Koman i lé la Réunion ?

vendredi 16 mars 2012

À l’heure où nous écrivons ces lignes s’ouvre le deuxième forum social réunionnais. Sud éducation participe à son organisation avec une vingtaine d’autres associations et syndicats. Le but de ce forum est de promouvoir les droits et la dignité des citoyens en favorisant la libre expression directe de la population pour lancer des initiatives. Si cette urgence a été reconnue par des partenaires d’horizons divers, c’est que 66 ans après la départementalisation qui a été marquée par l’accession théorique à la citoyenneté pour les réunionnaisEs, le bilan des droits sociaux présente bien des ombres au tableau.

Chômage

Dans cette île de plus de 800 000 habitants, la statistique qui fait peur, c’est celle du chômage des 18 à 25 ans : 60% en 2011 (INSEE). Ce chômage de masse de la jeunesse interroge non seulement le droit à l’emploi mais aussi, en amont, le droit à l’éducation et à la formation. Il se répercute bien évidemment sur le droit au logement, aux soins, à une vie digne tout simplement. Les jeunes ne sont bien sûr pas les seuls touchéEs par le chômage. Conséquence notamment de la crise du secteur du Bâtiment et Travaux Publics suite à l’abandon de grands chantiers par le gouvernement, il a même explosé en 2011 avec une augmentation de 6%… comme la croissance locale ! Il atteint officiellement 36% de la population active soit le plus fort taux de chômage de la République. Pourtant, le potentiel de création d’emplois est grand avec une population jeune sur une île qui importe la quasi totalité de ses besoins, essentiellement de France. L’une des thématiques du forum est d’ailleurs l’autosuffisance alimentaire.

La langue créole à l’école

Les conditions sociales rapidement décrites ci-dessus influent sur l’accès au droit à l’éducation. 20% d’illettrés, un pourcentage qui résiste au temps ! Cependant, il nous semble hasardeux d’expliquer l’échec scolaire à la Réunion par un déterminisme social absolu. D’autres facteurs sont internes à l’école et notamment son refus de prendre en compte les spécificités de la culture réunionnaise. La langue créole est parlée dans la plupart des familles, parfois avec le français, or 18% des enfants ne parlant que créole à la maison seraient en difficulté dès le CP. Pourtant, on sait aujourd’hui que le bilinguisme, loin d’être un frein aux apprentissages, peut en être un accélérateur. On sait aussi l’importance de la reconnaissance de la langue maternelle dans la réussite scolaire. Or, le créole a un mauvais statut dans l’école réunionnaise et les classes bilingues restent marginales. L’école publique est-elle et doit-elle être réunionnaise ou française à la Réunion ? L’école doit-elle être pensée en créole ou le créole doit-il trouver sa place dans l’école ? Le débat reste ouvert dans notre syndicat comme dans la société. Ce dont nous sommes sûrEs à Sud éducation, c’est que l’accueil des enfants parlant une autre langue que le français nécessite des moyens spécifiques à grande échelle, que le statut du créole à l’école doit être revalorisé, que l’histoire du peuple doit être restituée au peuple : l’enseignement de l’Histoire de la Réunion n’est pas obligatoire !

Sous le seuil de pauvreté

Une des conséquences du chômage de masse est que plus de la moitié de la population vit sous le seuil de pauvreté. La pauvreté s’accompagne de misères sociales qui battent d’autres tristes records : violences intra-familiales, notamment envers les femmes, grossesses précoces… et un impact direct sur le droit à la santé. L’espérance de vie est inférieure de 4 ans à celle des Français en général, la mortalité infantile deux fois plus élevée qu’en France… La peur, autre thème retenu…

Le droit au logement est un des sujets du forum. Environ 1000 logements sociaux par an sont livrés tandis que la demande est de plus de 20000 selon la fondation Abbé Pierre. Des familles vivent encore dans des bidonvilles.

La libération de la parole

Dans ce contexte social catastrophique et explosif, on constate que les politiques de restriction des dépenses, de destruction des services publics, de suppressions de postes et de limitation de l’accès aux soins ont des conséquences tragiques sur la population réunionnaise.

Le forum social réunionnais ne sera une réussite que si, par la libération de la parole, il débouche sur la formalisation de revendications collectives portées par une synergie, Sud éducation Réunion entend s’inscrire pleinement dans cette dynamique.

Sud éducation Réunion, le 18 février 2012