de l’école reste à faire. Elle est nécessaire pour qu’un réel débat se mène sur : "quelle école nous voulons ?".

La fédération de ces collectifs qui émergent ici où là peut permettre d’y parvenir. Raison de plus pour renforcer le syndicalisme SUD éducation qui travaille dans ce sens.

SUD éducation Midi-Pyrénées

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